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Elanco & Proplan

19 mars 2026

Leptospirose canine : un haut risque de contamination des congénères exposés

par Agnès Faessel

Temps de lecture  5 min

Dans cette étude, les chiens étaient considérés comme exposés s'ils côtoyaient un individu infecté, dans un jardin commun par exemple (cliché Pixabay).
Dans cette étude, les chiens étaient considérés comme exposés s'ils côtoyaient un individu infecté, dans un jardin commun par exemple (cliché Pixabay).
 

Les rongeurs représentent le principal réservoir de Leptospira interrogans. Et les chiens se contaminent généralement par exposition indirecte dans leur environnement, notamment via de l'eau contaminée. Qu'en est-il du risque d'infection par contact avec d'autres chiens malades ? Les résultats d'une étude australienne sont sans appel : le risque est réel, et mériterait même une antibioprophylaxie systématique. Selon les dernières recommandations de l'ACVIM (2023), un traitement prophylactique est effectivement à envisager pour les autres chiens susceptibles d'avoir été exposés, après évaluation des risques.

Étude comparative de prévalence

Cette étude a été motivée par l'émergence de la leptospirose canine dans la ville de Sydney en 2017, suivie d'une augmentation du nombre de cas. D'autres foyers sont recensés dans l'État de Nouvelles-Galles du Sud. Le sérovar dominant impliqué est Australis.

Les rapports de cas de transmission de chien à chien sont anecdotiques. Une série a été décrite chez des individus vivant en chenil, mais le risque en contexte domestique restait méconnu.

Pour évaluer cette transmission potentiellement directe, des scientifiques de l'école vétérinaire de Sydney ont donc menée une étude comparative de prévalence, entre des chiens exposés à un congénère infecté et d'autres sans historique connu d'une telle exposition.

  • Le groupe non-exposé était constitué de 271 chiens précédemment inclus dans une étude de séroprévalence de la maladie, dont les données étaient donc déjà disponibles, et le statut non-exposé conforté par un questionnaire adressé au propriétaire. Ils n'étaient pas vaccinés.
  • Le groupe exposé comprenait 24 chiens, dont le statut était établi grâce au même questionnaire propriétaire, et validé en consultant les données médicales du cas clinique contact (n=13). Le diagnostic de leptospirose avait donc été confirmé chez le chien contact (diagnostic réalisé à l'école vétérinaire), par PCR sur sang et/ou urine ou par sérologie par test MAT (microagglutination : titre en anticorps ≥ 1/800 ou séroconversion). Et le dernier contact entre ces chiens datait de moins de 14 jours.

Les chiens exposés partageaient la même habitation (maison ou ferme), ou le même environnement (voisins au jardin commun par exemple) que le chien malade. Ils étaient eux-mêmes cliniquement sains.

Risque x5 d'infection

Chez les chiens exposés, des prélèvements de sang et/ou d'urine ont été réalisés, pour analyses PCR ou test MAT. Une antibiothérapie dans les 4 semaines précédentes était un critère d'exclusion.

  • Ces chiens étaient considérés comme infectés si la PCR était positive ou le titre en anticorps élevé (≥ 1/800). Et 3 chiens ont rempli ces critères : les 3 par sérologie (sur 20 testés), dont 1 positif également par PCR sur urine (sur 19 testés). Aucun chien n'était positif par PCR sur sang (sur 21 testés).
  • Les chiens non-exposés étaient considérés comme infectés si leur titre en anticorps était élevé (même seuil). Leur proportion atteint ainsi 5,2 % (14/271).

La comparaison des titres sérologiques entre les groupes a été faite en excluant les chiens vaccinés du groupe exposés pour éviter toute interférence avec une réponse vaccinale (la vaccination n'est pas systématisée en Australie, et dirigée au moment de l'étude contre le sérovar Copenhageni uniquement). Elle a donc porté sur 14 chiens exposés versus 271 non-exposés : les 3 chiens positifs du groupe exposés étaient inclus, ce qui aboutit à une prévalence d'infection de 21,4 %.

L'analyse comparative confirme ainsi que le risque d'infection par Leptospira interrogans est significativement plus élevé chez les chiens en contact proche avec un congénère malade : le risque est 5 fois plus élevé que chez des chiens non exposés.

L'un des chiens positifs avait été en contact avec deux cas cliniques (d'une même propriété). Mais un troisième chien, sur place lui aussi, est resté négatif. Toutefois, la proportion de chiens positifs est probablement sous-estimée, dans les deux groupes de chiens, du fait des outils diagnostiques utilisés et leur manque de sensibilité. Démontrer une séroconversion, notamment, n'a pas été possible dans le cadre du schéma d'étude.

L'âge ou le sexe n'interfère pas

Les auteurs ont également évalué si l'âge des chiens, le sexe ou la stérilisation représentaient des facteurs supplémentaires de risque d'infection. Mais aucun de ces paramètres n'est associé au risque d'infection. Les 3 chiens exposés détectés infectés étaient 2 Jack Russel terriers et 1 berger allemand.

Traiter plus systématiquement ?

Un chien infecté est potentiellement excréteur et contaminant. Toutefois, l'étude ne démontre pas la contamination directe de chien à chien : la fréquentation d'un même environnement, contaminé, ou de mêmes sources d'infection (rongeurs, cours d'eau par exemple) peut expliquer en partie ce surrisque.

Mais quelle que le mode de transmission, les auteurs soulignent que leurs résultats confortent l'intérêt d'une prophylaxie antibiotique chez les chiens exposés à un cas d'infection, en pratique les autres chiens de la famille ou de l'entourage/du voisinage selon la situation. L'objectif est de prévenir une infection clinique et de réduire l'excrétion bactérienne urinaire.

Les recommandations de l'ACVIM proposent la prescription de doxycycline, à la dose de 5 mg/kg toutes les 12 heures par voie orale pendant 14 jours. Le traitement est idéalement associé à un suivi sérologique.

La vaccination, très fréquente en France, ne permet pas de réduire la contamination, mais les conséquences cliniques de l'infection. L'intérêt d'un tel traitement préventif reste alors à confirmer.

Et évidemment, la question se pose du risque pour les propriétaires du chien infecté. Mais cette étude n'a pas la prétention d'y répondre. Et selon les connaissances actuelles, il resterait heureusement limité.