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13 octobre 2020
Les hormones thyroïdiennes, indicateurs de gravité des maladies non thyroïdiennes chez le chat


Le phénomène est décrit chez l'Homme : lors d'atteinte systémique grave, une altération de la fonction thyroïdienne peut s'observer, sans atteinte directe de la thyroïde. Elle résulte d'une diminution de la sécrétion de TSH (thyréostimuline), accompagnée d'anomalies de la sécrétion, du transport, du métabolisme et de l'activité des hormones thyroïdiennes. Il s'agirait d'un mécanisme adaptatif de l'organisme au stress de la maladie primaire, « pour réduire les dépenses énergétiques des tissus périphériques et minimiser ses besoins métaboliques ». En pratique, les patients présentent des concentrations sériques très basses en tri-iodothyronine et thyroxine totale (T3 et T4). Le dosage de la T4 libre, en revanche, montre généralement des valeurs restées normales. Et celui de la TSH est inconstant, d'où un risque de diagnostic erroné d'hypothyroïdie lorsque la TSH est élevée (alors que les valeurs de T3 et T4 sont basses).
Ces désordres hormonaux sont également rapportés chez le chien. Des cliniciens américains ont alors recherché si le phénomène existe aussi dans l'espèce féline et si, comme pour l'Homme et pour le chien, des valeurs basses de TSH, T3 et T4 sont associées à un plus grand risque de mortalité. Les résultats de leur étude, publiés en libre accès dans le JVIM, montrent que oui.
Pour cette étude, prospective, deux groupes de chats ont été recrutés.
Une prise de sang a été systématiquement réalisée chez chacun des chats, pour la mesure des concentrations sériques en TSH, T3, T4 et T4 libre. Les valeurs mesurées chez les chats témoins ont permis d'établir les intervalles de normalité.
Les résultats de ces dosages montrent que les chats du groupe des malades présentent des valeurs de T4 totale significativement inférieures aux animaux en bonne santé, même si 77 % d'entre eux (171 cas) se situent dans l'intervalle de normalité.
Les valeurs de T3 sont également significativement inférieures chez les malades, avec une plus grande proportion de cas où l'hormone est « indétectable » (74 % vs 50 %).
Pour la T4 libre, les résultats ne montrent pas de différence significative entre les deux groupes (la prévalence d'une T4 libre élevée est plus importante, néanmoins, chez les malades). De même pour la TSH, les valeurs entre les deux groupes ne sont pas différentes (voir figure 1 en illustration principale).
Chez les chats malades, la comparaison des résultats par sous-groupes indique que les valeurs de T3, T4 et T4 libre diminuent de manière progressive suivant que la gravité de la maladie augmente. Pour la TSH en revanche, les différences ne sont pas significatives (voir figure 2 ci-dessous). Elles le deviennent si les chats faiblement ou modérément atteints sont réunis et comparés à ceux gravement malades (dont la TSH est lors plus faible). La TSH est également « indétectable » dans une plus grande proportion de ces derniers (47 % vs 26 et 22 %). Des valeurs très élevées de TSH sont toutefois mesurées chez certains chats de chaque sous-groupe, pouvant laisser suspecter, à tort, une hypothyroïdie (maladie assez rare dans l'espèce féline).
Figure 2. Résultats des dosages de la TSH (D) et des hormones thyroïdiennes T4, T3 et T4 libre (A, B et C) chez les 222 chats du groupe des malades, selon la sévérité de l'atteinte : faible (en bleu), modérée (en jaune) ou forte (en rouge). Le seuil de significativité (valeur de P) est de 0,05. Source : Peterson et al. JVIM, 2020.
L'observation des données par catégories d'affections révèle par ailleurs des valeurs significativement inférieures de T4 et de T4 libre lors de diabète, mais une proportion plus importante des cas était alors très graves et les autres mesures sont sans différences significatives. En outre, de nombreux chats présentaient plusieurs maladies concomitantes, ce qui rendait leur « classement » hasardeux.
La comparaison des résultats des malades selon qu'ils ont survécu ou non après 30 jours montre en revanche des différences significatives. Les cas de décès (n=56) concernent d'abord seulement des chats modérément ou gravement atteints (12 et 44 cas, respectivement, et aucun chez les cas peu graves). Et surtout, chez les décédés, les valeurs de TSH, de T3 et de T4 totale sont significativement plus basses que chez les survivants.
Toutefois, à l'issue de l'analyse multivariée, seuls deux paramètres sont trouvés associés à la survie :
Ces résultats semblent confirmer que chez le chat, de nombreuses maladies à répercussions générales – et surtout lorsque graves – peuvent être associées à, voire potentiellement entraîner, une diminution des hormones thyroïdiennes circulantes. La T4 totale (ainsi que la TSH dans une moindre mesure) est également un indicateur du risque de décès à moyen terme (30 jours). Les auteurs proposent alors en pratique d'explorer la fonction thyroïdienne chez les chats gravement malades, dans l'objectif d'affiner le pronostic et les chances de survie au traitement de la maladie primaire.
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