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Elanco & Proplan

16 mars 2026

Hyperthyroïdie féline : comprendre et surveiller les complications cardiaques

par Karin De Lange

Temps de lecture  5 min

Les anomalies cardiaques des chats hyperthyroïdiens et de ceux à cardiomyopathie primaire sont similaires, même post-mortem. Il est donc important de dépister la fonction thyroïdienne chez tous les chats présentant des signes de cardiomyopathie hypertrophique, selon les auteurs d'une synthèse sur le sujet. Cliché : Freeman et coll. 2017 ; Creative Commons.
Les anomalies cardiaques des chats hyperthyroïdiens et de ceux à cardiomyopathie primaire sont similaires, même post-mortem. Il est donc important de dépister la fonction thyroïdienne chez tous les chats présentant des signes de cardiomyopathie hypertrophique, selon les auteurs d'une synthèse sur le sujet. Cliché : Freeman et coll. 2017 ; Creative Commons.
 

Des spécialistes en médecine interne et cardiologie de la faculté vétérinaire d'Utrecht (Pays-Bas), font un état des lieux des connaissances actuelles sur les anomalies cardiaques chez des chats hyperthyroïdiens dans une revue de synthèse publiée fin 2025.

Hyperthyroïdie féline : des anomalies souvent réversibles

Au-delà des signes métaboliques classiques, l'excès d'hormones thyroïdiennes chez ces chats exerce des effets importants sur le système cardiovasculaire. Les auteurs rappellent que de nombreuses études rapportent ainsi une association fréquente entre hyperthyroïdie et anomalies cardiaques chez le chat. Ces altérations peuvent rester subcliniques, mais elles peuvent également évoluer vers une insuffisance cardiaque dans certains cas. L'intérêt clinique majeur de cette relation réside dans le fait que les anomalies cardiaques liées à l'hyperthyroïdie peuvent être réversibles après traitement, ce qui rend le dépistage de la seconde particulièrement important chez les chats présentant des signes cardiaques.

Hormones thyroïdiennes et fonction cardiaque

Les hormones thyroïdiennes ont un effet globalement stimulant sur le métabolisme. Lorsqu'elles sont produites en excès, elles augmentent la demande tissulaire en oxygène et en perfusion. L'organisme s'adapte alors en développant un état circulatoire hyperdynamique. Dans ce contexte, la résistance vasculaire systémique diminue, ce qui réduit la post-charge, tandis que le débit cardiaque augmente. Parallèlement, des mécanismes rénaux compensatoires entraînent une surcharge volumique pouvant conduire à une dilatation des cavités cardiaques. Les hormones thyroïdiennes agissent également directement sur le myocarde. Elles modifient l'expression de gènes impliqués dans la structure et la fonction des cardiomyocytes, favorisant l'hypertrophie myocardique. L'augmentation de l'expression des récepteurs bêta-1 adrénergiques sur les membranes cellulaires amplifie par ailleurs les effets chronotropes, dromotropes et inotropes. Ces différents mécanismes contribuent à l'apparition d'anomalies cardiaques souvent observées chez les chats hyperthyroïdiens.

Les anomalies cardiaques les plus fréquemment observées

Les manifestations cardiovasculaires de l'hyperthyroïdie peuvent être détectées à différentes étapes de l'examen clinique et des examens complémentaires.

