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18 juin 2026
Régime BARF : encore trop de pathogènes (multi) résistants, y compris aux antibiotiques les plus critiques

Les auteurs de cette nième étude sur la contamination microbiologique des viandes crues destinées à l'alimentation des chiens et des chats (aliments BARF) sont pragmatiques. Ils rappellent d'emblée que la surveillance d'une contamination de ces viandes par des salmonelles et des bactéries de la famille des Enterobacteriaceae est obligatoire avant leur commercialisation, au moins au Royaume-Uni (les auteurs travaillent à l'université de Liverpool). Ils rappellent aussi que ces bactéries sont très souvent présentes dans ces barquettes tout de même. De nombreuses publications le montrent, ainsi que la détection de germes potentiellement pathogènes pour les chiens, chats ou humains, comme Campylobacter, Listeria…
Toutefois, ce sont les rapports de présence de germes résistants aux antibiotiques, et en particulier aux antibiotiques critiques, qui ont retenu leur attention, et ils se sont focalisés sur le groupe de bactéries rassemblées sous le sigle ESKAPE (pour Enterococcus faecium, Staphylococcus aureus, Klebsiella pneumoniae, Acinetobacter baumannii, Pseudomonas aeruginosa et Enterobacter sp.). La plupart (à part E. faecium) sont Gram négatif, et toutes sont de virulence élevée, pouvant porter des gènes de résistance à des antibiotiques critiques (fluoroquinolones, céphalosporines de 3e génération et même carbapénèmes). Ces espèces sont aussi adaptées à la survie en milieu hospitalier, y compris vétérinaire.
Ils ont donc acheté en ligne 110 barquettes de viande BARF de 10 marques différentes, avec un panachage des différentes espèces d'élevage. Les marques avaient été choisies comme les plus achetées, selon une enquête conduite auprès des propriétaires de chiens. Les auteurs achetaient les barquettes d'une marque par mois, et les congelaient (les achats ont eu lieu entre août 2020 et octobre 2021). Elles ont ensuite été décongelées ensemble (réfrigérateur) puis prélevées pour mise en culture (milieux sélectifs pour les seuls Gram négatifs, soit les bactéries SKAPE), identification et antibiogramme. Les analyses moléculaires ont porté sur l'identification et sur la détection des gènes de résistance aux antibiotiques.
Sept des 10 marques étaient positives pour au moins l'une des SKAPE. Les viandes de canards et les abats étaient le plus souvent contaminés. Selon les espèces bactériennes, la plus souvent détectée était P. aeruginosa (10 barquettes positives, le plus souvent de canard et de tripes/abats). Suivaient Acinetobacter (7 barquettes positives, le plus souvent de canard et de tripes/abats, mais aussi d'agneau) et Enterobacter (4 barquettes positives : agneau, poulet, bovin, saumon). Au total, 22 barquettes ont été trouvées contaminées par les bactéries recherchées, soit une sur cinq testées. Et les auteurs précisent qu'il s'agit probablement d'une sous-estimation : l'isolement des bactéries SKAPE a été fait dans le cadre initial d'une étude sur E. coli dans ces viandes, et les méthodes de culture utilisées n'étaient pas les plus adaptées à ces espèces bactériennes…
Lorsqu'ils compilent les résultats des antibiogrammes, les auteurs identifient une souche de P. aeruginosa résistante à l'imipénème (un carbapénème, famille d'antibiotiques interdite en médecine vétérinaire). Le séquençage du génome des souches identifie aussi une autre souche porteuse d'un gène de résistance à l'imipénème (blaIMP-42), mais il ne s'agissait pas de la souche à phénotype de résistance (gène non exprimé ou méthode de culture inadaptée). Une souche d'Acinetobacter, une autre d'Enterobacter et deux souches de P. aeruginosa étaient aussi résistantes aux fluoroquinolones. De nombreuses souches ont aussi été trouvées porteuses de gènes de résistance aux céphalosporines à spectre élargi.
Pour les auteurs, ces résultats confirment que les aliments BARF congelés du commerce outre-Manche « peuvent être contaminés par des bactéries multirésistantes susceptibles de provoquer des maladies graves chez les populations à risque, comme les jeunes enfants, les personnes immunodéprimées et les personnes âgées. Or, ces bactéries ne font actuellement l'objet d'aucun dépistage systématique dans le cadre des » plans de contrôle et ne sont pas détruits par la congélation. Pour eux, il est donc « vital de poursuivre les efforts de sensibilisation auprès des acteurs concernés (propriétaires d'animaux de compagnie, producteurs alimentaires, décideurs politiques, personnel vétérinaire et médical) afin de mieux faire connaître les risques potentiels liés à l'approche “Une seule santé” des aliments BARF ».
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