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17 juillet 2026
En humaine, la consommation d'antibiotiques positivement associée au taux de mortalité par infection par une souche résistante ; démonstration européenne

Pour une fois, des auteurs incriminant les consommations d'antibiotiques en lien avec le taux de mortalité des infections à souche résistante ne parlent (presque) pas des usages vétérinaires d'antimicrobiens. Et démontrent, pour la première fois, que les usages d'humaine sont significativement associés à ce taux de mortalité, en quantifiant cet effet et en montrant qu'il est mesurable dans 30 pays européens (dont la France).
Leur méthodologie, reposant sur la compilation de données de différentes origines scientifiques et statistiques, ne permet pas de conclure à un lien de causalité entre consommation d'antibiotiques et taux de mortalité par “infection résistante”, mais il y a une corrélation positive et significative (ρ=0,70 - p<0,01) entre des deux facteurs. Les auteurs, des épidémiologistes, économistes et hygiénistes de trois pays européens, ont compilé pour 30 pays d'Europe les données de vente des médicaments d'humaine (pharmacie et dispensation à l'hôpital) entre 2021 et 2023. Cette consommation est exprimée en doses quotidiennes définies (DDD) par mille habitants par jour (DID).
En 2021, cette consommation à l'échelle des 30 pays utilisés était en moyenne de 16,7 DID et a augmenté pour atteindre 20,0 DID en 2023. Sur 2021 aussi, le taux de mortalité moyen par “infection résistante” était de 10,5 décès pour 100 000 habitants. Les auteurs calculent que, pour chaque unité de DID supplémentaire (par rapport à la moyenne), le taux de mortalité attribuable à la résistance aux antibiotiques augmente de 0,32 pour 100 000 habitants (intervalle de confiance à 95 % : 0,16 – 0,48). Et cette association est observée « et robuste » pour chacun des 30 pays, France incluse. Ainsi, l'augmentation de consommation observée entre 2021 et 2023 (un peu plus de 3 unités de DID) est associée à une augmentation attendue (ils n'ont pas les données pour le valider) de 1 décès supplémentaire par 100 000 Européens.
La partie descriptive de l'étude montre que le pays le moins gourmand en antibiotiques sont les Pays-Bas, le plus gourmand (x 4) étant la Serbie – la France est dans le tiers supérieur (sur les années considérées, voir l'illustration principale). Les taux les plus faibles de mortalité liée aux infections à souches résistantes (< 6 pour 100 000) sont observés en Scandinavie et en Suisse ; les plus élevés en Roumanie (24 à 27 p. 100 000). Là en revanche, la France se situe dans tiers inférieur du peloton (taux de mortalité plutôt faible).
Dans cette étude dite « écologique », les auteurs ont aussi colligé les coûts de santé pour 2023 (données OCDE), le PNB, l'âge médian de la population, la densité régionale en lits d'hôpital, etc. (source Eurostat), pour 24 pays (données non disponibles pour la Russie, la Serbie, le Belarus, la Croatie, la Bulgarie et la Roumanie). Là encore, dans leurs modèles, ils calculent que « le coût annuel médian par habitant attribuable à la résistance aux antimicrobiens s'élevait à 11,1 $ [9,7 €], allant de 3,0 $ en Hongrie à 42,5 $ en Suisse ». Lorsqu'ils expriment ce coût en proportion des dépenses totales de santé du pays, « la médiane était de 0,34 %, avec une valeur minimale en Norvège (0,08 %) et une valeur maximale en Turquie (5,15 %) ». La Norvège ayant peu d'infections résistantes et la Turquie un grand nombre, la charge sur le système de santé s'explique aisément. Toutefois, la corrélation positive entre la consommation d'antibiotiques et les coûts de ces infections était à la limite de la signification statistique (ρ=0,40 - p = 0,05). Les auteurs calculent que pour chaque unité de DID supplémentaire, les frais liés au traitement des résistances augmentent de 5,6 %. Toutefois, lorsqu'ils excluent la Turquie de leur modèle, ils n'obtiennent plus d'association statistiquement significative (possiblement en lien avec la part prédominante des infections résistantes dans ce pays au regard des 23 autres pays).
Ainsi, malgré ses limites, cette étude « fournit des estimations quantitatives de l'ampleur des associations » entre consommation d'antibiotiques en humaine et taux de mortalité par “infections résistantes”. Elle permet aussi d'espérer que « la réduction de la consommation inutile d'antibiotiques [en humaine] pourrait contribuer à diminuer la mortalité liée à la résistance aux antimicrobiens ». C'est moins évident pour les soins de santé – sauf en Turquie. Enfin, les auteurs ne peuvent pas s'empêcher, dans leur conclusion, de souligner que « des études écologiques plus approfondies — intégrant par exemple l'usage d'antibiotiques chez les animaux et les données sur la résistance aux antimicrobiens, tout en procédant à une standardisation de la mortalité selon l'âge et à un ajustement en fonction du nombre d'utilisateurs d'antibiotiques — pourraient contribuer à affiner cette première analyse »…
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