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Proplan

26 juin 2023

Sécurité au travail : les blessures causées par un animal sont fréquentes dès l'école vétérinaire

par Agnès Faessel

Temps de lecture  5 min

D'après Tulloch et al., Vet. Rec. 2023.
D'après Tulloch et al., Vet. Rec. 2023.
 

La pratique vétérinaire n'est pas sans danger ! Et la majorité des accidents est causée par les animaux soignés. Dans une étude britannique, le taux de ces accidents a été évalué en écoles vétérinaires – là où l'on enseigne les bonnes pratiques –, car les jeunes diplômés, manquant vraisemblablement d'expérience, sont les praticiens les plus à risque.

Plus de 2100 cas en 10 ans

Les auteurs ont audité 5 établissements d'enseignement vétérinaire, identifiés par les lettres de A à E pour les conserver anonymes. Ils ont recensé les cas d'accidents en lien avec le contact avec les animaux (y compris décédés) sur une période de 10 ans (2009-2018), indépendamment des personnes blessées : étudiants, personnel enseignant, propriétaires. La blessure était directement causée par l'animal, ou indirectement (en faisant tomber un objet sur la personne, par exemple). Ils ont ainsi identifié un total de 2134 cas, ce qui est probablement sous-estimé, en l'absence de procédures de déclaration systématique.

L'espèce animal en cause, le contexte de l'accident et ses conséquences, notamment la gravité des lésions étaient analysés. Un éventuel arrêt maladie n'est toutefois enregistré de manière obligatoire que pour le personnel employé (pas pour les étudiants).

Variations selon les écoles

Les taux d'accidents sont calculés par année, en nombre de cas pour 100 étudiants diplômés, afin de pouvoir comparer les chiffres selon la population globale exposée. L'effectif du personnel annexe (non enseignant) ou celui des visiteurs (propriétaires) est effectivement difficile à estimer. Et le nombre de diplômés par an renseigne ainsi de manière assez fiable sur la taille de l'école. De même, les données ne sont pas rapportées au nombre d'animaux présents dans l'établissement (hospitalisés, dans les laboratoires ou dans les fermes expérimentales, etc.) car cela exclurait les animaux vus en ambulatoire ou en visite à l'extérieur.

Le taux annuel moyen de blessés est ainsi de 3,00 pour 100 diplômés. Il est variable selon les établissements, dépassant 4,50 dans l'un d'entre eux (mais cela pourrait découler de procédures de déclaration ou de recensement variables). Toutefois, en retirant les accidents liés à la manipulation de cadavres (autopsies, n=94), ou ceux pour lesquels l'état de l'animal n'était pas renseigné (n=191), ce taux annuel s'établit à 2,60 en moyenne pour 100 diplômés (et jusqu'à 3,00).

Davantage de blessés parmi le personnel enseignant

Le taux annuel moyen est plus élevé chez les membres du personnel enseignant que chez les étudiants : 4,48 contre 0,98. Les accidents sont beaucoup plus rares chez les visiteurs (0,12).

Malgré les variations entre écoles, cet ordre de fréquence par type de personnes est observé dans chacune d'entre elles. 

Les chats impliqués dans plus d'un tiers des cas

Une quarantaine d'espèces en cause a été identifiée. Mais 4 totalisent près de 87 % des cas : les chats (34,5 %, taux annuel moyen de 0,87 pour 100 diplômés), les chiens (30,3 %, 0,76), les chevaux (13,8 %, 0,35) et les bovins (8,1 %, 0,20). Ces chiffres seraient toutefois à mettre en perspective des effectifs traités : l'exposition aux chiens, par exemple, est supérieure aux autres espèces, les étudiants passant plus de temps en clinique pour petits animaux.

Là encore, des différences sont observées entre établissements, pour les chats et les bovins (voir figure en illustration principale). Mais ils pourraient découler de leur activité, certaines universités ayant davantage développé la médecine féline par exemple.

Ces 4 principales espèces sont suivis par les rongeurs (souris et rats), les moutons, les lapins et les furets.

  • Les accidents avec les chats surviennent le plus souvent durant leur contention (36 % des cas), puis en cours d'examen clinique (17 %, plus souvent alors sur les étudiants) ou lors de l'administration d'un médicament (11 %). Ce sont généralement des morsures (des mains) ou des griffures (des mains ou des bras), avec un risque infectieux plus élevé que pour d'autres espèces.
  • Le contexte est assez similaire pour les chiens, l'accident survenant surtout lors de la contention (28 % des cas) ou de l'examen clinique (17 %, plus souvent sur les étudiants), mais il peut aussi se dérouler lorsque l'animal n'est pas en soins (promené ou en salle d'attente, 17 %), durant une sédation (10 %) ou un traitement médical (10 %, plus souvent sur les étudiants). Les cas de morsures, des mains, des bras, du visage, dominent largement (79 % des cas), ce qui devrait motiver un usage plus fréquent des muselières ou lacettes.
  • Les blessures par les chevaux surviennent le plus souvent hors soins (26 % des cas, lorsque l'animal est au box ou au pré, plus souvent chez les étudiants), en cours d'examen clinique (15 %), lors de la sédation (15 %) ou de la contention (12 %). Il s'agit le plus souvent d'un coup de pied dans les jambes, d'un pied écrasé, d'un coup à la tête (dans plus d'un cas sur 5, ce qui apparaît préoccupant).
  • Avec les bovins, l'accident se passe le plus souvent durant l'examen clinique (22 % des cas, plus souvent chez les étudiants), un parage des pieds (21 %) ou hors soins (20 %). Les coups dans les jambes sont les plus fréquents, avec les blessures par un objet, notamment le scalpel ou une aiguille.

Gare aux vaches et aux chevaux

Les résultats confirment ainsi que les morsures ou griffures par des animaux de compagnie sont, de loin, les plus fréquentes. Toutefois, les blessures les plus graves restent causées par les grands animaux, en particulièrement les chevaux.

Globalement, 37,3 % des blessés ont eu besoin d'un traitement médical, sans différence significative selon l'espèce animale ou le statut de la personne, et avec des chiffres en diminution dans le temps, ce qui laisse présumer la mise en place progressive de mesures de sécurité efficaces.

Mais 7,2 % des blessés ont été hospitalisés (en proportion égale chez les étudiants ou les enseignants), significativement plus fréquemment s'agissant d'un accident avec une vache (20,8 %) ou un cheval (16,1 %), par comparaison aux chiens (4,6 %) et aux chats (4,1 %).

De même, un arrêt de travail (dans 5,7 % des cas touchant le personnel de l'école) est plus fréquent suite à un accident causé par un bovin (26,4 %) ou un cheval (15,5 %), que par un chien ou un chat (3 et 1 %, respectivement).

Une sous-déclaration culturelle

Selon les auteurs, à l'instar des erreurs médicales, ces accidents mériteraient d'être mieux déclarés (plus systématiquement et de manière harmonisée), puis analysés, en particulier sur les circonstances de survenue, afin d'améliorer leur prévention. Cette sous-déclaration apparaît culturelle, les praticiens en exercices déclarent peu les accidents (jugés bénins), qu'ils soignent seuls.

Les auteurs alertent également sur le risque lié aux blessures par aiguilles, qui peuvent favoriser l'inoculation d'agents infectieux ou des intoxications médicamenteuses.