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1er mars 2024

L'épizootie nord-américaine de pneumonies canines recule, son agent étiologique pas (encore ?) défini

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

L'épizootie d'infections pulmonaires signalée à l'automne dernier en Amérique du nord est en train de disparaître, peut-être temporairement. La chasse à l'agent pathogène s'est révélée frustrante, même si la piste d'une bactérie apparentée à un mycoplasme… Clichés : Vientós-Plotts et coll., 2021.
L'épizootie d'infections pulmonaires signalée à l'automne dernier en Amérique du nord est en train de disparaître, peut-être temporairement. La chasse à l'agent pathogène s'est révélée frustrante, même si la piste d'une bactérie apparentée à un mycoplasme… Clichés : Vientós-Plotts et coll., 2021.
 

Trois mois après l'identification de la flambée de cas de pneumonies canines aux États-Unis, leur agent infectieux n'a pas été identifié, signale l'Association américaine de médecine vétérinaire (AVMA) fin février.

Bactérie opportuniste ?

« L'explication la plus probable de l'épizootie de maladie respiratoire canine de l'année dernière est une bactérie commensale qui pourrait jouer un rôle dans certaines maladies, mais qui a été négligée » indique le communiqué de l'AVMA, en citant le Pr Scott Weese (Université de Guelph, Canada). L'alarme avait été lancée en novembre dernier quand les cliniciens de la faculté vétérinaire de l'Oregon (USA) avaient annoncé avoir identifié un nombre élevé de cas d'infections respiratoires en peu de temps, environ 200 cas en plus par rapport à la fréquentation habituelle. Les premiers cas remontaient à l'été, et d'autres États ont, depuis, signalé une recrudescence d'infections respiratoire.

Pic automnal, pas hivernal

Si la faculté vétérinaire de l'université d'Oregon indique, dans le point effectué par l'AVMA, qu'aucun des cas ayant consulté en janvier ne pouvait être rattaché à ce phénomène, le bilan établi par la faculté vétérinaire du Colorado est qu'entre septembre et novembre, « le nombre de pneumonies canines parvenus à l'hôpital universitaire a plus que doublé ». Le phénomène s'est poursuivi sur la fin de l'automne, et « les cas ont également augmenté dans d'autres États à la fin de l'année dernière, notamment en Californie, en Floride et dans le New Hampshire, ainsi que dans certaines régions du Canada ».

Nom de baptême

L'affection a gagné un acronyme dans l'intervalle : le CIRDCa, pour Atypical Canine Infectious Respiratory Disease Complex. L'université du Colorado, qui « poursuit les travaux » pour identifier un agent étiologique du CIRDCa, selon un communiqué publié début février, propose qu'une des explications pour la décrue hivernale des cas est que « nos animaux de compagnie passeraient, pendant les mois d'hiver, moins de temps dans des situations sociales où peuvent se trouver des chiens malades ». Ce qui laisse supposer qu'il s'agit bien d'une maladie infectieuse, et qu'elle pourrait réapparaître au printemps…

Pas de schéma commun

Le CIRDCa se manifeste par une toux se prolongeant sur plusieurs semaines et aboutissant à une pneumonie, « probablement secondaire, répondant peu ou pas du tout aux antibiotiques », et qui a un niveau inhabituel de létalité. Le Pr Michael Lappin, spécialiste de médecine interne à l'université du Colorado, indique que ses équipes ont examiné les pics automnaux de maladies respiratoires des 10 années précédentes, à la recherche d'un agent qui se distinguerait, parmi la dizaine de pathogènes respiratoires canins déjà connus, en vain. Dans les zones paraissant enregistrer un nombre particulièrement élevé de cas, des examens complémentaires gratuits ont été proposés pour disposer de matériel biologique en quantité suffisante pour espérer identifier un agent infectieux. Cet effort, et l'examen minutieux des prélèvements effectués sur les 87 cas de CIRDCa arrivés aux urgences de l'hôpital vétérinaire jusque janvier « n'ont révélé aucun schéma évident d'agents précédemment connus comme responsables de maladies respiratoires infectieuses. Quatre des cas ont été mortels, dont un chien présentant une comorbidité ».

Couper aux rumeurs

L'AVMA souligne que ce sont les laboratoires de diagnostic – dont la plupart dépendent des universités vétérinaires – qui poursuivent la recherche sur l'agent causal de ce phénomène, à propos duquel à ce jour aucune publication scientifique n'est parue. Un travail de séquençage (métagénomique) est en cours. Comme souvent en l'absence de réponse tranchée, « des spéculations ont fait état de l'émergence d'un nouvel agent pathogène ou d'un variant d'un pathogène connu tel que Bordetella. La communauté vétérinaire s'accorde à dire que cette hypothèse est hautement improbable. Un porte-parole des services vétérinaires américains a déclaré à l'AVMA qu'il n'existait aucune preuve permettant d'étayer une telle conclusion ».

Mycoplasme non cultivable ?

En novembre dernier, le New Hampshire Veterinary Diagnostic Laboratory (NHVDL) et le Hubbard Center for Genome Studies de l'université du New Hampshire avaient annoncé avoir identifié « un organisme non cultivable, de type bactérien, semblable à Mycoplasma, dans un sous-ensemble d'échantillons respiratoires ». Fin janvier, le NHVDL a indiqué avoir réuni « des preuves supplémentaires d'un nouvel agent pathogène respiratoire bactérien potentiel », dans un petit nombre de prélèvements de chiens (31 sur 226 analysés) provenant de quatre États américains. Prudent, le directeur de ce laboratoire prévient qu'il n'est pas encore possible « d'affirmer avec certitude que [cet] organisme est à l'origine de la maladie respiratoire ».

En attendant plus de détails sur cette piste, pour l'AVMA, les propriétaires de chiens « devraient continuer à se conformer aux recommandations déjà émises, de respect du calendrier vaccinal, de suivre avec attention si une toux se développe et de limiter les contacts “nez à nez” avec des chiens au statut médical inconnu lors des promenades ».