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Proplan

24 septembre 2026

Mesure de la pression artérielle et syndrome de la “blouse blanche” : les chiens aussi

par Vincent Dedet

Temps de lecture  3 min

Comparaison des fréquences de distribution et des proportions des strates de pression artérielle chez le chien (n=40) selon que la mesure (Doppler) a été effectuée en environnement domestique ou hospitalier, dans une étude brésilienne récente. Fádel Queiroz et coll., 2026.
Comparaison des fréquences de distribution et des proportions des strates de pression artérielle chez le chien (n=40) selon que la mesure (Doppler) a été effectuée en environnement domestique ou hospitalier, dans une étude brésilienne récente. Fádel Queiroz et coll., 2026.
 

Il n'y a pas que les chats : chez les chiens aussi, la mesure de pression artérielle en structure vétérinaire peut fournir des valeurs artificiellement élevées, du fait du stress “vétérinaire”.

En présence du maître

Pour évaluer l'étendue de “l'effet blouse blanche” chez le chien, une équipe de cliniciens et cardiologues vétérinaires brésiliens a réalisé une étude observationnelle croisée sur 40 chiens. Leurs hypothèses étaient que la pression artérielle, la clinique et les paramètres de laboratoire seraient différents selon qu'ils sont mesurés au domicile du chien ou à l'hôpital vétérinaire. Les auteurs disposent, dans leur hôpital universitaire, d'un pool de maîtres volontaires pour des études sur leur chien. Ils ont tiré au sort 40 chiens parmi ce groupe, en imposant comme critères d'inclusion l'âge (1 an au moins) l'état de santé (aucune comorbidité) et le comportement (acceptation des manipulations). Ces manipulations se faisaient dans un environnement minimisant le stress, par un professionnel formé à minimiser le stress et en présence du maître. Les chiens restaient en présence du maître dans la pièce calme 15 minutes avant l'intervention du professionnel. L'évaluation à l'hôpital précédait celle à domicile. Au domicile, le chien était placé dans la pièce choisie par le maître, avec lui et le vétérinaire, pendant la même durée avant d'effectuer les mesures.

Batterie de mesures/prélèvements

L'intervenant évaluait le comportement et le stress de l'animal à l'aide de grilles validées, puis prenait les mesures de pression artérielle à l'antérieur gauche. Deux appareils étaient utilisés successivement (un oscillomètre et un doppler), sur 7 mesures chacun (moyenne des mesures), en décubitus latéral droit (conformément aux recommandations) et en position assise (exploration d'une méthode alternative). Cela a été réalisé à l'hôpital comme au domicile de l'animal. Le vétérinaire faisait aussi l'examen clinique et la prise de sang (à la jugulaire). À l'hôpital, le prélèvement d'urine était réalisé par sondage (mâles) ou cystocentèse (femelles). Au domicile, le maître avait recueilli l'urine (mâles). L'âge moyen des chiens inclus était de 6,9 ans. Il s'agissait en majorité (62 %) de femelles et de croisés (53 %). Du fait de difficultés de contention, l'examen clinique n'a pas pu être réalisé sur deux chiens (l'un au domicile, l'autre à l'hôpital).

Pression artérielle plus faible à la maison

« Les valeurs de pression artérielle systolique (PAS) étaient plus faibles à domicile qu'à l'hôpital, tant pour les mesures par Doppler (157,3 contre 134,0 mmHg) que pour les mesures oscillométriques (137,9 contre 135,2 mmHg). De même, les valeurs médianes de la fréquence cardiaque (FC) étaient plus basses à domicile qu'à l'hôpital (102,50 battements par minute [bpm] ; intervalle : 78,00-128,00 contre 114,50 bpm ; intervalle : 84,00-160,00) ». Les niveaux de signification statistique étaient élevés pour le Doppler (p<0,001), mais pas pour l'oscillomètre (p>0,05). Les autres mesures sont également en faveur d'un effet du lieu de mesure :

  • la note de stress doublait (de 1 à domicile à 2 à l'hôpital, p<0,001),
  • celle de comportement passait de 0,65 à 2,18, respectivement (, p<0,001),
  • les concentrations en cortisol urinaire étaient en moyenne quintuplées (de 113,80 μg/dL au domicile à 590,28 μg/dL à l'hôpital,
  • le ratio cortisol:creatinine urinaires passait de 7,3 (domicile) à 36,6 (hôpital), (p < 0,001),
  • la concentration sérique moyenne en cortisol passait de 1,05 à 2,51 µg/dL, respectivement (p=0,02),
  • le nombre total moyen de leucocytes était significativement plus élevée à l'hôpital que la moyenne à domicile (p < 0,001), tout comme les neutrophiles (p < 0,001), les lymphocytes (p < 0,001) et les monocytes (p = 0,02).

Confirmer les mesures à domiciles

Lorsqu'ils s'intéressent à la catégorisation des chiens selon leur statut (normotendu, pré-hypertendu, etc.) conformément au consensus ACVIM, « une augmentation marquée est observée dans la proportion de chiens classés comme véritablement normotendus lors de l'évaluation à domicile par rapport au milieu hospitalier (hôpital, 28 % ; domicile, 74 % ; p < 0,001) » (voir l'illustration principale). Au bilan, ces auteurs estiment que « le stress environnemental doit être considéré comme un facteur de confusion majeur lors des évaluations cliniques et diagnostiques vétérinaires, car il peut entraîner une surestimation des paramètres cliniques et de laboratoire, entravant ainsi leur interprétation correcte ; cela souligne l'importance de mesurer la pression artérielle à domicile avant d'établir un diagnostic définitif, chaque fois que cela est possible »… Toute la nuance est dans cette dernière considération.