titre_lefil
Proplan

18 mai 2026

Défaut d'usure des dents chez le lapin : plusieurs facteurs de risque démographiques

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

La brachycéphalie, mais pas la forme des oreilles, est associée à un surrisque de surcroissance des dents chez le lapin de compagnie (cliché Pixabay).
La brachycéphalie, mais pas la forme des oreilles, est associée à un surrisque de surcroissance des dents chez le lapin de compagnie (cliché Pixabay).
 

Des universitaires de Liverpool (Angleterre) se sont penchés sur un trouble fréquent chez le lapin : le défaut d'usure des dents et leur croissance excessive résultante. Au Royaume-Uni comme plus généralement en Europe, la popularité de cette espèce comme animal de compagnie a fortement augmenté. Mais les connaissances des propriétaires n'ont pas forcément suivi, et la nécessaire usure des dents, hypsodontes chez le lapin, c'est-à-dire à croissance continue, leur est parfois étrangère.

Afin de mieux cibler le conseil vétérinaire, ces scientifiques ont évalué l'ampleur du phénomène et, surtout, les facteurs démographiques de risques associés. Ils publient leurs résultats en libre accès dans VetRecord.

Étude de 10 ans

Durant une période de près de 10 ans (mars 2014-juin 2023), les comptes-rendus de consultation de lapins de compagnie réalisées dans les cliniques vétérinaires généralistes du réseau britannique SAVSNET (à visée de surveillance et de recherches) ont été passés en revue, permettant de sélectionner 1272 signalements de croissance excessive des dents, chez 749 lapins. Pour la majorité d'entre eux (n=518), une seule consultation a rapporté ces troubles. Mais dans les autres cas, de 2 à 22 consultations les ont signalés.

La prévalence de ces troubles dans la population des lapins médicalisés est estimée à 17,8 %. Elle est probablement sous-estimée car l'examen de la cavité orale sur animal vigil n'est pas toujours facile, et le diagnostic était le plus souvent clinique (sans examen radiographique complémentaire).

Ces 749 cas ont été comparés à 7148 lapins non affectés par ces troubles dentaires, vus durant la même période (groupe témoin).

Les incisives pour les deux-tiers des cas ?

Les incisives sont, de loin, les dents les plus concernées : elles représentent ici 67,7 % des cas. Chez 34 lapins (4,5 %) seulement, les molaires étaient concernées.

Ces observations sont en contradiction avec les résultats d'autres études. Mais les auteurs signalent que l'atteinte des molaires a probablement été négligée au cours de nombre d'examens cliniques généraux : l'examen de ces dents nécessite souvent la sédation de l'animal. De plus, dans les autres cas (n=208, soit 27,8 % des cas), les dents touchées n'étaient pas précisées.

Les brachycéphales, les séniors, les mâles…

  • La brachycéphalie avait déjà été suspectée de constituer un facteur de risque de croissance excessive des dents, mais de manière controversée selon les recherches. Les résultats de cette nouvelle étude le confirment : le risque est augmenté d'un facteur 1,63 par comparaison aux lapins normocéphales. En revanche, d'autres phénotypes, en particulier les oreilles tombantes, critère suspecté lui aussi, n'est pas retrouvé ici.
  • L'âge médian des lapins affectés était plus élevé que celui des témoins (3,78 versus 2,85 ans). Et dans l'analyse multivariée, l'âge représente effectivement un facteur de risque significatif de surcroissance dentaire : le risque augmente d'environ 8 % par an. Selon les auteurs, ce constat s'explique par l'effet cumulatif de la croissance des dents avec une altération progressive de l'occlusion dentaire.
  • Les lapins mâles sont aussi plus à risque que les femelles (suivant un odds ratio de 1,80), ce qui avait déjà été rapporté. Les œstrogènes, chez les femelles, pourraient avoir un rôle protecteur, par leur effet sur l'absorption du calcium et le métabolisme de la vitamine D3. Mais d'autres paramètres, comportementaux notamment, pourraient intervenir.
  • Inversement enfin, les lapins stérilisés apparaissent moins à risque (odds ratio de 0,68), ce qui est toutefois en contradiction avec d'autres observations. Potentiellement, la stérilisation serait associée à une médicalisation supérieure des lapins, mieux suivis et mieux soignés par des propriétaires avertis et proactifs. Des effets hormonaux et/ou comportementaux ne sont cependant pas exclus.

Des troubles évitables

Le défaut d'usure des dents entraîne des malocclusions, des dents trop longues, courbées, au bord tranchant… qui finissent par altérer la fonction orale, avec des conséquences délétères progressives et potentiellement graves (douleur, défaut d'alimentation, syndrome digestif, mortalité). Ces troubles sont prévenus par une alimentation et un enrichissement du milieu de vie appropriés (des paramètres qui n'étaient pas étudiables ici, du fait de la méthodologie suivie).

Au-delà de l'information générale des propriétaires sur ces besoins du lapin, cette croissance excessive est multifactorielle, et identifier les individus plus à risque (les mâles donc, les brachycéphales, les séniors…) permet de mieux les surveiller, lors de l'examen en consultation de routine, notamment. Car les troubles dentaires représentent la seconde grande catégorie d'affections chez le lapin de compagnie, après les troubles digestifs.