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Proplan

27 mai 2026

Le burn-out des médecins : une origine culturelle ?

par Pierre Mathevet

Temps de lecture  4 min

Développer le sens pour son travail a un effet protecteur contre l'épuisement émotionnel chez les médecins (cliché Pierre Mathevet).
Développer le sens pour son travail a un effet protecteur contre l'épuisement émotionnel chez les médecins (cliché Pierre Mathevet).
 

L'épuisement professionnel des médecins est un état d'épuisement émotionnel consécutif à l'exposition à un stress prolongé au travail. Il est très répandu et son incidence augmente dans toutes les spécialités médicales avec des conséquences désastreuses sur la santé des médecins, sur la qualité des soins et sur l'efficacité des établissements de soins. Une étude a été conduite chez plus de 1 000 médecins francophones (principalement belges et français) afin d'identifier la relation entre cet épuisement professionnel et le poids des normes sociétales spécifiques. Lancée sous forme de questionnaire anonyme en ligne, elle a permis de recueillir de très nombreuses données sur l'épuisement professionnel ressenti, chez des généralistes comme chez des spécialistes, des médecins de tout âge, des deux sexes, y compris des étudiants. L'objectif était d'identifier les éventuels effets néfastes de certains schémas culturels, plus facilement générateurs d'épuisement professionnel et de burn-out.

Notion de culture professionnelle

D'une manière générale, une culture est l'ensemble des croyances partagées au sein d'un groupe social qui façonnent les comportements. Elle renforce le sentiment d'appartenance à ce groupe.

La culture médicale constitue une culture spécifique, ancrée dans cette profession, composée d'éléments formels et informels acquis par la socialisation. Au cours de leurs études les médecins intériorisent des attitudes, des normes et des valeurs dominantes, qui deviennent alors des principes culturels implicites. Ces principes, parfois rigides, façonnent le comportement ultérieur de la très grande majorité des médecins.

Une culture médicale exigeante

Ainsi, il est reconnu, par exemple, que les médecins sont profondément motivés par le bien-être de leurs patients, fortement engagés vers la compétence professionnelle et la recherche constante du progrès dans les soins cliniques. La culture médicale, louable à bien des égards – au travers de la compassion, du dévouement –, se caractérise par un profond sentiment d'utilité et d'épanouissement professionnel.

Cependant, certains aspects de cette culture peuvent entraîner des conséquences néfastes sur le bien-être et la santé des médecins, générant un malaise professionnel grandissant. Parmi ces facteurs figurent le manque d'autocompassion et la stigmatisation des demandes d'aide des médecins en détresse. Les normes de la culture médicale reposent aussi sur l'attente d'invulnérabilité, ou la priorité accordée au travail au détriment du temps personnel.

Comprendre l'impact de ces facteurs culturels sur l'apparition de l'épuisement professionnel et le burn-out, est devenu un enjeu majeur.

7 facteurs néfastes interconnectés

L'étude a permis d'identifier clairement 7 facteurs favorisant l'épuisement émotionnel, lesquels peuvent être regroupés en 3 grandes dimensions en lien avec la culture médicale.

  • L'engagement professionnel du médecin regroupe les facteurs liés au déséquilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, la recherche d'une valorisation personnelle à travers son rôle professionnel, et le sacrifice de soi pour son métier.
  • Le mythe du médecin invulnérable englobe à la fois l'obligation morale de ne pas tomber malade, et l'incompatibilité d'être à la fois médecin et malade (le concept même de médecin malade est impensable au regard de la culture médicale).
  • La stigmatisation de l'épuisement professionnel du médecin s'appuie sur le rejet du burn-out, suite à une autoévaluation, mais aussi à un diagnostic effectué par les pairs.

Tous ces facteurs culturels apparaissent comme interconnectés et capables de se renforcer mutuellement. Par exemple, il existe une corrélation positive forte entre l'engagement professionnel et le mythe du médecin invulnérable : plus le soignant est engagé, moins il se donne le droit de tomber malade.

Le sexe du médecin, sa situation familiale, son statut parental, son statut de médecin, la spécialité pratiquée, l'ancienneté ou le temps de travail ne font apparaître aucune variabilité dans les résultats obtenus.

L'impact protecteur du sens

Un seul facteur culturel montre un effet positif. Il s'agit du facteur « signification existentielle du métier de médecin » qui comprend l'ensemble des éléments décrivant dans quelle mesure un médecin trouve du sens à sa vie grâce à sa pratique médicale. Soigner, développer une expertise scientifique, enseigner sont des éléments de la culture médicale qui permettent aux médecins de trouver du sens. Ces éléments ont un véritable effet protecteur contre l'épuisement professionnel.

Un axe fort pour la formation initiale et continue

Les résultats de cette étude soulignent l'importance de certains facteurs néfastes de la culture médicale sur les difficultés psychiques des médecins. Il semble urgent, d'une part, d'orienter les recherches vers la compréhension de l'impact de la culture médicale sur les difficultés vécues, et d'autre part, d'initier une révolution culturelle. Le défi devient alors de concilier les exigences d'excellence dans la pratique médicale et la bonne santé mentale et physique des médecins. Cela demande une prise en compte des croyances, normes et attitudes qui constituent une partie de la culture médicale, ainsi que des actions ciblées pour atténuer l'épuisement professionnel et promouvoir le bien-être des médecins. Ces éléments ont potentiellement des implications importantes par rapport à la formation initiale et continue.

Au vu de ces résultats et des risques particulièrement élevés de mauvaise santé mentale chez les vétérinaires, le même type de travail spécifique à la santé animale semblerait utile (en complément de l'étude longitudinale menée par le Pr Truchot à l'initiative du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires et de vétos-entraide, voir LeFil du 4 avril 2024). Ensuite, là aussi, intégrer certaines solutions au sein de la formation initiale et continue serait une voie bénéfique, urgente à déployer.