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Proplan

2 novembre 2026

Tumeurs des surrénales chez le chien : la surrénalectomie est curative

par Agnès Faessel

Temps de lecture  5 min

Les chiens de la cohorte étaient également répartis en mâles et femelles, tous âgés de plus de 7 ans et de diverses races, dont le terrier écossais avec 2 cas (cliché Pixabay).
Les chiens de la cohorte étaient également répartis en mâles et femelles, tous âgés de plus de 7 ans et de diverses races, dont le terrier écossais avec 2 cas (cliché Pixabay).
 

Historiquement, le traitement chirurgical des tumeurs des surrénales a été associé à un pronostic réservé, en lien avec un risque de mortalité périopératoire, de récidive locale et de métastases à distance. Les résultats d'une étude rétrospective de 20 cas, publiés en libre accès dans l'Australian Veterinary Journal, sont plus optimistes, montrant que la surrénalectomie représente un traitement curatif, sans récidives ni métastases chez les chiens suivis.

Un suivi scanner en routine

Parmi les examens d'imagerie disponibles, le scanner a l'avantage de pouvoir distinguer les nouvelles tumeurs des récidives locales, et de détecter des métastases à distance. Il bien plus sensible que la radiographie thoracique ou l'échographie abdominale souvent proposée en pratique vétérinaire. Outre son intérêt pour le suivi postopératoire de la tumeur surrénalienne, le scanner permet de détecter au passage diverses autres affections, et de les prendre en charge au besoin

Les auteurs de cette étude recommandent ainsi en routine un bilan scanner 4 à 6 mois après la surrénalectomie, qui sera ensuite renouvelé à intervalles déterminés au cas par cas. Cette démarche, en place dans leur établissement (centre hospitalier vétérinaire universitaire de Perth en Australie), a permis d'analyser le suivi de 20 cas.

État des lieux préopératoire complet

Les chiens inclus avaient donc tous été pris en charge dans cet établissement, sur la période 2016-2026. Un scanner préopératoire (thoracique et abdominal) devait avoir été réalisé, afin de documenter toute anomalie concomitante à la tumeur surrénalienne. Et en effet, tous les chiens présentaient des lésions touchant d'autres organes, en particulier le rein, la vessie, le foie, la rate. Une arthrose, une discopathie, des troubles cardiaques, des masses cutanées… étaient également fréquents.

Ces chiens étaient exactement répartis entre mâles et femelles. La masse tumorale touchait la surrénale droite dans 14 cas, la gauche dans 5 cas et l'atteinte était bilatérale chez le dernier. L'examen scanner a mis en évidence diverses lésions associées : rupture extracapsulaire dans 2 cas, hémorragie intracapsulaire dans un autre, extension locale (thrombus tumoral) dans 8 cas.

Les chiens ont été traités par surrénalectomie (bilatérale dans un cas). Et une analyse histologique de la pièce d'exérèse a permis de caractériser la nature de la tumeur :

  • Un phéochromocytome dans 8 cas,
  • Un carcinome adrénocortical dans 5 cas,
  • Un adénome adrénocortical dans 7 cas (dont celui d'atteinte bilatérale).

D'autres gestes chirurgicaux ont été réalisés en parallèle de la surrénalectomie, en traitement des lésions observées au scanner (lobectomie hépatique, cystectomie, amputation d'un membre…).

Chez 5 chiens, la présence de métastases était initialement suspectée (au niveau de l'artère pulmonaire, du foie, de la rate, de l'omentum, des articulations). Mais l'analyse histologique des pièces d'exérèse, lorsqu'effectuée, a révélé des tumeurs d'autres origines.

Le suivi montre une évolution favorable

Un suivi de 4 mois au moins (incluant donc au moins un nouvel examen scanner) devait être renseigné dans le dossier médical pour l'inclusion des cas. Deux chiens ont bénéficié d'un troisième scanner ultérieur (17 et 29 mois après la chirurgie, respectivement), prescrit toutefois sans lien avec la tumeur surrénalienne initiale.

Les résultats montrent l'absence de récidive locale dans tous les cas. Une fibrose a été mise en évidence chez deux chiens : les auteurs soulignent que sans le scanner, ces complications fibrotiques bénignes auraient pu être confondues avec une récidive tumorale.

De possibles métastases ont été identifiées chez 5 chiens. Mais à l'exception du cas de masse au niveau de l'artère pulmonaire, qui était une récidive, la prise en charge de toutes les autres lésions a finalement révélé de nouvelles tumeurs, d'autres natures encore une fois (notamment hépatique, intestinale, pulmonaire).

De nouvelles affections ont été diagnostiquées par ailleurs, en particulier un ostéome pulmonaire (2 cas), de la boue biliaire (2 cas), une masse auriculaire, etc.

Aucun décès lié à la tumeur des surrénales

Un suivi à plus long terme était renseigné pour 16 chiens, dont 12 étaient toujours en vie à la fin de l'étude (après une durée médiane de 30 mois après la chirurgie de surrénalectomie).

Les chiens sont souvent âgés au moment du diagnostic de tumeur des surrénales ; l'âge médian est de 10 ans ici (avec un intervalle de 7-13 ans). Il est donc important, dans le suivi, de distinguer les cas de décès en lien avec les comorbidités déjà présentes au moment du diagnostic, de ceux liés à de nouvelles affections. Ainsi, parmi les 4 chiens décédés avant la fin de l'étude, 2 l'ont été des suites d'une tumeur hépatique, 1 d'un adénocarcinome pulmonaire récidivant et le dernier d'une dégradation de la qualité de vie. Les trois chiens décédés de cancers présentaient initialement un adénome adrénocortical surrénalien, ce qui permet de considérer que leur décès n'est pas lié à cette tumeur.

Les auteurs en concluent que la surrénalectomie est une intervention curative de la tumeur, indépendamment de sa nature et sa gravité (invasive ou non). Le pronostic de survie est excellent. Il est fait exception des cas de tumeur disséminée (aucun ici), que le scanner préopératoire aura justement permis de détecter et potentiellement d'écarter d'une chirurgie vouée à l'échec.

Les auteurs relèvent aussi l'intérêt du scanner dans le suivi, en pratique comme dans le cadre de la recherche. Il faisait probablement défaut dans d'autres études, amenant à suspecter des complications qui se seraient révélées être des affections indépendantes, parfois préexistantes, avec cet examen. De plus, ici, le scanner de suivi a permis d'observer de nouvelles lésions tumorales sur d'autres organes avant même l'apparition de signes cliniques, autorisant une exérèse précoce efficace.