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Proplan

23 juillet 2026

Otites externes récidivantes : l'abaissement du conduit auditif, alternative chirurgicale à la portée des vétérinaires généralistes

par Agnès Faessel

Temps de lecture  5 min

 

Plus qu'une chirurgie « salvatrice », l'abaissement du conduit auditif s'envisage comme une véritable option thérapeutique dans les cas d'otites externes chroniques réfractaires au traitement médical. C'est en tout cas ce qu'avance une équipe vétérinaire japonaise, qui la réalise de manière relativement routinière, et conseille d'en faire autant.

L'intervention consiste en l'ouverture latérale du conduit auditif vertical. Elle favorise ainsi le drainage et l'aération, abaissant la température et l'humidité du milieu, qui représentent des facteurs perpétuants, limitant ainsi les récidives. Elle ne nécessite pas de compétence chirurgicale spécifique, ni d'équipement spécialisé, soulignent ces praticiens : elle se réalise donc en clinique généraliste, sans besoin de référer le chien.

Anticiper des complications irrémédiables

L'étude s'est effectivement déroulée dans une clinique vétérinaire de soins non spécialisés. Ses résultats sont publiés en libre accès dans JSAP. Sur la période d'étude (2016-2025), 58 cas ont été recrutés, avec 19 cas d'atteinte bilatérale, donc sur 40 chiens au total (26 mâles et 14 femelles).

Ces chiens présentaient une otite externe chronique, difficilement contrôlée par les traitements médicaux usuels, avec un risque d'évolution vers une sténose auriculaire requérant un traitement plus radical. Certains cas (n=6) présentaient un écoulement purulent persistant, d'autres ne pouvaient être traités correctement médicalement (dont 2 particulièrement agressifs), ne supportant pas sans sédation le nécessaire nettoyage régulier des oreilles (application d'un céruminolytique puis d'un antiseptique local, une fois par semaine jusqu'à rémission clinique) avant traitement.

Un abaissement du conduit auditif a donc été réalisé, en anticipation de cette complication de sténose, par un vétérinaire non spécialisé (ni en chirurgie, ni en médecine interne), sans vidéo-otoscope, ni examen scanner préalable la plupart du temps. L'intervention a été pratiquée dans un délai variable après le diagnostic initial d'otite (645,5 jours en médiane, soit 1,8 an).

Un suivi d'au moins 12 mois devait être renseigné ; il a été de 952 jours en médiane (soit 2,6 ans).

Pas de complication majeure

Aucun cas de complication postopératoire majeure, telle qu'un abcès périoculaire, un écoulement persistant de la plaie opératoire, un nystagmus, un trouble vestibulaire…, n'est rapporté.

Quelques complications mineures ont été observées, par exemple un écoulement auriculaire transitoire (3 cas) ou un léger saignement transitoire par automutilation (3 cas), tous résolus spontanément ou avec un traitement de courte durée.

Près de 7 cas sur 10 de bonne à excellente évolution

L'efficacité de la procédure a été évaluée sur plusieurs critères, notamment la fréquence annuelle de nettoyage et traitement local de l'oreille, passée de 6,74 par an en médiane à 1,58 en postopératoire (voir tableau en illustration principale). Cela représente une baisse considérable de la charge associés à la prise en charge de ces affections chroniques pour le propriétaire.

Les 6 cas avec écoulement purulent ont également évolué favorablement.

Dans le suivi :

  • L'évolution était jugée « excellente » lors d'un maximum de 2 récidives d'otites après l'intervention (et la non-nécessité de continuer les nettoyages réguliers) ; elle l'a été ici dans 28 cas (48 %) ;
  • Elle était « bonne » pour 2 récidives au maximum par an, répondant au traitement médical, ce qui a été observé dans 12 cas (21 %) ;
  • Elle était juste « correcte » s'il survenait 3 voire davantage de récidives annuelles, et la nécessité d'un nettoyage régulier de l'oreille, comme rapporté dans 18 cas (31 %) ;
  • Enfin, elle aurait été « mauvaise » en cas de progression vers l'occlusion du canal ou de prise en charge médicale insatisfaisante (requérant ainsi un traitement chirurgical définitif), ce qui n'a été constaté chez aucun chien (voir tableau).

Au global, l'évolution clinique est ainsi satisfaisante (bonne ou excellente) à 69 %.

Pas de TECA-LBO en solution ultime

La technique chirurgicale le plus souvent réalisée en traitement définitif de ces otites réfractaires est l'ablation totale du conduit auditif suivie d'une ostéotomie de la bulle tympanique (technique dite TECA-LBO pour total ear canal ablation and lateral bulla osteotomy). Cette chirurgie, plus invasive et qui ne préserve pas la fonction auditive, n'est pas dénuée de risque de complications postopératoires majeures (infectieuses ou nerveuses, notamment une parésie ou paralysie du nerf facial). Elle se réalise dans les stades les plus graves.

Chez les chiens de l'étude, aucun cas d'aggravation clinique n'a donc nécessité de mettre en œuvre cette technique.

Des propriétaires globalement satisfaits

Enfin, les propriétaires ont été interrogés sur :

  • Le niveau de prurit de leur chien après l'intervention (en considérant le niveau initial à 100 % comme référence) ; il est tombé à 20 % en médiane et 27 % en moyenne, (voir tableau) ;
  • Les autres signes cliniques de l'otite, obtenant dans les réponses un score moyen favorable de 4,56 sur une échelle de 1 à 5 (du moins au plus favorable) ;
  • L'inconfort du chien en postopératoire immédiat jusqu'au retrait des points, avec un score moyen établi à 3,89 ;
  • Leur satisfaction de l'apparence finale de l'oreille, avec un score de 4,81 ;
  • Le coût du traitement, score de 4,38 ;
  • Leur satisfaction globale de l'intervention (coût, efficacité, apparence), score de 4,77 ;
  • Leur propension à recommander ce traitement (score de 4,34), ou à le refaire si une situation identique se représentait (score de 4,75) ;
  • Et s'il aurait dû être pratiqué plus précocement, avec un score moyen de 4,14.

Selon les commentaires (libres) du questionnaire, les points de satisfaction les plus importants sont la réduction du prurit et de la charge du traitement d'une affection récurrente (consultation vétérinaire et nettoyage des oreilles). Beaucoup de propriétaires auraient apprécié qu'un tel traitement soit mis en œuvre plus précocement, et rapportent que l'intervention s'est révélée moins pénible que ce qu'ils craignaient.

Les auteurs soulignent qu'une telle chirurgie plus précoce permettrait effectivement d'intervenir sur des lésions moins avancées ; elle éviterait ainsi une évolution vers des stades nécessitant des soins plus lourds.

Alerter le propriétaire sur le caractère non curatif

L'abaissement du conduit auditif prévient donc les récidives et l'aggravation de l'affection. Sans apporter de guérison définitive comme la technique TECA-LBO, elle permet de contrôler l'évolution de l'otite à long terme, et de préserver la fonction auditive. Les auteurs insistent sur la facilité technique de sa réalisation.

Toutefois, ce traitement n'est pas curatif. Les propriétaires seront donc prévenus du risque résiduel d'aggravation (et ainsi de TECA-LBO finale) et de la nécessité, malgré tout, de continuer les traitements médicaux au long cours.

Il reste désormais à établir plus précisément les indications de cette technique chirurgicale, et les modalités de son suivi.