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Proplan

20 août 2026

Toilettage du chat : connaître les variations normales et anormales

par Agnès Faessel

Temps de lecture  6 min

Figure 1
Répartition par groupe de chats de la durée des 5 activités de toilettage distinguées (d'après Guillon et al., Vet Dermatol, 2026).
Figure 1
Répartition par groupe de chats de la durée des 5 activités de toilettage distinguées (d'après Guillon et al., Vet Dermatol, 2026).
 

Ils y passent 4 % de leur temps. Le toilettage est un comportement physiologique des chats, qui contribue à leur santé, mais aussi à leur bien-être. Mieux connaître ce comportement permet donc de détecter des anomalies, notamment d'origine psychique, ce qu'une étude française (École vétérinaire d'Alfort) a évalué. Les auteurs publient leurs résultats en libre accès dans Veterinary Dermatology.

Un groupe alopécique et un groupe sain

Des observations antérieures ont distingué grattage et toilettage oral (qui inclut le frottement : lorsque le chat se lèche la patte avant de toiletter sa tête), ainsi que 9 parties du corps sur lesquelles s'applique ce toilettage : tête, lèvres, cou, pattes avant, thorax et flanc, abdomen, lombaires, pattes arrière, zone anogénitale et queue.

Divers facteurs, environnementaux et sanitaires peuvent influencer ce comportement. Un toilettage excessif est notamment observé lors de stress ou de maladie chronique. C'est le cas lors de l'alopécie psychogène, qui en résulte. Laquelle est à différencier des alopécies induites par une maladie prurigineuse, par exemple.

  • Dans cette étude, le groupe des animaux en bonne santé comprend des chats de très divers âges, races et types de pelage, sexes et conditions corporelles. Ces chats ne souffraient pas de maladie chronique comme une arthrose, susceptible d'interférer avec le comportement de toilettage, et ils étaient correctement traités contre les parasites externes. Ils ont été séparés en 3 sous-groupes selon la longueur du poil : court (n=11), long (n=9) ou absent (chat nu, n=9).
  • Le groupe des chats atteints d'alopécie psychogène (n=7) compte des cas confirmés comme tels en consultation spécialisée. Ces chats étaient en bonne santé par ailleurs (et correctement traités contre les parasites externes eux-aussi). L'alopécie concernait l'abdomen à 100 %, mais aussi la face interne des pattes arrière dans 7 cas, la queue dans 2 cas, la face interne des membres antérieurs dans 1 cas.

Un score de bien-être a été établi pour les chats alopéciques, avec une note entre 0 (bon niveau de bien-être) et 21 (mauvais niveau) ; un score < 10 est considéré comme acceptable. Ici, les notes s'établissaient entre 10 et 16, avec une médiane à 11,5 (donc un bien-être altéré).

5 activités de toilettage différenciées

Les propriétaires filmaient leur chat durant les séances de toilettage. Et les vidéos (d'au moins 10 minutes) ont été analysées. Il pouvait y avoir plusieurs séquences, enregistrées durant plusieurs jours.

L'analyse des vidéos a différencié 5 activités de toilettage :

  • Léchage (direct avec la langue),
  • Mordillement (de la peau ou du pelage),
  • Grattage (avec une patte avant),
  • Frottement (avec la patte préalablement léchée),
  • Pause (durant moins de 60 secondes).

Le type d'activité, et leur temps passé sur chaque zone corporelle, ont été comparés.

5 minutes en moyenne quel que soit le pelage

Les résultats montrent des différences chez les chats en bonne santé selon le type de pelage, non en matière de durée totale de la séquence de toilettage, mais de son organisation.

Ainsi, la séquence dure 4,5 minutes en moyenne pour un chat au poil court, 5,2 minutes pour un au poil long et 4,9 minutes pour un chat nu. La moyenne globale tourne autour de 5 minutes (4,8 exactement).

D'importantes variations individuelles sont toutefois observées, certains chats présentant par exemple à la fois des séquences courtes ou longues tandis que d'autres sont plus réguliers dans la durée.

