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Proplan

10 juillet 2026

Leishmaniose canine : réserver le traitement aux animaux malades ou en phase d'infection active

par Caroline Driot

Temps de lecture  4 min

La cytologie permet de mettre en évidence les leishmanies dans les tissus des animaux malades ou en phase d'infection active. Cliché : Ganeth et al., 2025.
La cytologie permet de mettre en évidence les leishmanies dans les tissus des animaux malades ou en phase d'infection active. Cliché : Ganeth et al., 2025.
 

Séropositif non infecté, infecté mais pas malade…un article récent du groupe de travail sur la leishmaniose canine apporte des éclairages sur cette maladie zoonotique complexe, et livre des recommandations actualisées à destination des praticiens, en matière de diagnostic et de prise en charge clinique. Avec un mot d'ordre : raisonner le traitement, pour limiter l'apparition de résistance aux anti-leishmaniens, diminuer le risque d'effets indésirables pour l'animal et le coût pour les propriétaires. Une démarche qui passe par le ciblage précis des individus à traiter, sur la base de données cliniques, biologiques et épidémiologiques.

Stade « séropositif non infecté » 

Les chiens séropositifs non infectés ont séjourné en zone à risque, durant au moins une saison vectorielle, et se caractérisent par :

  • l'absence d'anomalie clinique ou biologique,
  • la présence d'anticorps à des niveaux généralement faibles,
  • une PCR quantitative (qPCR) négative sur un prélèvement adéquat (moelle osseuse, nœuds lymphatiques, rate, peau ou écouvillon conjonctival).

Ces animaux ne nécessitent pas de traitement spécifique. Toutefois, un suivi annuel du titre en anticorps et des paramètres biologiques est recommandé, même en l'absence de signes cliniques, ceux-ci pouvant apparaître tardivement.

Stade « infecté »

Les chiens infectés se caractérisent par :

  • l'absence de signes cliniques et d'altération biologique imputables à la leishmaniose,
  • des titres variables - parfois nuls - en anticorps,
  • une qPCR positive sur un prélèvement, avec des charges parasitaires souvent élevées.

Ces animaux ne nécessitent pas de traitement spécifique, mais des contrôles sont recommandés 2 à 4 mois après, si le premier diagnostic sérologique révèle des titres élevés en anticorps, 6 à 12 mois après dans le cas contraire.

Comme le soulignent les auteurs, cette catégorie englobe des chiens traités contre la leishmaniose, et en transition du stade malade au stade infecté. Chez ces animaux, les examens complémentaires peuvent révéler des altérations biologiques légères à modérées, dues aux réponses immunitaire et inflammatoire liées à la persistance d'une charge parasitaire résiduelle.

Stades « infection active » et « malade »

Certains chiens infectés évoluent vers le stade « malade », plusieurs mois ou années après infection, à la faveur d'une comorbidité, ou d'un traitement susceptible de perturber leur réponse immunitaire. L'infection active désigne ce passage du stade infecté au stade malade, et se caractérise par une augmentation de la charge parasitaire locale ou systémique. La mise en évidence de leishmanies sur des prélèvements cytologiques (lésions cutanées, moelle osseuse ou nœuds lymphatiques) ou une qPCR positive sur sang total (fréquemment négative chez les chiens infectés) permet ainsi de distinguer le stade « infecté » de celui de l'infection active. Les animaux malades présentent des signes cliniques, et/ ou des anomalies biologiques sanguines ou urinaires imputables à la leishmaniose, ainsi qu'un test direct positif. Comme les animaux en phase d'infection active, ils requièrent un traitement spécifique.

Tenir compte de la saison pour interpréter les tests diagnostiques

Le diagnostic de la leishmaniose canine passe par la réalisation de tests diagnostiques directs (cytologie, PCR) et indirects (immunofluorescence, Elisa), dont les résultats doivent être interprétés avec prudence. De manière générale, la quantité d'anticorps est positivement corrélée à la probabilité que le chien soit malade. Mais chez les individus vivant en zone d'enzootie, les titres en anticorps augmentent au cours de la saison d'activité des phlébotomes, probablement en lien avec des piqûres répétées, puis diminuent hors période vectorielle. Ainsi, près d'un quart des chiens séropositifs cliniquement sains redeviennent séronégatifs 3 à 6 mois après la fin de la période de transmission. De même, les qPCR sur lésions cutanées ou écouvillons conjonctivaux sont susceptibles de se positiver au cours de la saison vectorielle en zone d'enzootie, sans pour autant signer le développement d'une leishmaniose clinique.

Recommandations thérapeutiques

Chez les chiens malades ou en phase d'infection active, le protocole thérapeutique de première intention consiste en une association d'antimoniate de méglumine (100 mg/kg, par voie sous-cutanée une fois par jour, pendant quatre semaines) et d'allopurinol (10 mg/kg, matin et soir pendant 12 mois). Il permet d'obtenir une rémission clinique et biologique stable pendant plus d'un an chez la plupart des chiens. Selon les auteurs, et contrairement aux affirmations concernant la néphrotoxicité de l'antimoniate de méglumine, ce protocole peut être employé chez les chiens dont la fonction rénale est légèrement altérée, signalent les experts. L'utilisation de doses plus faibles chez ces animaux pourrait conduire à une baisse d'efficacité, et contribuer à l'apparition de résistances. En cas d'échec, de rechute, de non-observance, ou d'insuffisance rénale sévère, un protocole alternatif, associant la miltéfosine (2 mg/kg voie orale, une fois par jour pendant 28 jours) et l'allopurinol (10 mg/kg, 2 fois par jour pendant 12 mois) peut être mis en œuvre. En raison du risque de rechutes précoces et d'apparition de résistances à la miltéfosine, les auteurs précisent que ce protocole ne doit être utilisé qu'en seconde intention.

Une exception

De manière exceptionnelle et non recommandée par les auteurs, des chiens présentés pour la première fois en consultation avec des signes cliniques et/ou des anomalies biologiques évocatrices de leishmaniose, et fortement séropositifs, peuvent faire l'objet d'un traitement anti-leishmanien, en l'absence de résultat positif à un test direct. À ce sujet, ils précisent qu'un résultat fortement séropositif correspond à un titre en anticorps 3 fois supérieur au seuil définissant un échantillon positif, soit une dilution au 1/320 si la valeur seuil est à 1/40 (immunofluorescence) ou un résultat supérieur à 1,65 si la valeur seuil est de 0,55 (Elisa).