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Proplan

16 juin 2026

H5N1 chez les vaches laitières aux USA : c'est reparti !

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Cas d'infection par le H5N1 recensés aux USA au 10 juin, selon les espèces de rente, la carte présentant les cas identifiés depuis les 30 jours précédant la date d'actualisation. Source : USDA.
Cas d'infection par le H5N1 recensés aux USA au 10 juin, selon les espèces de rente, la carte présentant les cas identifiés depuis les 30 jours précédant la date d'actualisation. Source : USDA.
 

Il n'y aura au final eu que quatre mois sans nouveau foyer d'infection de vaches laitières par le virus H5N1 outre-Atlantique. Le dernier foyer de la première vague remonte au 13 décembre 2025, dans l'état du Wisconsin (États-Unis). C'est le 13 avril que ce qui allait devenir une seconde vague a démarré, avec la confirmation officielle de l'infection de 5 élevages laitiers de l'Idaho, d'emblée.

53 cas en deux mois

Et ce nombre est resté le même pendant un mois, avant que, à la mi-mai, plus d'une dizaine de nouveaux foyers ne soient détectés dans le même état. Puis de nouveaux foyers ont été détectés très régulièrement, au point que le site d'actualisation du ministère américain de l'Agriculture recensait au 10 juin 53 foyers, dont un au Texas et deux dans l'Utah, tous les autres étant concentrés dans l'Idaho. De manière étonnante, le site officiel du ministère de l'Agriculture de cet état ne mentionne pas l'identification de ces cas.

Des inconnues

De même, aucune information n'est disponible sur la souche en cause : s'agit-il de celle ayant circulé chez les bovins depuis le début (nommée B3.13), de la souche aviaire dominante récemment plus récemment passée au bovin (la D1.1) et n'ayant pas diffusé avec le même succès dans cette filière, ou d'une autre (nouvelle ?) introduction ? Il n'est pas non plus précisé si les élevages ont été identifiés du fait de signalement d'éleveurs ou de vétérinaires (l'infection des vaches laitières n'est pas à déclaration obligatoire dans la plupart des états des USA), ou en lien avec la surveillance (RT-PCR) mise en place dans les laiteries (obligatoire).

Excrétion lactée : même les sujets asymptomatiques

En revanche, une publication très récente vient éclairer l'ampleur de la diffusion virale au sein d'un élevage laitier infecté. Il s'agit d'une étude conduite dans des élevages touchés au cours de la première vague d'infection, entre avril et décembre 2024 (le premier cas a été détecté en mars, mais le virus circulait déjà en élevages depuis plusieurs mois). Les auteurs, des virologistes de deux universités vétérinaires américaines, souhaitaient étudier l'effet de trois comorbidités (BVD, leucose bovine et paratuberculose) sur l'expression clinique et l'excrétion du H5N1 chez les laitières. Ils ont proposé aux élevages fraîchement confirmés comme infectés de participer, mais n'ont eu que 11 exploitations volontaires, réparties dans trois états : la Californie (n=3), le Colorado (n=7) et le Michigan (n=1, le plus à l'est). Ces élevages détenaient de 1 000 à 4 000 vaches en lactation, et avaient tous eu un diagnostic confirmé d'infection par la souche H5N1 B3.13. Leur participation reposait sur le suivi des mêmes vaches laitières sur 10 semaines : 20 vaches à signes cliniques attribuables au H5N1 (chute de lait, hyperthermie, écoulement nasal, mauvais état général), et 10 vaches indemnes (459 bovins inclus en tout). Les prélèvements étaient sanguins (2 fois par semaine), de lait, d'urine et un écouvillonnage nasal (1 fois par semaine). Au total, 42,1 % ont présenté un résultat positif au test RT-PCR H5N1 dans le lait. Et même « 64,7 % des vaches en phase cliniques excrétaient le H5N1, tandis que 27,2 % des vaches non cliniques, 18,9 % des vaches fraîchement vêlées et 2,2 % des génisses sans signes cliniques de H5N1 était positives » en RT-PCR (le détail des voies d'excrétion n'est pas fourni dans la publication). Comme 91 % des vaches malades et 90 % des vaches saines étaient séropositives, cela souligne l'ampleur de la circulation du virus dans les élevages infectés…

La paratuberculose et la gestation…

Sur les 459 bovins prélevés, aucun résultat positif n'a été obtenu au regard du BVDV. En revanche, 100 % des exploitations comportaient des sujets séropositifs pour la leucose (de 8 à 82 % de séroprévalence intra-troupeau) et 72 % pour Mycobacterium avium subsp. paratuberculosis (MAP, de 2 à 19 % de séroprévalence intra-troupeau). Lorsqu'ils modélisent les résultats en analyse multivariée, les auteurs observent que :

  • les vaches séropositives vis-à-vis de MAP présentaient 2,66 fois plus de risque d'être des vaches à signes cliniques (d'infection par le H5N1) que les vaches séronégatives (p= 0,026). Pour les auteurs, cela pourrait être expliqué par les troubles immunitaires que provoque l'infection bactérienne, lente à s'établir et déjà ancienne quand l'animal est séropositif ;
  • les vaches séropositives vis-à-vis de MAP présentaient 2,21 fois plus de risque d'être des vaches excrétant le H5N1 dans le lait que les vaches séronégatives (p= 0,038) ;
  • les vaches gestantes présentaient 2,21 fois plus de risque d'être des vaches à signes cliniques et excrétant le H5N1 dans le lait que les vaches non gravides (p= 0,025). Pour les auteurs, cela pourrait être lié à la polarisation immunitaire des femelles gestantes, mais aussi au « stress physiologique subi par les vaches pendant la gestation, notamment en milieu de lactation, peut accroître leur sensibilité aux infections et amplifier les réponses inflammatoires une fois la maladie déclarée, entraînant ainsi une augmentation des signes cliniques » ;
  • les vaches de rang de parité 4 ou plus présentaient 2,83 fois plus de risque d'être séropositives pour le H5N1 que les vaches plus jeunes (p=0,003). Là encore, la cause serait liée à la conduite : les « vaches multipares ont généralement une production laitière plus élevée, une demande métabolique plus importante et une fonction immunitaire altérée qui peut amplifier les réponses anticorps une fois infectées ».