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Proplan

2 septembre 2026

Développement des chiots : les facteurs qui conditionnent leur santé ultérieure

par Pascale Pibot

Temps de lecture  6 min

La santé ultérieure des chiots est largement programmée pendant les 120 jours qui englobent la gestation et les deux premiers mois de vie (cliché Pixabay).
La santé ultérieure des chiots est largement programmée pendant les 120 jours qui englobent la gestation et les deux premiers mois de vie (cliché Pixabay).
 

La programmation du développement décrit l'influence des événements survenant au cours de la vie embryonnaire, fœtale et néonatale sur la santé ultérieure de la progéniture. Chez l'homme, la période critique du développement concerne les 1 000 premiers jours, soit de la conception à l'âge de 2 ans. Chez le chien, cette période correspond aux 120 premiers jours, incluant la gestation et les deux premiers mois de vie.

Cette période critique étant placée sous le contrôle des éleveurs, les vétérinaires peuvent les aider à optimiser leurs pratiques d'élevage. Les connaissances relatives à l'espèce canine sont plus limitées que dans d'autres espèces mais une revue bibliographique, publiée en accès libre, dresse un bilan des informations disponibles.

La santé des chiots est programmée in utero

L'efficacité placentaire (définie comme le rapport entre le poids à la naissance et le poids placentaire), est significativement plus faible chez les chiots de faible poids à la naissance (chiots FPN), ce qui suggère que le développement placentaire constitue un facteur limitant de la croissance fœtale.

La position des fœtus dans l'utérus, le sexe des fœtus environnants, la condition corporelle et la nutrition de la chienne pendant la gestation influencent aussi la santé ultérieure des chiots, mais seuls les deux derniers facteurs sont susceptibles d'être contrôlés.

  • Influence de la condition corporelle de la mère : une étude a montré que la proportion de chiots FPN est significativement plus faible chez les chiennes présentant un indice de condition corporelle (ICC) idéal que chez les chiennes en surpoids ou obèses au moment de l'accouplement (15,5 % contre 26,0 %) ou à mi-gestation (11,3 % contre 31,5 %). Une attention particulière doit ainsi être accordée à l'ICC des chiennes avant la reproduction.
  • Influence de l'alimentation de la mère : une supplémentation en Saccharomyces cerevisiae (var. boulardii), du 30e jour de gestation jusqu'à la mise bas, est associée à une nette diminution de la proportion de chiots FPN (13 % avec la levure versus 29 % sans supplémentation. La distribution de prébiotiques (mannan- et fructo-oligosaccharides) et de probiotiques (Enterococcus faecium, Lactobacillus acidophilus) au cours du 2e mois de gestation est, lui aussi, associé à une diminution de l'incidence des troubles digestifs chez les chiots au cours des 9 premières semaines de vie.

Un chiot de faible poids est un chiot à risque

La programmation intra-utérine influence l'anatomie et la physiologie des chiots pendant la période néonatale, à l'instar du ratio tête/corps.

Ainsi, à la naissance, le rapport entre le volume de la tête et celui du corps est plus élevé chez les chiots FPN que chez ceux dont le poids de naissance est normal (chiots PNN). Ce surdéveloppement relatif du crâne persiste au cours des trois premières semaines de vie.

Comme chez le fœtus humain, il pourrait être dû à une adaptation hémodynamique lors d'hypoxie chronique, appelée « préservation cérébrale » : le débit cardiaque privilégie alors les organes essentiels, notamment le cerveau.

Un taux de mortalité supérieur…

Une grande majorité d'éleveurs ignore les conséquences à court et long terme d'un faible poids de naissance. Il s'agit pourtant d'un facteur de risque majeur de mortalité jusqu'à l'âge de 2 mois.

Selon une étude réalisée sur près de 5000 chiots issus de 10 races différentes, le taux de mortalité néonatale des chiots PNN est d'environ 4 %. Mais ce taux passe à 11 % chez les chiots FPN, et à 61 % pour les chiots de très faible poids à la naissance (chiots TFPN).

L'âge au moment du décès varie également en fonction du poids à la naissance : les chiots FPN et TFPN meurent plus tôt que les autres, avec une proportion significativement plus élevée de décès au cours des deux premiers jours de vie que les chiots PNN.

Cette fragilité des chiots FPN serait notamment due à un apport énergétique plus faible, à un moins bon transfert immunitaire passif et à une altération du microbiote intestinal.

Chez les chiots FPN, la quantité de colostrum absorbée au cours des 12 premières heures de vie est inférieure à celle des chiots PNN, ce qui se traduit par un taux de croissance plus faible au cours des premières 48 heures de vie. Cette consommation réduite de colostrum affecte également l'ensemencement microbien du tube digestif : elle est notamment associée à un déficit de bactéries strictement aérobies dans l'intestin des chiots.

… Et un risque d'obésité supérieur

À plus long terme, la prévalence de l'excès de poids est significativement plus élevée chez les chiens FPN que chez les PNN (70 % contre 47 % dans une étude faite chez le labrador).

Ce risque accru d'obésité pourrait refléter le développement d'un « phénotype économe » au cours de la vie fœtale : un déficit nutritionnel in utero induit des adaptations métaboliques favorables à la conservation de l'énergie et au stockage des graisses.

Idéalement, les données de croissance initiale des chiots devraient être communiquées par les éleveurs aux adoptants afin de mieux surveiller les chiots à long terme. Chez les individus FPN, il est indispensable en effet de contrôler attentivement l'évolution du poids et de l'ICC tout au long de la vie. Inclure les données de santé néonatales et pédiatriques dans les dossiers médicaux des chiens peut contribuer à procurer des soins de qualité.

Surveiller la prise de poids dès la naissance

Un taux de croissance élevé au cours des deux premiers jours de vie chez les chiots FPN réduit considérablement le taux de mortalité avant 2 mois. La surveillance de la prise de colostrum revêt donc une importance majeure. Sur le plan qualitatif, prolonger la supplémentation maternelle en prébiotiques et probiotiques après la mise-bas peut aussi influencer positivement l'état inflammatoire des chiots : cela permet de faire chuter le ratio rIL-8/IL-10 dans le sang à 56 jours selon la même étude que précédemment.

Passés les premiers jours, une croissance optimale n'est cependant pas synonyme de croissance maximale. Une étude épidémiologique portant sur plus de 200 000 chiens de particuliers a ainsi montré que 83 % des individus en surpoids vers l'âge de 3 ans présentaient un taux de croissance supérieur à celui prévu par leur courbe de croissance entre la 12e et la 60e semaine de vie. Il en allait de même pour 67 % des chiens présentant une affection favorisée par une croissance trop rapide (ostéodystrophie hypertrophique, dysplasie de la hanche, ostéochondrite disséquante).

Des pistes d'amélioration en médecine préventive ?

Mieux cerner l'influence du développement sur la santé des chiots pourrait contribuer à améliorer l'efficacité de la médecine préventive dans l'espèce canine, en ouvrant la voie à des soins et une nutrition individualisés. Le suivi médical et le régime alimentaire pourraient, par exemple, être adaptés au poids de naissance et aux données initiales de croissance. Cette évolution nécessite cependant de collecter des données à grande échelle, en impliquant toutes les parties prenantes : éleveurs, propriétaires, vétérinaires, laboratoires et nutritionnistes.