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Proplan

28 avril 2026

Nourrir un chat présentant des comorbidités est une stratégie au cas par cas

par Pascale Pibot

Temps de lecture  5 min

Plus l'âge du chat avance et plus les comorbidités sont fréquentes, ce qui implique de recommander un régime alimentaire « sur mesure » (cliché Pixabay).
Plus l'âge du chat avance et plus les comorbidités sont fréquentes, ce qui implique de recommander un régime alimentaire « sur mesure » (cliché Pixabay).
 

La prise en charge nutritionnelle occupe une place importante en médecine vétérinaire des animaux de compagnie et des recommandations spécifiques sont disponibles pour la plupart des maladies félines. Cependant, lorsqu'un chat présente plusieurs maladies concomitantes (une situation particulièrement fréquente chez les animaux âgés), l'arbitrage entre plusieurs critères nutritionnels peut devenir complexe et délicat. Par exemple, quel taux protéique conseiller pour l'alimentation d'un chat obèse mais qui présente une maladie rénale chronique ?

Deux vétérinaires spécialisées en nutrition ont effectué une revue bibliographique et décrivent la stratégie alimentaire à adopter pour faire les bons choix lorsque les chats présentent des comorbidités.

D'abord : faire une évaluation nutritionnelle

La première étape, incontournable, consiste à évaluer l'état nutritionnel du chat présenté à la consultation. Cet état des lieux inclura l'estimation des indices de condition corporelle (ICC) et musculaire (ICM) de l'animal, et prendra en compte les signes particuliers présentés : perte ou prise de poids récente, mauvais état de la peau et du pelage, affections buccodentaires, troubles digestifs, etc.

L'historique médical, les conditions de vie et d'alimentation actuelle du chat sont également importantes à connaître pour élaborer le programme nutritionnel.

Ensuite : établir la liste de souhaits

Une fois l'évaluation nutritionnelle réalisée, la liste des objectifs nutritionnels prioritaires pour le chat peut être établie.

En pratique, il s'agit de définir quelle serait la formulation idéale d'un aliment fait sur mesure pour le chat : équilibre à respecter entre lipides, protéines et glucides, densité énergétique, teneur en fibres, etc. Il faut aussi réfléchir à l'intérêt potentiel de contrôler la teneur de certains minéraux (calcium, phosphore, sodium…) ou d'apporter un complément nutritionnel particulier (L-carnitine, acides gras oméga 3…).

Les préférences du chat, mais aussi du propriétaire, influenceront le choix de la présentation de l'aliment : sec ou humide, industriel ou ménager.

Existe-t-il un aliment répondant aux allégations spécifiques ?

Pour faciliter la distribution par le propriétaire et lui proposer une solution la moins onéreuse possible, l'étape suivante consiste à déterminer s'il existe des aliments qui répondent à la situation nutritionnelle particulière du chat.

En effet, de nombreux aliments « à objectifs spéciaux » ne se limitent pas à une seule indication. Certains permettent, par exemple, de lutter à la fois contre l'urolithiase à struvite et à oxalate de calcium (leur formulation vise à encourager la production d'une urine très diluée).

Des aliments diététiques sont également proposés pour aider à prendre en charge des affections félines de natures différentes mais souvent associées, telles que l'obésité et le diabète sucré, l'obésité et les troubles urinaires, la maladie rénale chronique (MRC) et les troubles articulaires (comorbidités souvent présentes chez les chats âgés), etc.

Recherche active d'aliments adaptés

En l'absence d'allégations correspondantes, il est possible de sélectionner des aliments qui présentent un profil nutritionnel compatible avec les objectifs recherchés. Cette démarche suppose cependant de bien connaître la composition des aliments disponibles dans le commerce. Le conseil d'un vétérinaire nutritionniste aidera si nécessaire à trouver une solution adaptée aux cas complexes, sans exclure la possibilité d'une ration ménagère lorsqu'aucun aliment industriel n'est disponible.

Une étude d'un an menée au sein d'un service de cas référés de nutrition pour animaux de compagnie aux États-Unis notait la présence de comorbidités dans 59 % des cas référés (Naik. R. et al., 2017). Des aliments disponibles sur le marché du petfood ont pu être conseillés pour la moitié des animaux, tandis qu'un régime ménager a été conseillé pour l'autre moitié.

Ce qu'il vaut mieux éviter…

Il est en revanche déconseillé de se fier à des recettes disponibles en ligne dont l'équilibre ou la sécurité nutritionnelle pour l'animal ne sont pas garantis.

Il n'est généralement pas recommandé non plus d'associer deux aliments diététiques pour obtenir une formulation intermédiaire. Ces aliments à objectifs spéciaux sont en effet formulés pour être distribués comme des aliments complets et le mélange de deux aliments différents risque de faire perdre les bienfaits potentiels de chacun.

Les critères sont incompatibles ? Établir des priorités

Il arrive parfois que les critères nutritionnels déterminés soient incompatibles. Il est alors nécessaire de hiérarchiser les objectifs, en mettant en tête de liste les critères directement liés à l'espérance de vie du chat et qui sont solidement étayés par des données scientifiques.

La prise en charge d'un chat atteint de MRC au stade 2 devra ainsi respecter en priorité les recommandations nutritionnelles basées sur des études cliniques à long terme. L'appétence de l'aliment proposé sera aussi étudiée de près, puisque la MRC peut entraîner une perte d'appétit. Les exigences nutritionnelles liée à des comorbidités présentées par le chat passeront après.

Des compromis entre les exigences nutritionnelles liées à la santé du chat peuvent aussi s'imposer quand il s'agit d'un animal en croissance. Par exemple, si un shunt portosystémique est diagnostiqué chez un chaton, il faudra parvenir à couvrir ses besoins en protéines tout en évitant le risque d'encéphalopathie. Le choix du régime alimentaire se fera alors en fonction des sources de protéines incluses dans l'aliment : seront privilégiés les aliments de croissance les moins riches en protéines, issues de sources hautement digestibles et excluant la présence de viscères.