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Proplan

6 août 2026

Surpoids et obésité chez le chien ou le chat : recommandations pour mieux les gérer en clinique

par Pascale Pibot

Temps de lecture  7 min

La sédentarité croissante chez les chats va de pair avec une incidence accrue du surpoids et de l'obésité féline (cliché Pixabay).
La sédentarité croissante chez les chats va de pair avec une incidence accrue du surpoids et de l'obésité féline (cliché Pixabay).
 

L'obésité canine et féline est aujourd'hui considérée comme la cause la plus importante d'altération du bien-être des animaux de compagnie dans la plupart des régions du monde. L'obésité est cependant généralement abordée comme un trouble nutritionnel, à traiter par la réduction de l'apport calorique. Selon les auteurs australiens d'une revue bibliographique récente, cette approche est trop restrictive et se révèle inefficace : environ la moitié des propriétaires ne suivent pas les recommandations nutritionnelles prescrites par le vétérinaire.

Ces cliniciens (de l'école vétérinaire de Sydney) considèrent que réduire l'apport énergétique en prescrivant un aliment hypocalorique sans tenir compte des liens entre surpoids, bien-être et comportement risque d'entraîner l'échec de la prise en charge. Pour améliorer l'efficacité du traitement de l'obésité canine et féline, ils préconisent une douzaine de mesures concrètes, résumées ici.

1. Évaluer le poids et l'ICC à chaque consultation

Plusieurs études indiquent que les vétérinaires évitent de parler du surpoids et de l'obésité d'un animal à son propriétaire s'ils estiment que cela risque de compromettre leur relation avec lui. Le non-respect des recommandations antérieures, la crainte de choquer le client s'il est lui-même obèse et le manque de compétences en communication ou en nutrition figurent parmi les autres raisons invoquées pour ne pas aborder la question en consultation.

Quel que soit son âge, chaque chien ou chat vu en consultation devrait pourtant être pesé et son indice de condition corporelle (ICC) évalué. Avant de communiquer ces informations aux propriétaires, il est utile de leur demander comment ils jugent l'ICC de leur animal. Les clients doivent en outre apprendre à évaluer eux-mêmes l'ICC de l'animal à domicile, en ayant accès à des indications claires et pratiques à ce sujet.

Les animaux considérés comme en surpoids ou obèses (et devant donc suivre un programme de perte de poids) devraient idéalement être pesés une fois par semaine, à la clinique ou à domicile. La télémédecine pourra faciliter l'évaluation régulière de l'animal par l'équipe vétérinaire.

2. Prévoir du temps pour le suivi de ces animaux

Le diagnostic de surpoids ou d'obésité devrait aussitôt conduire à une évaluation approfondie de la situation, mais le manque de temps alloué à une consultation classique représente un obstacle majeur. Il existe cependant nombre d'outils destinés à aider les vétérinaires à aborder le sujet et la prise en charge du surpoids et de l'obésité avec leurs clients. Leur faire remplir un questionnaire en amont de la consultation en est un exemple.

Ici encore, mener la suite de l'évaluation par téléconsultation évitera au propriétaire de revenir pour traiter un problème dont il n'avait pas forcément conscience.

3. Recueillir un historique alimentaire complet

Les recommandations alimentaires auront plus de chances d'être acceptées si elles prennent en compte l'historique alimentaire du chien ou du chat. Le questionnaire rempli par le propriétaire avant la consultation inclura donc des questions à propos des friandises et des récompenses distribuées, des restes de tables, de l'accès éventuel à d'autres sources alimentaires (autres animaux à la maison, voisins…), des conditions d'alimentation et des préférences alimentaires.

4. Évaluer l'activité physique et le mode de vie

Les recommandations visant à faire perdre du poids à l'animal doivent aussi s'adapter à son mode de vie. Il est donc important de documenter celui-ci : fréquence et durée des sorties, types d'activité physique, interactions avec d'autres animaux, jeux à domicile, etc.

Un programme individualisé et progressif de perte de poids pourra alors être élaboré. Des outils basés sur l'intelligence artificielle (IA) sont aujourd'hui capables d'évaluer le bien-être de l'animal et d'actualiser les recommandations rapidement en fonction de l'évolution de sa condition corporelle.

5. Fournir des recommandations précises : « quoi » et « en quelle quantité »

Face à un animal en surpoids, la plupart des vétérinaires sensibilisent le propriétaire, conseillent de réduire l'apport calorique et d'augmenter les dépenses énergétiques, mais ne communiquent pas de recommandations précises : quel aliment choisir, quelle quantité distribuer… L'utilisation d'un calculateur des besoins énergétiques individuels peut aider à formuler des conseils sur-mesure, surtout en cas de régime mixte.

