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Proplan

15 mai 2026

Même sèches, les éponges sont des réservoirs de pathogènes efficaces !

par Vincent Dedet

Temps de lecture  5 min

Survie et transfert de Salmonella Enteritidis et du microbiote total dans des éponges de cuisine, sur 15 jours dont une période de dessiccation, illustrant la série d'essais confirmant leur rôle de réservoir à germes opportunistes dans les habitations et structures où elles restent employées (Neuhaus et coll., 2026).
Survie et transfert de Salmonella Enteritidis et du microbiote total dans des éponges de cuisine, sur 15 jours dont une période de dessiccation, illustrant la série d'essais confirmant leur rôle de réservoir à germes opportunistes dans les habitations et structures où elles restent employées (Neuhaus et coll., 2026).
 

Une série d'essais visant à évaluer le risque microbiologique lié aux éponges dans la cuisine des particuliers a des conclusions pouvant s'appliquer à celles qui resteraient employées dans les structures vétérinaires : des pathogènes opportunistes comme des staphylocoques dorés ou des salmonelles s'y trouvent bien, même lorsque ces éponges sont sèches. Au point que les auteurs proposent de les « changer régulièrement » ou de s'équiper d'alternatives pour le nettoyage.

Flore de l'éponge contre pathogènes ?

C'est connu : les éponges (de cuisine) sont des niches à bactéries. Il s'y établit spontanément une flore microbienne. Phénomène étonnant : quel que soit le pays où ce microbiote a été étudié, il paraît avoir une composition d'espèces bactériennes comparable, au sein d'un biofilm (comprenant des Chryseobacterium, Pseudomonas, Bacillus et Acinetobacter). Ce qui n'est pas connu c'est si cette flore est favorable ou inhibitrice de l'implantation de pathogènes. Pour tenter d'y répondre, des microbiologistes de l'Institut Robert Koch (institut en charge de l'évaluation des risques en Allemagne) ont réalisé une série d'expériences d'ensemencement, dénombrement et transfert de pathogènes depuis des éponges de cuisine.

Des sections d'éponges

Leur idée est de tronçonner progressivement une éponge du commerce une fois “inoculée” et “incubée”, pour y quantifier le développement de la flore et des pathogènes choisis. Les éponges (type éponges vertes et jaunes à grattoir) ont d'abord été autoclavées (stérilisation), puis ensemencées (à J0) avec une flore apathogène dont les auteurs ont dérivé la composition des publications antérieures sur le sujet (10 espèces bactériennes). Les éponges ont ensuite été placées en incubation dans une chambre humide à 21° C pour mimer les conditions d'une cuisine, sur deux semaines. Toutefois, entre J3 et J7, l'incubation s'est faite sans humidité, de manière à sécher les éponges (puis retour à l'atmosphère humide de J7 à J14). À J0, J1, J3, J7, J9 et J14, les auteurs retiraient les éponges de l'incubateur et en découpaient une section au scalpel, fournissant des “tranches” de 13,2 cm2 de surface du plus grand côté. Cette section permettait d'une part, d'évaluer la charge bactérienne présente (flore et pathogène ensemencés) et d'autre part, d'évaluer un transfert éventuel aux surfaces nettoyées.

Trois pathogènes à l'essai

À J1, les éponges étaient ensemencées avec l'une des trois souches d'espèces pathogènes choisies, par 10 ml de bouillon contenant :

  • Salmonella Enteritidis (souche aviaire), à 1,7, 2,7 ou 3,7 logUFC/ml ;
  • E. coli (souche fécale humaine), à 1,7, 2,7, 3,7 ou 4,7 logUFC/ml ;
  • ou Staphylococcus aureus (souche de produit laitier), à 2,7 ou 4,7 logUFC/ml.

Cela produit une contamination de 1,5 à 4,5 logUFC par section d'éponge (soit 13,2 cm2) à J0. Puis les éponges retournent en incubateur, sur deux semaines, avec la période indiquée de dessiccation.

Un milliard d'E. coli et de Salmonella Enteritidis en 3 jours

Pour E. coli comme pour S. Enteritidis, pour les inoculums les plus importants, la charge bactérienne augmente rapidement pour atteindre 9 logUFC/éponge à J3 et rester à ce plateau jusque J14 (voir l'illustration principale). La période de dessiccation n'a pas eu d'effet négatif sur la charge bactérienne en pathogènes, qui se sont maintenus au niveau du plateau de charge bactérienne. Pour les inoculums les plus faibles, la montée de la charge bactérienne a été plus lente et s'est même poursuivie pendant la dessiccation, pour atteindre le même plateau à J7 et s'y maintenir jusqu'à J14.

Staphylocoque doré plus sage

Dans le même dispositif, S. aureus se développe moins, gagnant 2 à 2,5 logUFC/éponge sur les premiers jours d'incubation et se maintenant à ce faible plateau ensuite, voire déclinant de 0,5 logUFC pour l'inoculum le plus important. Dans tous les cas, ce développement de pathogène ne s'accompagne « d'aucun signe sensoriel tel qu'une décoloration, une odeur ou une consistance visqueuse au cours de la période de test de 14 jours ». Une éponge d'apparence sale n'est donc pas plus sale qu'une d'apparence propre…

Transfert des pathogènes aux surfaces

Pour évaluer le transfert de germes de l'éponge aux surfaces qu'elles vont nettoyer, des sections d'éponge plus petites (3,5 cm2, découpées à partir de la section initiale) étaient pressées 5 secondes sur une surface de matériau plan. Puis cette surface était écouvillonnée, pour bactériologie et dénombrement. La procédure était réalisée au même rythme que pour l'évaluation de la charge bactérienne des éponges elles-mêmes (J0, J1, J3, J7, J9 et J14).

  • Pour S. Enteritidis, la charge transférée à J3 est de 3 logUFC/section pour l'inoculum le plus faible (et il monte ensuite à 5 logUFC/section et s'y maintient jusque J14). Pour les inoculums plus chargés, la charge transférée est de 5 logUFC/section de J3 à J14 ;
  • Pour E. coli, des résultats comparables sont obtenus (avec une charge transférée à J3 de 4 logUFC/section pour l'inoculum le plus faible) ;
  • Pour S. aureus, selon les inoculums de départ, le transfert est systématique dès J3 et il reste de 2 à 3 logUFC/section à J14.

Au bilan, « ces résultats soulignent que même une contamination minime lors des opérations de nettoyage courantes peut rapidement entraîner la prolifération de pathogènes opportunistes ».

Quelles alternatives ?

« Ces résultats soulignent le rôle des éponges en tant que réservoirs microbiens essentiels dans les foyers et mettent en évidence la nécessité de remplacer régulièrement les éponges ou d'utiliser d'autres ustensiles de nettoyage ». Les auteurs reconnaissent que « les procédures de désinfection telles que l'ébullition, le lavage au lave-vaisselle, le chauffage au micro-ondes ou les solutions chlorées peuvent réduire la population bactérienne des éponges, [mais] peuvent également modifier la composition du microbiote résiduel [et les] conséquences de ces modifications sur la persistance des pathogènes restent incertaines ». Ce qui ne leur permet pas d'effectuer de recommandations. Aussi, préfèrent-ils conseiller « comme alternatives pratiques, des brosses et des chiffons en microfibres, qui sèchent généralement plus vite et présentent une charge bactérienne inférieure à celle des éponges ».