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Proplan

7 août 2026

Une startup veut mettre sur le marché américain des chiens modifiés génétiquement pour être non-allergéniques

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Kindred Companion Science vient de publier les résultats de ses premières naissances de deux chiots femelles modifiés génétiquement pour ne pas exprimer la protéine allergène pour l'humain, Can f1.
Kindred Companion Science vient de publier les résultats de ses premières naissances de deux chiots femelles modifiés génétiquement pour ne pas exprimer la protéine allergène pour l'humain, Can f1.
 

C'est le buzz animalier de début août : une startup américaine vient de dévoiler l'existence de deux chiennes génétiquement modifiées pour être supportées par les personnes allergiques aux poils de chiens, et affirme son intention d'en faire son fonds de commerce, comme l'indique l'article de l'Associated press en ligne. Plus inhabituel : la date du lancement de sa campagne médiatique correspond à celle de la mise en ligne de l'article scientifique décrivant la technique et le processus ayant permis d'obtenir la naissance d'Alfie et Bailey, les deux premiers beagles de cette « nouvelle génération de chiens ».

La cible : le principal allergène canin

La protéine Can f1 est produite par les glandes sébacées et l'épithélium lingual des chiens. Elle appartient à la famille des lipocalines (des transporteurs membranaires de petites molécules hydrophobes). Toutefois, le ligand de Can f1 n'a pas encore été déterminé, et son rôle biologique n'est donc pas encore connu. Donc les conséquences biologiques de l'inactivation ciblée du gène codant pour cette protéine ne sont pas prévisibles. Les auteurs de la publication, dont quatre sur cinq font partie de la startup Kindred Companion Science (le dernier auteur est un chercheur en allergologie humaine) ont mis au point la méthode de ciblage génétique en utilisant les ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9.

Modification génétique ciblée

Ils sont d'abord partis de cellules de derme d'un fœtus femelle de race beagle. Ils ont isolé des fibroblastes capables de réplication et les ont soumis à l'action d'un dispositif de modification génétique ciblée par CRISPR qui fait l'objet d'un brevet en cours d'enregistrement. Cette modification, consiste à insérer une paire de bases dans l'exon du gène, provoquant un décalage dans la lecture l'ARN polymérase, et produisant ensuite une protéine non fonctionnelle. Les auteurs ont ensuite réalisé une expansion clonale de ces cellules et ont sélectionné celles chez lesquelles la modification avait été réalisée sur le site voulu de la séquence nucléotidique du gène, et seulement sur ce site (pas d'insertion en d'autres zones de l'ADN).

Transfert nucléaire

Ce sont ces cellules qui ont été utilisées comme donneuses de noyau pour des ovocytes canins préalablement énucléés (à la base, cette phase est la même que celle utilisée pour la brebis Dolly en 1996…). Ces ovocytes avaient été collectés sur des femelles beagles, élevées comme animaux de laboratoire. L'opération a été conduite en 25 exemplaires (25 ovocytes), produisant 25 embryons (2n chromosomes). Ces embryons ont ensuite été implantés dans l'utérus de chiennes receveuses, synchronisées, sans que le nombre d'embryons transférés par chienne ne soit précisé. Une chienne a mené à bout une gestation conduisant à la naissance de deux chiots femelles d'apparence normale, baptisés Alfie et Bailey. La naissance a eu lieu le 22 septembre 2024.

Clinique : RAS

La santé de ces chiots a été étroitement suivie et évaluée, et la recherche de modifications génétiques non ciblées a été réalisée selon les règles (et n'a pas détecté d'impact génétique autre que celui voulu au départ). Aucune anomalie médicale n'a été observée depuis la naissance des chiennes – soit sur presque deux ans. Elles « présentent également un état mental normal et un niveau d'activité adapté à leur âge, sans anomalies comportementales cliniquement apparentes. Les vaccinations de base systématiques ont été bien tolérées ; aucune réaction clinique indésirable n'a été observée, qu'il s'agisse d'hypersensibilité, de maladie systémique ou de complications tardives ».

Rien dans la salive, et pas de réaction chez un humain allergique

Les auteurs ont ensuite vérifié que les chiennes ne fabriquent pas Can f1 : la recherche de la protéine dans leur salive a été complètement négative. La même opération a été réalisée avec des poils et pellicules prélevés sur les deux individus, avec le même résultat négatif. Pour aller jusqu'au bout de la démarche, les auteurs ont réalisé un test d'allergie par injection intradermique de l'allergène canin et d'un extrait protéique salivaire des chiennes, sur un bénévole étant reconnu allergique aux poils de chien. La réaction d'hypersensibilité a été importante pour la première injection et inapparente pour la seconde, avec lecture à 20 minutes des injections (la publication en présente le cliché).

Pour les auteurs, « cette étude établit la faisabilité technique de l'inactivation ciblée de l'allergène canin majeur in vivo, démontrant que la perte de Can f 1 est compatible avec un développement normal de l'animal et peut abolir la réactivité cutanée médiée par les IgE chez un humain sensibilisé ». Ils ont aussi exploré la séquence nucléotidique du gène de Can f1 chez plusieurs races : bouvier bernois, boxer, Cairn, chihuahua, berger allemand, danois, Labrador retriever et whippet. Dans tous ces cas, la séquence est identique à celle du beagle, et donc la cible pour la méthode CRISPR est intègre ; la méthode devrait avoir le même résultat. La startup communique donc sur son site internet (https://www.kindredcompanion.com/) sur le fait qu'un « Américain sur 8 est allergique aux chiens » et que « plus d'un million de crises d'asthme chaque année sont associées aux allergies aux chiens », voyant là un marché d'ampleur pour ses futurs chiots génétiquement modifiés… Son motto est « chacun mérite un chien »