titre_lefil
Proplan

21 juillet 2026

Les compléments alimentaires pour chiens : pas toujours donnés à bon escient

par Pascale Pibot

Temps de lecture  5 min

Les compléments alimentaires riches en oméga 3 figurent parmi les plus fréquemment distribués aux chiens dans cette étude américaine (cliché Pixabay).
Les compléments alimentaires riches en oméga 3 figurent parmi les plus fréquemment distribués aux chiens dans cette étude américaine (cliché Pixabay).
 

Chaque année aux États-Unis, une communauté de chercheurs réalise des enquêtes auprès de propriétaires de chiens, en vue d'actualiser la base de données du Dog Aging Project. Les questionnaires portent sur l'état de santé de l'animal, son environnement, son comportement et son alimentation.

Une analyse spécifique des données enregistrées entre 2020 et 2022 a été réalisée pour en savoir plus au sujet de la distribution de compléments alimentaires à ces chiens par leurs propriétaires. Le Dog Aging Project Consortium en publie la synthèse en libre accès dans l'AJVR.

Environ 1 propriétaire sur 2 distribue des compléments

L'analyse a porté sur les réponses fournies par 40 367 propriétaires ayant rempli la section consacrée à l'alimentation et aux compléments alimentaires. Ce nombre représente 93 % des 43 517 propriétaires ayant répondu au questionnaire global.

Les réponses montrent qu'au total, 52 % des propriétaires déclarent donner des compléments alimentaires à leur chien, à une fréquence variable. Cette proportion élevée pourrait cependant ne pas être représentative de la population canine américaine puisque la cohorte du projet est composée de propriétaires répondant volontairement et bénévolement à de longs questionnaires à propos de leur animal.

Une distribution systématique quotidienne est signalée par 46 % des propriétaires. Seuls 11 % n'en donnent pas tous les jours ; le rythme est variable pour les autres.

Surtout des compléments à visée articulaire

Plusieurs compléments alimentaires peuvent être distribués à un même chien. Les plus fréquemment utilisés contiennent des acides gras oméga 3 (57 % des cas), de la glucosamine (56 %), de la chondroïtine (45 %), des vitamines (38 %), des probiotiques (37 %), des fibres (28 %), d'autres compléments à visée articulaire (25 %), des antioxydants (22 %), de la taurine (14 %), des enzymes (14 %), de la farine d'os (13 %), du coenzyme Q10 (8 %), un alcalinisant urinaire (5 %) ou un acidifiant urinaire (4 %).

Les compléments visant spécifiquement la santé articulaire sont donc de loin les plus souvent distribués, d'autant plus que ceux contenant des acides gras oméga 3 sont généralement utilisés chez des chiens présentant des troubles arthrosiques, consécutifs ou non à une affection ostéo-articulaire comme une dysplasie du coude ou de la hanche. Ces compléments peuvent toutefois aussi être donnés à des chiens atopiques ou présentant des troubles cardiaques ou cognitifs.

De grands chiens, âgés, comme leur propriétaire…

Les données démographiques, relatives aux propriétaires et à leurs chiens ont permis d'identifier plusieurs facteurs favorisant la distribution de compléments alimentaires.

  • Un chien de race, pesant plus de 40 kg. Les chiens de race pure sont plus susceptibles de recevoir des compléments alimentaires que les croisés (respectivement 56 et 48 %). Les chiens pesant plus de 40 kg reçoivent aussi plus souvent des compléments que ceux de moins de 10 kg (60 % versus 45 %).

  • Un chien âgé. Sans surprise, les chiens âgés reçoivent plus souvent des compléments alimentaires que les jeunes chiens, surtout lorsqu'il s'agit de produits à visée articulaire. Aucune différence liée à l'âge n'est cependant observée pour les compléments d'acides gras oméga 3. La proportion de chiens recevant des compléments alimentaires tous les jours augmente aussi chez les chiens dont le niveau d'activité a diminué.

  • Un propriétaire âgé. Des compléments sont distribués par 53 % des propriétaires âgés de plus de 75 ans, contre 48 % de ceux âgés de 18 à 24 ans. La distribution quotidienne tend aussi à être associée à l'âge avancé des propriétaires : 38 % des 18-24 ans donnent chaque jour des compléments à leur chien versus 50 % des 65-74 ans.

Selon les auteurs, cette dernière observation pourrait s'expliquer par le fait que les propriétaires vieillissants prennent eux-mêmes plus souvent des compléments alimentaires que les jeunes, et seraient donc plus enclins à en faire autant pour leur animal. Mais les chiens des propriétaires plus âgés pourraient aussi être eux-mêmes plus vieux, et la complémentation serait alors justifiée par leur état de santé.

45 % de chiens en bonne santé

Car l'état de santé du chien est un autre facteur favorisant identifié. Ainsi, les chiens médicalisés (présentés à un vétérinaire plus d'une fois par an) sont plus susceptibles de recevoir des compléments alimentaires que ceux qui ne sont jamais présentés en consultation (57 % contre 41 %). Et il existe une relation inverse entre l'état de santé des chiens et l'utilisation des compléments alimentaires : les individus en excellente santé sont moins susceptibles d'en recevoir que ceux dont l'état de santé est dégradé. Leur proportion est toutefois élevée, atteignant 45 %, versus 68 %.

Les compléments alimentaires utilisés visent principalement les troubles ostéo-articulaires. Les chiens atteints de tels troubles sont aussi ceux chez lesquels la fréquence de distribution est la plus élevée (quotidienne systématiquement contre « moins d'une fois par jour »). Il semble donc que les propriétaires de chiens atteints d'une maladie chronique (comme l'arthrose) sont particulièrement motivés pour distribuer des compléments alimentaires.

Confusion entre médicaments et compléments alimentaires

Les propriétaires ont parfois une conception erronée de ce qu'est un complément alimentaire. En effet, dans cette étude, certains médicaments prescrits par le vétérinaire (en particulier les anti-inflammatoires) sont identifiés à tort par le propriétaire comme des compléments. Le méloxicam par exemple, est souvent placé dans la même catégorie que la glucosamine et la chondroïtine, ce qui suppose que les propriétaires associent les produits en fonction de l'effet recherché et non leur statut.

Des erreurs apparaissent aussi dans la fréquence de distribution des compléments alimentaires : certains ne nécessitant pas nécessairement une administration quotidienne sont pourtant donnés tous les jours.

Les résultats de cette étude confirment globalement la très grande fréquence d'utilisation des compléments alimentaires chez les chiens, surtout s'ils sont âgés. Ils devraient alors inciter les vétérinaires à aborder le sujet avec leurs clients de manière approfondie. Car bien que certains compléments puissent présenter des bienfaits pour la santé et être recommandés par un vétérinaire, il est important de préciser les différences entre ce type de produit et un médicament afin d'aider les propriétaires à prendre des décisions éclairées. Ceux-ci devraient notamment être informés que l'efficacité des compléments alimentaires n'a pas besoin d'être prouvée par des essais cliniques pour leur commercialisation, et que les allégations santé ne sont pas autorisées pour ces produits.