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16 octobre 2026
Morsures de chiens et chats au travail : pas si rares et « perçues comme liées à de l'agressivité »

Pas de découverte spectaculaire, mais de nombreuses confirmations sont fournies par cette étude britannico-irlandaise des morsures de chiens et de chats survenues en structures vétérinaires.
Entre le 1er janvier 2024 et le 28 octobre 2025, tous les cas de morsure survenus à des professionnels (vétérinaires et ASV pour l'essentiel) dans le cadre de leur exercice, au sein de structures appartenant à une chaîne de cliniques au Royaume-Uni et en Irlande, ont été recensés et analysés. Sur les plus de 1 000 cliniques concernées, des morsures ont été renseignées par des employés de 708 d'entre elles, pour un total de 2 860 « incidents ». Les informations liées à la morsure (animal, contexte, localisation dans la clinique, localisation de la lésion, statut de la personne mordue, etc.) devaient être complétées : il y en a eu 2 480 d'exploitables. Les réponses pouvaient être en texte libre, en particulier lorsqu'il s'agissait d'indiquer l'émotion que semblait présenter l'animal au moment de l'incident – et celle perçue par la victime. Les auteurs expliquent que toute morsure déclarée est prise en compte, sans autre justification que le fait qu'elle soit renseignée et indépendamment de son impact pour la personne mordue.
Si l'inventaire des espèces mordeuses est assez varié, comprenant des oiseaux, des espèces exotiques (au sens de n'appartenant pas à la faune autochtone) ou même un âne, les chiens et les chats représentent la source principale d'incidents (45,0 et 51,2 % des signalements, respectivement). Pour ces deux espèces, les morsures concernent les doigts ou les mains (80 % des morsures de chats et 63 % de celles de chiens). Pour les chiens, le bras représentait aussi 18 % des localisations de morsures. La presque majorité des morsures se produit en salle de consultation (49 %, voir l'illustration principale), et un peu moins d'un tiers (29,9 %) en zone de préparation chirurgicale, devant le chenil (16 %) et la salle de chirurgie (<5 %).
Qu'il s'agisse de chats ou de chiens, les ASV sont plus souvent mordues que les vétérinaires : 63,4 vs 32,8 % pour les morsures de chats et 53,4 vs 41,6 % pour les morsures de chiens. Il y a une association significative entre l'emploi et l'espèce en cause (les ASV sont plus souvent mordues par des chats que les vétérinaires, p=0,002). Ce qui recoupe la description du contexte puisque la situation la plus fréquemment décrite est la contention du chat. Pour les chiens, la morsure survient surtout en réaction d'une manipulation. Sans surprise, 80 % des morsures se produisent entre 9 h et 18 h, avec des « pics » : à 10 h et à midi pour les chats et 9 et 10 h pour les chiens. Toutefois, « en salle de consultation, les morsures survenaient le plus souvent entre 9 h et 12 h, tant chez les chats que chez les chiens ; les deux espèces présentaient également un pic d'agressions dans l'après-midi, à 15 h, dans ce même lieu ». Ces horaires « correspondent à des périodes typiques de forte activité, ce qui suggère que l'intensité de la charge de travail pourrait influencer le risque de morsures ».
Les auteurs n'identifient pas d'association statistique entre la taille de la structure et la fréquence de ces accidents. Toutefois, qu'il s'agisse de chiens ou de chats, « les vétérinaires subissaient davantage de morsures dans les salles de consultation, tandis que les ASV étaient plus fréquemment mordues dans les chenils et les zones de préparation » (p<0,001), sans surprise là non plus puisque c'est en lien avec les activités de chacun. L'émotion la plus renseignées est la même pour les deux espèces : « agressivité ». Pour les chats, arrivent ensuite (mais trois fois moins souvent mentionnés) “apeuré” puis “paniqué”. Pour les chiens, “nerveux” (un peu moins fréquent qu'agressif) et “anxieux” (trois fois moins souvent) suivent. Pour les auteurs, cela « pourrait témoigner d'un recours limité à une terminologie fondée sur l'analyse comportementale, ou d'une difficulté à identifier les ressorts émotionnels et les motivations qui sous-tendent un comportement [du chien ou du chat qui mord]. Cela donne à penser que les employés perçoivent potentiellement l'agressivité comme un caractère fixe ou inhérent, plutôt que comme un comportement dépendant du contexte ». Aussi, ils préviennent que « qualifier des animaux d'“agressifs” risque d'entraîner une mauvaise interprétation de leur comportement et pourrait contribuer à pathologiser des réactions comportementales normales » et « influencer directement les décisions en matière de manipulation qui, au lieu d'atténuer le stress chez l'animal, risque au contraire de l'accentuer ».
Enfin, les auteurs suggèrent que « des stratégies de prévention pourraient être adaptées non seulement en fonction de l'espèce, mais aussi en fonction des tâches cliniques spécifiques et des environnements associés aux différents rôles de chacun ».
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