Pour favoriser l'observance, les recommandations alimentaires doivent aussi être adaptées à l'animal et au propriétaire, en respectant leurs préférences respectives et en tenant compte des difficultés potentielles de la mise au régime. Pour limiter le stress des propriétaires devant réduire la taille des portions distribuées, il sera conseillé, par exemple, d'utiliser des gamelles plus petites.

6. Prévoir la distribution de friandises

La distribution de friandises est synonyme d'interaction positive entre l'animal et son propriétaire. Il ne faut donc pas les supprimer mais plutôt conseiller de distribuer des friandises hypocaloriques, ou de réserver 10 % de la ration quotidienne à distribuer sous forme de récompenses. Les friandises qui prennent du temps pour être consommées (type « os à mâcher ») seront privilégiées.

7. Ralentir le rythme d'ingestion

Tout ce qui peut stimuler le chien ou le chat à rechercher sa nourriture est potentiellement intéressant pour lutter contre l'excès de poids. Les jouets (ou puzzles) alimentaires qui font « travailler » l'animal pour en extraire sa nourriture, les tapis de léchage, l'organisation d'une « chasse au trésor »…, sont autant de moyens de stimuler l'animal, de l'encourager à se dépenser et de ralentir sa vitesse de consommation alimentaire.

Il est cependant nécessaire de s'assurer que l'animal est capable d'exécuter la tâche qu'on lui propose. Sinon, les efforts vains et la frustration risquent d'entraîner un désintérêt de sa part, voire l'installation d'un état émotionnel négatif.

8. Réduire les comportements de sollicitation

Les propriétaires ayant l'habitude de donner à manger à leur chien (ou leur chat) à table ont souvent du mal à arrêter de le faire si l'animal continue à solliciter de la nourriture. Plutôt que d'ignorer ce comportement, mieux vaut distraire l'attention du chien ou du chat en lui donnant un objet à mâcher avant le repas. L'extinction du comportement de sollicitation ne peut évidemment être obtenue que si aucun membre du foyer ne continue à nourrir l'animal à table.

9. Proposer des repas plus petits et plus fréquents

Lorsqu'un animal consomme plusieurs petits repas au cours de la journée, sa dépense énergétique est plus importante que si ses besoins sont couverts en une seule fois. L'utilisation d'un distributeur automatique de nourriture peut faciliter le fractionnement de la ration, même pendant la nuit.

10. Élaborer des stratégies alimentaires pour les foyers multi-possesseurs

L'observance du régime est plus compliquée à obtenir dans les foyers où vivent plusieurs animaux. Pour empêcher la compétition alimentaire, il est recommandé de les nourrir individuellement ou de séparer les points d'alimentation (en posant par exemple la gamelle du chat en hauteur, hors de portée du chien obèse). L'utilisation d'un distributeur à puce électronique permet généralement de s'assurer que l'animal ne consomme que l'aliment qui lui est destiné.

11. Expliquer les bénéfices de la perte de poids

De nombreux propriétaires sont réticents à changer leurs habitudes et l'intérêt de faire maigrir leur animal n'est pas forcément clair pour eux. Donner des conseils sans les informer des bénéfices potentiels risque d'accroître leur résistance.

À un stade précoce de la prise de conscience, il est incontournable de commencer par explorer les perceptions du client à propos du poids de son animal, et de lui exposer la nécessité d'une réduction pour améliorer sa santé, sa longévité, mais aussi son bien-être physique et mental, qui conditionne la qualité des interactions avec l'animal.

12. Gérer les attentes des propriétaires

Les propriétaires doivent aussi être informés que la perte de poids sera très progressive et que des consultations supplémentaires seront nécessaires pour assurer le suivi du régime. Pour limiter le risque d'un arrêt prématuré en raison d'un découragement, le poids cible initial peut éventuellement être supérieur au poids idéal, afin de renforcer la confiance du propriétaire. Même une perte de poids modeste contribuera à maintenir sa motivation.

En pratique, le succès des programmes de perte de poids est généralement défini par le pourcentage de poids corporel perdu ou l'atteinte d'un poids cible. Il pourrait être préférable de se concentrer principalement sur les résultats liés au bien-être de l'animal, lui-même évalué au travers de sa qualité de vie, sa mobilité et la diminution de la gravité des comorbidités.