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Proplan

19 mai 2026

Dans le seul élevage européen de vaches laitières touché par le H5N1, plus de la moitié de l'effectif a été infecté

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Les résultats de nombreuses investigations liées au premier foyer de H5N1 chez des vaches laitières en Europe (aux Pays-Bas) ont été publiés par les autorités à la mi-mai. Cliché : Sebastiaan ter Burg, Wikimedia.
Les résultats de nombreuses investigations liées au premier foyer de H5N1 chez des vaches laitières en Europe (aux Pays-Bas) ont été publiés par les autorités à la mi-mai. Cliché : Sebastiaan ter Burg, Wikimedia.
 

« Les circonstances de l'introduction du virus dans l'exploitation et de sa propagation restent floues, même après les investigations complémentaires », prévient l'agence néerlandaise d'évaluation des risques sanitaires (RIVM) à propos du premier – et seul à ce jour – foyer de H5N1 chez des bovins laitiers européens. Car les résultats des nombreuses analyses et enquêtes réalisées à la suite de la détection de ce foyer fin janvier dernier ont été publiés à la mi-mai.

Des séropositifs dans toutes les classes d'âge

En premier lieu, les résultats des analyses effectuées dans le cheptel ont été mis à jour, du fait des visites successives. Des anticorps contre le virus influenza aviaire hautement pathogène ont été détectés :

  • chez les vaches laitières en lactation, qui étaient au nombre de 72. Elles ont toutes fait l'objet de prélèvements sanguins, qui ont été analysés individuellement. Près de la moitié (34, soit 47 % de l'effectif) étaient séropositives. Pour 70 d'entre elles, il a pu être procédé à un prélèvement individuel de lait. Quatorze, soit 20 %, présentaient des anticorps dans le lait ;
  • il y avait aussi dans l'élevage 38 « jeunes bovins de 1 à 2 ans » (probablement des génisses), qui ont fait l'objet de prises de sang analysées individuellement. Près de deux tiers (24, soit 63 %) étaient séropositifs ;
  • enfin, « le veau de la vache laitière initialement identifiée comme infectée semblait également présenter des anticorps. Il s'agissait probablement d'anticorps maternels ».

Circulation passée

Les analyses ont été encadrées par le RIVM, dont le rapport d'étude a aussi été rendu public (en néerlandais) à l'occasion de la mise en ligne de la lettre du ministre à son parlement. Ce rapport précise que « les échantillons de sérum les plus fortement positifs au test ELISA-NP ont ensuite été analysés par un test Luminex. Ce test a permis de mettre en évidence des anticorps spécifiques contre les H5 et N1 », confirmant ainsi que le virus a bien circulé dans l'élevage. Cette agence estime donc que « le nombre élevé d'animaux présentant des anticorps suggère une possible transmission inter-vache, en plus de l'introduction externe » du virus. Des analyses ont aussi été réalisées sur des échantillons de lait de tank de l'exploitation datant des mois de novembre et décembre 2025 et de janvier 2026, en Elisa-NP et en RT-qPCR. « Aucun [génome du] virus de l'influenza aviaire n'a été détecté dans ces échantillons », ni anticorps anti-nucléoprotéine de virus influenza A. Ces éléments indiquent aussi qu'au moment de la détection des premiers animaux séropositifs (fin janvier), la vague d'infections venait de se produire, car si elle avait eu lieu plus tôt, du génome viral aurait probablement été détecté dans le lait : aux USA, l'excrétion lactée du H5N1 est massive. Il est toutefois possible, estime le RIVM que, transmis aux bovins, ce virus « se manifeste différemment chez les vaches [par rapport aux USA], ou que le mode d'exposition et/ou de transmission du virus joue un rôle majeur. La présence d'anticorps chez de jeunes bovins non laitiers permet d'exclure la machine à traire automatique comme voie de transmission potentielle au sein de ce groupe ».

Confirmation un mois plus tard

Fin février, soit un mois après la détection du foyer, « une troisième visite a été effectuée dans l'exploitation afin de répéter certains tests. Lors de cette visite, un petit nombre de sujets précédemment testés ont été retestés (7 vaches laitières et 27 jeunes bovins), confirmant ainsi tous les résultats, positifs comme négatifs. Le lait de tank s'est de nouveau révélé négatif au test PCR. Par ailleurs, sept veaux nés au cours des trois mois précédents ont également été testés. Des anticorps ont été détectés dans le sérum d'un veau, né d'une vache qui présentait elle-même un résultat fortement positif ». Des analyses de suivi seront encore réalisées dans l'élevage.

Pas de trace dans l'ensemble du pays

Une autre étude rétrospective a été réalisée, sur les élevages de l'ensemble du pays. Au total 3 019 sérums provenant de bovins de 427 exploitations néerlandaises, prélevés entre novembre 2025 et janvier 2026, ont été analysés en Elisa-NP :

  • 1 444 échantillons provenaient de 113 exploitations de Frise (région où se situe le foyer), qui est aussi une « zone à haut risque d'introduction du virus en raison de ses caractéristiques topographiques, d'une forte densité d'avifaune hivernante et d'une forte densité d'élevages bovins ». « En moyenne, 13 animaux par exploitation ont été testés, permettant ainsi de détecter une séroprévalence minimale de 20 % ».
  • 1 575 échantillons provenaient de 314 exploitations du reste des Pays-Bas.

Trente échantillons (1 %) ont été trouvés positifs et soumis à vironeutralisation et en Elisa-H5 pour confirmation/infirmation. Tous ont fourni un résultat négatif. « La situation dans l'exploitation laitière de Frise semble donc avoir été un cas isolé », conclut le RIVM. Il prévient toutefois – en toute logique scientifique – que « des foyers sporadiques comme celui survenu dans l'exploitation laitière de Frise ne peuvent être exclus » à l'avenir.

L'éleveur et son entourage ainsi que le vétérinaire de l'exploitation ont fait l'objet d'analyses complémentaires et « aucun cas humain n'a été détecté ».