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Proplan

8 juin 2026

La première personne à avoir été contaminée par le H5N1 via un chat est employée vétérinaire, aux USA

par Vincent Dedet

Temps de lecture  5 min

C'est une étude sérologique (rétrospective) parmi les personnes exposées à une série de chats infectés par le H5N1 à Los Angeles (USA) qui a permis de détecter le premier cas de transmission du H5N1 à l'humain par un chat. Cliché : AVMA.
C'est une étude sérologique (rétrospective) parmi les personnes exposées à une série de chats infectés par le H5N1 à Los Angeles (USA) qui a permis de détecter le premier cas de transmission du H5N1 à l'humain par un chat. Cliché : AVMA.
 

Il s'agit d'une infection asymptomatique, mais c'est le premier cas humain documenté à avoir été infecté par un chat – malade, lui, du virus H5N1. Dans le récent rapport sur ce cas, le genre de la personne concernée n'est pas précisé, mais il est indiqué qu'elle « effectuait régulièrement de multiples tâches cliniques, notamment la contention des animaux, l'assistance en chirurgie vétérinaire, l'administration d'anesthésie par inhalation, la réanimation cardiopulmonaire, le prélèvement d'échantillons nasopharyngés, sanguins, fécaux, rectaux, salivaires et urinaires, l'intubation endotrachéale et d'autres interventions sur les voies respiratoires, ainsi que le nettoyage des salles d'examen ». Il s'agit donc probablement d'un(e) technicien(ne) vétérinaire (métier intermédiaire entre ASV et praticien, très développé aux USA), ou d'un(e) ASV.

Anadémie chez les chats

L'épisode est décrit dans un compte-rendu de la revue du Center for Diseases Control, la structure en charge de la surveillance et de la prévention de la santé publique aux USA. Fin novembre-début décembre 2024, un épisode d'influenza aviaire d'origine alimentaire concernant « 19 chats domestiques infectés par le virus A(H5N1) ayant consommé des produits animaux crus » est survenu dans un comté de Los Angeles. Ils appartenaient à cinq familles différentes et ont « présenté des symptômes respiratoires graves, et des signes d'atteinte hépatique ou neurologique. Quatorze d'entre eux sont décédés ou ont dû être euthanasiés ». Quatorze avaient consulté des cliniques vétérinaires (10 au total), et les autres habitaient le même foyer que les chats ayant consulté.

Même génotype que les vaches

Neuf de ces 14 chats ont pu être testés et « tous les prélèvements se sont révélés positifs » pour le génome du virus de l'influenza A(H5N1). Le séquençage identifie un virus H5N1 de génotype B3.13, qui est le génotype majoritaire chez les bovins laitiers aux USA. L'enquête a aussi montré que « tous les propriétaires de chats [avaient] nourri leurs animaux de compagnie avec du lait cru acheté dans le commerce, de la volaille crue ou des aliments crus pour animaux de compagnie dans les semaines précédant l'apparition de la maladie ; certains des produits ont été testés positifs à l'influenza A(H5N1) », sans précision desquels. Après enquête sur le chat ayant contaminé l'employé(e) de structure vétérinaire, les rapporteurs précisent toutefois que ce « chat avait ingéré un aliment cru commercial pour animaux (mélange à base de viande de volaille) ».

Recherche des contacts

Du fait de la sévérité des signes cliniques observés chez les chats et de la conjonction de cas dans le temps et l'espace (cluster), des investigations auprès des contacts humains ont été réalisées. Un contact était une personne s'étant trouvée à moins de 1,8 m de l'un des chats malades (ou de leur cadavre), qu'elle ait ou non porté un équipement de protection individuel. Au total 139 personnes ont été recensées : 11 de l'entourage des chats, 126 dans les structures vétérinaires, et 2 liées aux analyses (transport des cadavres et réception au laboratoire). Ces personnes ont toutes eu un suivi médical de 10 jours. Il leur a été offert de réaliser un dépistage nasal : 33 ont accepté, dont « 18 membres du personnel vétérinaire présentant des symptômes et ayant accepté de se faire tester après l'apparition de ces symptômes ». Les autres étaient des professionnels vétérinaires asymptomatiques et un propriétaire asymptomatique. « Aucun prélèvement n'a été trouvé positif », pas même pour les personnes symptomatiques (9 cas de grippe saisonnière).

Recherche rétrospective

En avril 2025, les 139 contacts ont été invitées à participer à une enquête sérologique. La méthodologie choisie permettait de s'assurer que, s'il y avait une réaction positive, elle était bien liée au virus H5N1. Sur les 25 personnes ayant accepté de participer, une seule a été confirmée séropositive au virus H5N1. Il s'agissait d'un(e) « employé(e) vétérinaire, 120 jours après avoir été en contact avec un chat malade ». Elle n'a pas présenté de signes cliniques évocateurs de grippe entre début décembre 2024 et la prise de sang ; elle n'était pas non plus vaccinée contre la grippe saisonnière. Les auteurs précisent que, comme seules 25 personnes ont accepté d'effectuer la sérologie, il est possible « d'autres cas d'infection asymptomatique aient pu se produire en lien avec les cas cliniques sur les 19 chats ».

Chat survivant (avec séquelles)

Comme la personne faisait partie des sujets négatifs en RT-PCR sur écouvillon nasal en décembre, une nouvelle interview a été réalisée, pour mieux cerner les circonstances ayant pu conduire à son infection. Ce qui renseigne sur :

  • L'état clinique du chat, qui présentait alors « des signes d'infection des voies respiratoires supérieures, des lésions pulmonaires visibles sur la radiographie, une ataxie transitoire, une faiblesse bilatérale des membres postérieurs, ainsi qu'une uvéite bilatérale progressive avec hémorragie et décollement de la rétine, pouvant entraîner la cécité ». Le chat a survécu, mais il a conservé des séquelles visuelles permanentes.
  • Son errance médicale : « sur les 11 jours suivants, ce chat a été présenté dans quatre cliniques vétérinaires différentes ». En conséquence « 31 personnes dans ces différentes structures vétérinaires ont été en contact avec le chat ». Trois ont accepté la sérologie et toutes ces personnes étaient négatives.

Éviter les aliments crus… 

Au plan de la sécurité sanitaire, les rapporteurs soulignent qu'il est « déconseillé aux propriétaires d'animaux de compagnie de donner du lait cru ou d'autres produits animaux crus à leurs chats ». Pour les praticiens et leurs équipes, ils « doivent envisager la possibilité d'un influenza A(H5N1) chez les chats présentant des symptômes respiratoires ou neurologiques aigus et [devraient] appliquer les mesures de prévention des infections appropriées, notamment le port d'EPI, afin de réduire les risques d'exposition ». Ces recommandations sont reprises par l'American Veterinary Medicine Association (AVMA) sur son site internet.