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Proplan

18 août 2026

Ulcères superficiels chroniques du chien : pas de contre-indication aux AINS par voie orale

par Agnès Faessel

Temps de lecture  3 min

Initialement décrits chez le boxer, les ulcères superficiels chroniques sont désormais rapportés dans diverses races, les brachycéphales étant particulièrement prédisposés (cliché Pixabay).
Initialement décrits chez le boxer, les ulcères superficiels chroniques sont désormais rapportés dans diverses races, les brachycéphales étant particulièrement prédisposés (cliché Pixabay).
 

C'est vérifié : des AINS peuvent être prescrits par voie orale chez les chiens atteints d'ulcères superficiels chroniques. Ces SCCED (pour spontaneous chronic corneal epithelial defects) correspondent à des érosions persistantes de la cornée, sans facteur étiologique primaire (infection ou irritation locale, notamment). Ils résultent d'un défaut d'adhésion de l'épithélium au stroma antérieur, et leur traitement consiste à enlever cet épithélium non-adhérent puis à modifier la surface stromale afin de favoriser la ré-épithélialisation (débridement puis kératotomie ou kératectomie superficielle le plus souvent).

Ces ulcères sont souvent douloureux, et le traitement médical comprend donc généralement des AINS, pour leur effet antalgique et anti-inflammatoire. Sous forme de collyres, les AINS retardent la cicatrisation et peuvent favoriser fonte cornéenne et perforation ; ils sont donc déconseillés dans ce contexte. Qu'en est-il en revanche des AINS par voie générale ? Les résultats d'une étude rétrospective de 186 cas (publiés en libre accès dans VetRecord) montrent qu'ils peuvent être administrés sans risque.

Un traitement AINS préalable au débridement

L'étude a porté sur 170 chiens pris en charge dans un même établissement universitaire (centre hospitalier vétérinaire de l'Université de l'Iowa aux États-Unis), sur la période octobre 2018-octobre 2024. Quelques chiens présentaient une atteinte bilatérale, ce qui totalise 186 cas.

Parmi ces derniers, 136 ont été traités médicalement avec un AINS par voie orale (quelle que soit la molécule et le dosage), dès la première visite en service d'ophtalmologie (J0). Les 50 autres n'en ont pas reçu préalablement au traitement chirurgical.

Les cas traités par des anti-inflammatoires en collyre (AINS ou corticoïdes), susceptibles d'altérer la cicatrisation, étaient exclus. Il en est de même pour les chiens placés sous corticothérapie orale, ou lors d'infection oculaire associée.

Les deux groupes de chiens (ayant reçu ou non des AINS) étaient sans différence significative en matière de race ou de type racial (boxer, brachycéphale…), d'âge et de sexe, ainsi que concernant l'œil atteint (droit ou gauche) et les comorbidités (oculaires ou autres).

Tous les chiens ont ensuite été traités chirurgicalement, selon divers protocoles (à nouveau sans différence de répartition entre les groupes). Le traitement médical post-chirurgical comprenait systématiquement des antibiotiques pour prévenir une infection, et un collyre d'atropine au besoin (en cas d'uvéite). De la gabapentine a souvent été prescrite aussi, à 94 % chez les chiens non traités par un AINS, mais chez la majorité aussi des chiens déjà traités par un AINS (62 %).

Des résultats similaires dans les deux groupes

L'efficacité du traitement chirurgical des SCCED est variable. Plusieurs interventions successives sont parfois requises et le délai de cicatrisation peut demander plusieurs semaines. Outre les complications observées, les auteurs ont donc comparé aussi ces deux paramètres.

  • Le nombre de débridements effectué varie ici entre 1 et 3, avec un seul en médiane, dans chacun des groupes.
  • Le délai de cicatrisation était calculé à partir de J0 (première consultation d'ophtalmologie). Il est de 15 jours en médiane, dans les deux groupes également. La durée minimale est de 6 jours dans les deux groupes, et la durée maximale de 74 jours (dans le groupe AINS), soit plus de 10 semaines. Il est de 49 jours dans l'autre groupe.
  • Les complications possibles sont la survenue d'une fonte cornéenne, d'un descemetocèle, d'une perforation de la cornée. Elles restent rares lorsque l'affection est correctement prise en charge. Et ici, aucun cas n'est rapporté, chez aucun chien des deux groupes.

Ces résultats permettent ainsi d'envisager un traitement AINS par voie générale chez les chiens atteints d'ulcères superficiels chroniques, dans l'attente du traitement chirurgical et de la cicatrisation complète. Avec leur effet antalgique et anti-inflammatoire, ces molécules préservent le confort du chien et préviennent les lésions d'automutilation.