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25 juin 2026
Partage de virus entre chat forestier et chat domestique : un risque pour la conservation du chat forestier en Espagne ?

Le chat forestier (Felis silvestris) est l'un des rares félins forestiers natifs d'Europe. Son statut de conservation demeure contrasté : certaines populations (voir l'illustration principale), comme la population franco-allemande, sont en croissance depuis une vingtaine d'années, tandis que d'autres, notamment les populations ibériques, sont en déclin. Parmi les principales menaces identifiées pour cette espèce figurent la fragmentation et l'anthropisation de son habitat. Celles-ci se traduisent notamment par une surmortalité liée aux collisions routières, ainsi que par un risque potentiel d'hybridation et de transmission de pathogènes entre chats domestiques et chats forestiers. Les risques à l'interface entre ces deux espèces sont d'autant plus importants que les densités de chats forestiers sont localement faibles. Les virus semblent constituer les agents pathogènes les plus préoccupants, notamment le virus de la leucose féline (FeLV), mais aussi le virus de l'immunodéficience féline (FIV), l'herpèsvirus félin (FHV), le calicivirus félin (FCV), le parvovirus félin (FPV) et le coronavirus félin (FCoV).
Des chercheurs espagnols ont souhaité actualiser les connaissances sur les pathogènes circulant au sein des populations ibériques de chats forestiers et de chats domestiques. Ils ont exploité rétrospectivement une banque de sérums collectés lors d'autopsies ou de captures de chats forestiers en Espagne entre 2003 et 2017 (n = 23). En parallèle, des prélèvements sanguins ont été réalisés sur des chats harets dans le cadre de programmes de capture-stérilisation-relâcher au Portugal (n = 61). Ces chercheurs ont recherché des anticorps dirigés contre le FeLV, le FIV, le FHV, le FCV, le FPV, le FCoV et le virus de la maladie de Carré. Des anticorps témoignant de l'exposition à chacun de ces agents pathogènes ont été mis en évidence dans les deux populations. La séroprévalence du FeLV était élevée chez les deux espèces, mais significativement plus faible chez les chats forestiers (14 %) que chez les chats harets (40 %). À titre de comparaison, cette proportion était plus élevée que celle précédemment rapportée chez les chats domestiques portugais (8,8 %), alors même que ces derniers étaient peu vaccinés. Pour les autres virus, aucune différence de séroprévalence n'a pu être démontrée avec certitude entre chats forestiers et chats harets.
Parmi les virus félins, le FeLV a déjà été identifié comme ayant un impact clinique significatif chez les chats forestiers en France. Il a également été impliqué dans le déclin du lynx ibérique. D'une manière plus générale, la cocirculation virale à l'interface entre chats domestiques et chats forestiers constitue une menace non négligeable pour la conservation des félins sauvages. Cette menace est particulièrement importante dans les régions où la densité de chats forestiers est faible par rapport à celle des chats domestiques. L'étude rappelle également que les chats harets et les chats forestiers contribuent au maintien de la circulation des virus félins susceptibles d'affecter les chats de compagnie. Les auteurs préconisent donc une approche intégrée associant la surveillance des maladies à l'interface domestique-sauvage, la gestion des habitats et la maîtrise des populations de chats domestiques.
Concrètement, les vétérinaires peuvent contribuer à la conservation du chat forestier en promouvant la vaccination des chats domestiques et en soutenant les programmes de gestion des populations de chats harets. Dans les régions où le chat forestier est présent, il est également essentiel de savoir reconnaître cette espèce (voir le cliché ci-dessous) afin d'éviter l'adoption involontaire de jeunes individus par des particuliers.
Chat forestier.

Les critères d'identification d'un chat forestier à partir du pelage sont : 1) queue annelée épaisse avec au moins deux anneaux complets et un manchon terminal noir ; 2) raies latérales peu marquées, non rattachées à la raie dorsale ; 3) raie dorsale unique, fine, interrompue à la base de la queue ; 4) couleur de fond du pelage unie, gris fauve ou fauve clair (Ruette et coll., 2011). Cliché : Alena Houšková (CC-SA-3.0).
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