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11 août 2026
L'intelligence émotionnelle, levier de prévention et d'action contre le mal-être des étudiants vétérinaires ?


Burn-out, idées suicidaires…Depuis une dizaine d'années, les recherches dédiées au mal-être des étudiants vétérinaires se multiplient. Aux États-Unis, plusieurs études révèlent chez eux des niveaux de stress, d'anxiété et de dépression (SAD) préoccupants, bien supérieurs à ceux de la population américaine moyenne du même âge. Selon des travaux récents, certains individus seraient plus à risque que d'autres : ceux présentant une moindre intelligence émotionnelle (IE).
L'IE peut être définie comme la capacité à percevoir précisément ses émotions et celles des autres, et à utiliser ces informations pour s'autoréguler, et agir de façon à accroître ses chances de réussite. D'après une étude publiée en 2021 par des chercheurs du collège de médecine vétérinaire de l'Université de Lincoln dans le Tennessee, les étudiants dotés d'une IE plus élevée présentent des niveaux de SAD plus faibles que les autres. La présente étude, réalisée par des chercheurs de l'Université du Dakota du Sud, tend à confirmer ces résultats. Ses auteurs ont élaboré un questionnaire visant à recueillir des informations socio-démographiques, et à évaluer les niveaux de SAD et l'IE des répondants, via des outils validés en matière d'évaluation psychologique : l'échelle de stress perçu, le questionnaire sur la santé mentale – qui vise à évaluer la fréquence à laquelle les patients éprouvent des symptômes d'anxiété et de dépression – et l'échelle d'intelligence émotionnelle de Schutte (auto-évaluation).
Après diffusion aux étudiants vétérinaires de neuf universités du Midwest américain (Dakota du Sud, Minnesota, Nebraska, Kansas, Michigan, Wisconsin, Iowa, Missouri, Illinois), les chercheurs ont recueilli 184 questionnaires exploitables, soit un taux de réponse de 5 %, ce qui est une proportion acceptable dans ce type d'enquêtes. Les répondants étaient en majorité des femmes (92 %), blanches (85 %), d'un âge compris entre 21 et 47 ans, l'âge le plus représenté étant 23 ans, vivant en colocation (66 %), sans emploi (56 %), et en 2ème année d'études (35 %). Le fait d'être sans emploi est un indicateur indirect soit d'un net soutien financier familial, soit de la constitution d'une dette étudiante significative. Plus de 2 répondants sur 3 (71 %) ont déclaré avoir éprouvé un stress modéré au cours du mois précédent, 18 % un stress élevé et 11 % un niveau de stress faible. Plus de la moitié ont dit avoir ressenti des symptômes d'anxiété (58 %), et un peu moins du tiers (30 %) de dépression. À titre de comparaison, ces proportions atteignent respectivement 29 % et 21,5 % dans la population américaine moyenne du même âge, d'après une étude menée en 2017 par l'Ecole de Médecine de Harvard.
L'analyse approfondie des données a révélé une corrélation positive significative, entre le niveau de stress auto-perçu, et la fréquence à laquelle les répondants ont éprouvé des symptômes d'anxiété et de dépression, en accord avec de précédents travaux scientifiques. Concernant l'intelligence émotionnelle, la majorité des participants ont obtenu des scores situés dans la fourchette dite “compétente” (31,5 %), voire haute (47 %), sans différence significative entre hommes et femmes. L'intelligence émotionnelle apparaît négativement corrélée aux niveaux de stress et de dépression, mais pas au niveau d'anxiété.
Pour les auteurs, des recherches complémentaires sont nécessaires pour évaluer le lien de causalité entre ces variables psychologiques et, le cas échéant, comprendre l'influence de l'intelligence émotionnelle sur la santé mentale. Ils suggèrent par ailleurs qu'une évaluation de l'IE des étudiants vétérinaires permettrait de détecter les individus plus à risque de troubles mentaux durant leur cursus. Au-delà du dépistage, l'intelligence émotionnelle constitue aussi un levier d'action. Une étude menée dans le contexte de la pandémie de Covid-19 montre ainsi que développer ses compétences en la matière permet de réduire l'anxiété, la dépression et les idées suicidaires. Il est donc possible de développer l'IE des personnes souhaitant s'engager dans une telle démarche de développement personnel.
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