  • À l'auscultation, des souffles systoliques doux sont fréquemment présents (prévalence rapportée pouvant atteindre 90 %). D'autres signes peuvent être présents, notamment des pouls bondissants, une tachycardie supérieure à 240 battements par minute, des bruits de galop ou encore des arythmies.
  • L'électrocardiographie révèle le plus souvent une tachycardie sinusale et des ondes R de grande amplitude (≥0,9 mV).
  • Les radiographies thoraciques montrent fréquemment une cardiomégalie. L'insuffisance cardiaque congestive est rapportée chez 10 à 15 % des chats hyperthyroïdiens présentant des anomalies cardiaques.
  • L'échocardiographie constitue un examen central pour caractériser ces altérations. Les anomalies les plus couramment décrites incluent une hypertrophie ventriculaire gauche concentrique, une dilatation des cavités cardiaques, une augmentation du diamètre de l'oreillette gauche et une dysfonction diastolique. Cependant, l'échocardiographie peut rester normale chez un nombre important de patients : jusqu'à 51 % des chats hyperthyroïdiens ne présentent aucune anomalie notable à cet examen.
  • Sur le plan anatomopathologique, l'hypertrophie ventriculaire gauche est également fréquemment observée. Dans une étude comparative, 47 % des chats hyperthyroïdiens présentaient une hypertrophie ventriculaire gauche, généralement moins marquée que chez les chats atteints de cardiomyopathie hypertrophique.
  • Les biomarqueurs cardiaques peuvent également être modifiés. Les auteurs citent des études où des concentrations détectables de troponine cardiaque I (cTnI) ont été observées chez 11 chats hyperthyroïdiens sur 23 avant traitement par iode radioactif. Des concentrations élevées de cTnI étaient associées à des valeurs de T4 plus élevées, suggérant une atteinte myocardique. Dans une autre étude incluant également 23 chats, les concentrations plasmatiques de NT-proBNP (Peptide natriurétique de type B N-terminal) et de cTnI étaient supérieures à celles observées chez des chats sains.

Hyperthyroïdie féline : les options thérapeutiques

Quatre approches principales sont disponibles pour traiter l'hyperthyroïdie chez le chat.

  • La thérapie à l'iode radioactif est souvent considérée comme le traitement de référence. Elle devrait être envisagée le plus tôt possible, avant que la maladie cardiaque ne s'aggrave.
  • La thyroïdectomie chirurgicale constitue également une option curative, avec un taux de réussite supérieur à 90 %.
  • Les traitements antithyroïdiens (méthimazole, carbimazole) nécessitent une surveillance régulière des fonctions thyroïdienne et rénale. Le traitement par méthimazole est associé à une durée de survie médiane plus courte que les traitements curatifs comme l'iode radioactif ou la chirurgie, ce qui pourrait s'expliquer par des problèmes d'observance, ou par l'apparition d'une résistance médicamenteuse, estiment les auteurs.
  • Enfin, l'utilisation d'une alimentation restreinte en iode peut permettre de contrôler les concentrations en hormones thyroïdiennes. Cependant, cette stratégie ne traite pas la pathologie thyroïdienne sous-jacente et son efficacité dépend fortement de l'observance alimentaire, parfois limitée par une faible appétence.

Réversibilité des anomalies cardiaques

Plusieurs études montrent que les anomalies cardiaques observées lors d'hyperthyroïdie féline peuvent être au moins partiellement réversibles, en particulier lorsqu'il n'existe pas de cardiopathie primaire préexistante. Les traitements curatifs semblent offrir les meilleurs résultats, en contrôlant à la fois la maladie endocrinienne et les complications cardiovasculaires associées. Les altérations cardiaques observées chez les chats hyperthyroïdiens peuvent ressembler à celles rencontrées dans les cardiomyopathies primaires, notamment la cardiomyopathie hypertrophique. Cette similitude, y compris post-mortem, souligne l'importance d'inclure systématiquement l'hyperthyroïdie dans le diagnostic différentiel. Ainsi, l'hyperthyroïdie devrait toujours être recherchée chez les chats de plus de 6 ans présentant un phénotype échocardiographique compatible avec une cardiomyopathie hypertrophique, une hypertrophie ventriculaire gauche excentrique ou une insuffisance cardiaque congestive, recommandent les auteurs.

Lorsque l'hyperthyroïdie est traitée efficacement, un remodelage cardiaque inverse peut survenir. La récupération peut toutefois prendre plusieurs mois et dépend notamment de la durée d'évolution de la maladie. Plus la maladie est ancienne, plus les anomalies cardiaques sont susceptibles d'être sévères et moins la récupération complète est probable. Par ailleurs, si l'euthyroïdie n'est pas obtenue – ce qui est plus fréquent avec les traitements médicaux ou diététiques – les effets délétères de l'excès d'hormones thyroïdiennes sur le cœur persistent, ce qui peut compromettre le pronostic global.