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Elanco & Proplan

6 février 2026

Extension du virus de l'encéphalite à tiques : un cas humain (très) probable en Corrèze

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Lieu probable de contamination des cas humains autochtones d'infection par le virus de l'encéphalite à tique, déclarés en France de mai 2021 à mai 2023 selon l'expertise de l'Anses de 2025, avec ajout du cas probable identifié dans l'étude publiée début 2026 (LeFil, d'après Anses, Santé Publique France).
Lieu probable de contamination des cas humains autochtones d'infection par le virus de l'encéphalite à tique, déclarés en France de mai 2021 à mai 2023 selon l'expertise de l'Anses de 2025, avec ajout du cas probable identifié dans l'étude publiée début 2026 (LeFil, d'après Anses, Santé Publique France).
 

C'est un cas humain autochtone fortement probable, qui permet d'ajouter un département à ceux déjà identifiés comme hébergeant le virus de l'encéphalite à tiques (TBEV).

Étude rétrospective de cas de 2020 à 2023

Une expertise collective pilotée par l'Anses et publiée à la mi-2025 avait montré que le TBEV est déjà présent en région Auvergne Rhône-Alpes. La région Limousin est à présent concernée (voir l'illustration principale). Ce cas a été identifié dans le cadre d'une étude rétrospective, sur les sérums de 880 patients ayant consulté entre 2020 et 2023 au CHU de Limoges, dans le cadre d'une sérologie pour la maladie de Lyme. Les auteurs, issus de ce CHU mais aussi du Centre national de Référence sur les Arbovirus (virus transmis par les arthropodes), ont choisi cette approche car il s'agit a priori de patients ayant déjà une exposition présumée à une morsure de tique (même si le TBEV peut aussi se transmettre par voie alimentaire avec du lait ou des produits laitiers caprins crus).

Près de 3 % de positifs

Les analyses sérologiques ont été réalisées en Elisa, à la fois pour la recherche d'IgG et d'IgM (témoins d'infection récente, si les deux types d'Ig sont présents il s'agit d'une infection aiguë). Il n'y a pas eu de positifs en IgM. Tous les positifs et douteux (2 tests de suite) ont été analysés par microneutralisation au CNR. Les auteurs décrivent 23 sérums positifs en IgG anti-TBEV (soit une prévalence apparente de 2,6 %), dont trois présentant des titres élevés en microneutralisation. Cinq autres sérums étaient douteux.

Interview des personnes

Ces 28 personnes ont été contactées, et dix-huit ont accepté de fournir plus d'éléments sur le contexte de leur exposition aux tiques, leurs éventuels signes cliniques ou autres éléments médicaux, et sur leur travail et leurs voyages. En effet, en sérologie, les anticorps anti-TBEV peuvent produire une réaction croisée avec ceux dirigés contre d'autres flavivirus : West Nile, Usutu, dengue, voire fièvre jaune.

Infection souvent exclue

Pour ce qui est de l'exposition aux tiques, la majorité des personnes séropositives avaient vu la tique fixée (11/18), ou ont des pratiques à risque (13 se promènent souvent en forêt). Le risque alimentaire est également présent (12 indiquent consommer régulièrement du lait cru de chèvre ou des fromages de chèvre). Seules 3 des 18 personnes avaient un métier les exposant aux tiques, et l'une d'entre elles avait été vaccinée contre le TBEV (à l'étranger), ce qui explique qu'elle ait présenté des titres élevés en IgG. Six des personnes avaient été vaccinées contre la fièvre jaune et une contre l'encéphalite japonaise ; cinq autres avaient contracté la dengue lors de voyages. Pour ces personnes, il est peu probable que leur séropositivité soit liée à une ancienne infection par le TBEV.

Activités forestières, chasse et randonnée

Après avoir exclu ces cas, une seule personne présentant des titres élevés en anticorps anti-TBEV correspond probablement à un cas autochtone d'infection par ce virus. « Il s'agit d'un homme de 48 ans résidant en Nouvelle-Aquitaine. Ce participant est exposé aux piqûres de tiques en raison de ses activités forestières. Il vit en milieu rural et pratique la chasse et la randonnée. Il n'a pas voyagé dans des zones de circulation connue du virus de l'encéphalite à tiques, n'a contracté aucun flavivirus et n'est pas vacciné contre ces virus ». Il est aussi consommateur de lait/fromage de chèvre. Aussi, « en l'absence de données épidémiologiques permettant d'expliquer une réaction croisée avec d'autres flavivirus, ce titre élevé et ce profil épidémiologique complet suggèrent une réelle infection par le TBEV dans la région du Limousin, probablement asymptomatique, comme les formes cliniques les plus fréquentes de cette maladie ». Ce serait donc le premier cas humain détecté dans ce département et cette région, même si l'attribution de sa sérologie au TBEV ne peut être absolument certaine.

Les auteurs estiment qu'il est utile d'informer « les cliniciens de la région de rechercher le virus en cas de symptômes neurologiques d'étiologie inconnue » chez un patient. Ils estiment aussi qu'une campagne de collecte de tiques en Corrèze, pour recherche du génome viral en RT-PCR permettrait d'affirmer l'existence d'une circulation virale. Ils évoquent aussi une sérologie sur les chiens de chasse du patient supposé, et éventuellement des enquêtes sérologiques sur la faune sauvage (chevreuils) dans les zones où des tiques seraient trouvées porteuses du virus. Ils n'évoquent pas à ce stade d'enquête chez les caprins du département.