titre_lefil
Proplan

26 août 2026

Pour les vétérinaires, le schnauzer nain n'est pas à risque accru de pancréatite ; pour leurs maîtres, si

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

L'analyse épidémiologique des données médicales collectées en cliniques généralistes ne classe pas la pancréatite parmi les affectons auxquelles le schnauzer nain est prédisposé. Toutefois, une enquête récente conduite auprès des maîtres dit le contraire… Cliché : Zorik07, wikimedia.
L'analyse épidémiologique des données médicales collectées en cliniques généralistes ne classe pas la pancréatite parmi les affectons auxquelles le schnauzer nain est prédisposé. Toutefois, une enquête récente conduite auprès des maîtres dit le contraire… Cliché : Zorik07, wikimedia.
 

La pancréatite n'avait pas été trouvée comme une affection à laquelle le schnauzer nain est prédisposé, selon la première enquête Vetcompass consacrée à cette race outre-Manche, et publiée en 2013. Celle-ci avait identifié la maladie parodontale, les entéropathies et diverses pathologies cutanées comme présentant un sur-risque dans cette race. Pour les auteurs de cette seconde étude, conduite plus de 10 ans plus tard mais cette fois auprès de propriétaires de schnauzers nains, l'explication était sans doute liée au fait que la première enquête ne portait (comme toutes les enquêtes Vetcompass) que sur les données médicales provenant de cliniques généralistes. Or la pancréatite reste rare, et cette faible prévalence peut expliquer pourquoi elle n'a pas été mise en évidence lors de la première enquête.

Et si, les vomissements…

Dans l'étude de 2013, des vomissements (sans cause connue) étaient signalés pour 5,1 % des schnauzers de l'étude. « Il est possible qu'une partie des chiens signalés comme présentant des vomissements corresponde à des cas de pancréatite non documentés ou non diagnostiqués. Cela concorderait avec les données indiquant qu'un diagnostic définitif n'est établi que pour 20,7 % des problèmes cliniques présentés en structure généraliste ». Ils ont donc réalisé un questionnaire en ligne, destiné aux propriétaires de schnauzers nains (les maîtres de plusieurs de ces chiens pouvaient remplir un questionnaire par chien). Celui-ci est resté ouvert en ligne pendant le mois de mai 2023, et a permis de collecter 2 669 réponses complètes et exploitables. Il y avait 47 % de femelles parmi cet échantillon, et 74 % des chiens/chiennes avaient été castrés/stérilisés (médiane de 5,5 ans).

Prévalence rapportée proche de 8 %

Il était d'abord demandé dans le questionnaire de signaler les maladies de leurs animaux au sein d'une liste fournie de 7 maladies. Dans ce cas, la maladie la plus fréquemment renseignée est la pancréatite, pour 7,6 % des sujets, devant les murmures cardiaques (6,6 %), les calculs rénaux/urétraux (1,9 %) et le diabète (1,1 %, contre 0,4 % au plus en population canine générale). Lorsqu'il était demandé aux répondants de renseigner (en texte libre) les affections rencontrées par leur(s) schnauzer(s), ce sont les affections dermatologiques qui sont signalées en majorité (9,9 % des sujets), devant la présence de masses (9,8 %) et les allergies (7,8 %). La pancréatite n'est pas évoquée (incluses dans les maladies gastro-intestinales, correspondant à 3,8 % des chiens).

Pancréatite, diabète et hyperlipidémie synchrones

Lorsque l'âge au moment du diagnostic était renseigné, 17 % des cas de pancréatite concernait des sujets de 1 à 2 ans, indiquant qu'une proportion non négligeable des cas correspondent à une affection primaire. Lors d'affection secondaire (présence de diabète ou d'hyperlipidémie en plus de la pancréatite), il n'y avait pas de différence significative pour l'âge au diagnostic de chacune des affections. En revanche, la pancréatite était diagnostiquée plus tôt (médiane à 4 ans) que l'hyperlipidémie (7,5 ans, p<0,0001) pour les cas sans pancréatite.

Diabète et régime maigre

Lorsqu'ils réalisent une analyse multivariée des données en lien avec l'occurrence d'une pancréatite, les auteurs observent :

  • qu'il y a alors « une probabilité accrue de diagnostic de diabète sucré (risque relatif de 4,54 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,7–11,6 ; p = 0,002) » ;
  • ainsi qu'une ainsi qu'une probabilité accrue « d'avoir reçu une alimentation pauvre en matières grasses (OR = 7,07 ; IC à 95 % : 3,2–16,9 ; p < 0,001) ». Toutefois, comme ces aliments sont recommandés dans la gestion de l'hyperlipidémie, il y a possiblement un facteur de confusion avec la pancréatite, et cette alimentation ne devrait pas être considérée comme un facteur de risque d'occurrence de la pancréatite ;
  • et que l'âge à la stérilisation n'apparaît pas comme un cofacteur de survenue de la pancréatite.

Pour le diabète, « un suivi à long terme des cas de pancréatite rapportés ici serait précieux pour déterminer quelle proportion de schnauzers nains atteints de pancréatite développe[ra] un diabète sucré avec l'avancée en âge », mais il est clair, soulignent les auteurs, qu'une fraction des cas de pancréatite précède la survenue du diabète. Toutefois, ces résultats restent toutefois limités par leur caractère déclaratif, sans validation systématique des diagnostics (le praticien traitant de chaque animal n'était pas contacté pour validation du diagnostic).

Ainsi, les auteurs relèvent bien une « une discordance entre le diagnostic de pancréatite documenté chez le schnauzer nain dans l'enquête auprès de structures généralistes et la fréquence relativement élevée de signalements de cette affection par les propriétaires, ce qui nécessite des investigations supplémentaires ».