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Proplan

20 juillet 2026

Les tiques, ces mitraillettes à pathogènes…

par Vincent Dedet

Temps de lecture  3 min

Représentation graphique du nombre de tiques fixées au nourrisseur (en vert), dont les tiques infectées (en bleu), dans un dispositif expérimental visant à évaluer la vitesse de transmission de différents pathogènes du chien après une morsure. D'après Beugnet et coll., 2025.
Représentation graphique du nombre de tiques fixées au nourrisseur (en vert), dont les tiques infectées (en bleu), dans un dispositif expérimental visant à évaluer la vitesse de transmission de différents pathogènes du chien après une morsure. D'après Beugnet et coll., 2025.
 

Selon le pathogène transmis par la tique, l'infection de l'hôte ne se passera pas au même moment, par rapport au début de la morsure, et certains sont transmis dès le début. C'est la conclusion d'une étude réalisée en conditions expérimentales avec deux espèces de tiques importantes en France, et dirigiée par des chercheurs de Boehringer Ingelheim.

Trois couples

Les membres de cette équipe internationale ont travaillé sur trois couples majeurs tique/pathogène :

  • Rhipicephalus sanguineus, tique présente surtout dans le sud de la France et Ehrlichia canis, dont elle est « le principal et probablement le seul vecteur en Europe »,
  • Ixodes ricinus, tique présente dans toute la France, vectrice d'Anaplasma phagocytophilum (entre autres),
  • I. ricinus et Borrelia burgdorferi au sens strict, l'agent de la maladie de Lyme.

Bien que les auteurs ciblent des couples pertinents pour l'espèce canine, les deux derniers pathogènes sont également zoonotiques.

Gorgement des nymphes sur animaux

Pour déterminer la « vitesse de transmission », c'est-à-dire le moment où le pathogène transmis par la morsure de tique est détectable chez l'hôte, ils ont utilisé un même modèle expérimental dans les trois cas. Pour obtenir des tiques capables de transmettre chaque pathogène, des nymphes de chaque espèce, élevées en laboratoire, ont été gorgées sur des animaux infectés expérimentalement par l'un ou l'autre de ces agents.

  • Pour le couple R. sanguineus/E. canis, le taux de tiques adultes infectées était de 18 %,
  • Pour le couple I. ricinus/A. phagocytophilum, le taux était de 56 % ;
  • Pour le couple I. ricinus/B. burgdorferi, le taux était de 76 %.

Nourrisseurs artificiels

Pour l'évaluation de la transmission, une chambre contenant des tiques avait pour plafond une membrane (associant du boyau de bœuf, une membrane de silicone et des poils de chien) au-dessus duquel circulait du sang (de bovin ou de chien), citraté ou hépariné, chauffé à 37°C. Les tiques se fixaient au plafond de leur chambre, et toutes les 3 heures, le sang circulant au-dessus de la membrane était prélevé pour analyse PCR, afin d'évaluer la diffusion du pathogène au-delà du site de la morsure. Dans le cas de B. burgdorferi, en plus, les auteurs écouvillonnaient régulièrement la face externe (exposée au sang) de cette membrane pour détection du pathogène par PCR. L'écouvillonnage détache du sang adhérent à la membrane, ce qui permet d'évaluer une transmission locale. Chaque expérience a été réalisée en 4 à 6 réplicats. Les auteurs préviennent que la détection n'est pas forcément synonyme de transmission : la dose minimale infectieuse pour le chien de chacun des pathogènes n'est pas connue et seule la première détection en PCR est prise ici en compte.

Une fois introduites dans la chambre, les auteurs observent qu'il faut 3 heures aux premières tiques pour se fixer à la membrane. Le taux de fixation est maximal (90 % des tiques introduites) à 57 heures de leur entrée dans la chambre.

De 3 à 45 heures pour transmettre

Pour E. canis, le premier résultat positif dans le sang a été obtenu à 6 heures de la première fixation de tique : la transmission se fait donc entre 3 et 6 heures après la morsure. Pour A. phagocytophilum, la première détection a lieu à 15 heures de la première fixation, donc une transmission se produisant entre 12 et 15 heures après la fixation de la tique. Les auteurs s'en remettent, pour prévenir ces infections à transmission plus rapide que la maladie de Lyme, à « des acaricides répulsifs, qui bloquent le gorgement, ou tuent rapidement les tiques ». Enfin, pour l'agent de la maladie de Lyme, les auteurs distinguent la détection locale (3 heures après la première fixation) et dans le sang (45 heures après la première fixation). Ce qui pourrait correspondre au fait que « les spirochètes restent dans la peau du chien avant de rejoindre la circulation ».

Pour les auteurs, ces résultats valident le dispositif expérimental utilisé. Ils sont cohérents avec ceux publiés dans d'autres essais. Aussi estiment-ils intéressant de réaliser les essais dans le même dispositif expérimental pour Babesia canis.