Répartitions inégales par activité et localisation

La répartition de chacune des 5 activités de toilettage est inégale. Et elle présente des variations selon la longueur du pelage, même si le léchage domine dans tous les cas (voir figure 1 en illustration principale).

Ainsi, la durée du mordillement est, par exemple, significativement plus longue chez les chats nus par comparaison aux chats à poil court. Et si elle est équivalente à celle du frottement chez les chats au pelage long, elle est significativement plus courte chez ceux au poil court.

De même, le toilettage varie selon les régions corporelles. Et des variations s'observent à nouveau selon le pelage (voir figure 2 ci-après). Par exemple, chez les chats au poil court, les lèvres et le bas du dos (zone lombaire) sont rapidement toilettés, comme chez ceux au poil long ; mais chez les premiers, le thorax et les flancs sont longuement toilettés (comme la tête et les membres), alors qu'ils le sont pendant une durée intermédiaire chez les seconds. Pour les chats nus, les lèvres sont particulièrement peu toilettées, mais les parties plus longuement toilettées ne le sont pas de manière significative.

Figure 2

Répartition par groupe de chats du temps passé à toiletter les diverses parties du corps (d'après Guillon et al., Vet Dermatol, 2026).

 

Ici encore, d'importantes variations individuelles expliquent probablement que, malgré ces différences, le temps passé à toiletter chaque zone du corps ne change pas selon la longueur du pelage.

De 2 à 7 zones toilettées par séance

Enfin, chez les chats sains toujours, les chercheurs ont calculé le nombre de parties du corps toilettées par séance. D'une manière générale, plusieurs zones sont ainsi toilettées : entre 2 et 7 (5 en médiane). Seules 2 % des séances se sont concentrées sur une zone corporelle, et, inversement, 3 % sur la totalité ou presque (8 ou 9 zones).

Le nombre de parties du corps toilettées augmente avec la durée de la séance de toilettage, dans les trois groupes.

Ces observations confirment globalement que le chat effectue son toilettage suivant de multiples petites séances (relativement courtes), comprenant diverses activités ciblant plusieurs zones corporelles.

Un comportement modifié favorisant l'alopécie

Chez les chats alopéciques, contrairement aux chats en bonne santé, peu de variations individuelles sont constatées quant à la durée du toilettage.

Ces chats passent par ailleurs plus de temps au léchage et au mordillement qu'aux autres activités (voir figure 1). Et en matière de localisation, les lèvres et le cou sont toilettés le plus rapidement, les membres et le thorax le plus longuement (voir figure 2). Comme pour les autres chats, le nombre de parties du corps toilettées augmente avec la durée du toilettage.

Plus intéressant, les chercheurs ont comparé le comportement de ce groupe à celui des chats sains au pelage court (car les chats alopéciques avaient eux-mêmes un poil court). Les seules différences significatives relevées sont alors les suivantes :

  • Le temps passé au mordillement du pelage est bien plus long (environ 10 fois plus long, voir figure 1) ;
  • Le temps passé au léchage et au frottement est plus court (5 fois et 1,5 fois plus court, respectivement) ;
  • La face interne des pattes arrière est toilettée plus longuement, en cohérence avec les lésions d'alopécie observées, et le cou l'est plus rapidement (voir figure 2) ;
  • Le nombre de parties du corps toilettées sur une même séance est réduit (3,8 versus 5 en médiane).

Ainsi, contrairement à ce qui était attendu, ces chats ne présentent pas de sur-toilettage en matière de durée de séquence, notamment au niveau de l'abdomen (zone pourtant lésée à 100 %). Toutefois, ils se mordillent davantage, et se lèchent probablement en tirant les poils avec leurs dents, ce qui favorise l'alopécie (ce type de comportement est également décrit chez les patients humains atteints de trichotillomanie). Ils focalisent en outre leur activité sur moins de parties du corps, ce qui peut s'apparenter à un comportement répétitif. Le temps total quotidien consacré au toilettage n'a pas été évalué ici puisque le propriétaire ne filmait que quelques séances ; il pourrait être augmenté chez les chats atteints d'alopécie psychogène, ce qui reste à confirmer.