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Proplan

27 avril 2026

Criblage des zoonoses portées par des souris congelées destinées à l'alimentation de reptiles

par Sylvain Larrat

Temps de lecture  3 min

Serpent des blés mangeant une souris
Pour les espèces qui consomment des rongeurs, les questions concernant les zoonoses doivent aussi prendre en compte les agents pathogènes pouvant être portés par les proies. Cliché : Virginia State Parks staff CC-BY 2.0.
Serpent des blés mangeant une souris
Pour les espèces qui consomment des rongeurs, les questions concernant les zoonoses doivent aussi prendre en compte les agents pathogènes pouvant être portés par les proies. Cliché : Virginia State Parks staff CC-BY 2.0.
 

Des rongeurs, principalement des souris et des rats, sont couramment utilisés pour nourrir des reptiles carnivores, certains amphibiens, des oiseaux de proie et un certain nombre d'animaux exotiques, qu'ils soient détenus par des amateurs, des zoos ou d'autres institutions. Dans le cadre de la prévention de la transmission de zoonoses, il est donc important de prendre en compte non seulement les agents pathogènes qui peuvent être portés par les animaux détenus, mais aussi ceux portés par leurs proies. Or, les rongeurs sont des porteurs potentiels d'une grande diversité de pathogènes zoonotiques.

Criblage des espèces

Certaines institutions élèvent localement les proies des animaux carnivores qu'elles hébergent. Mais il est plus fréquent que ces rongeurs soient achetés congelés auprès de distributeurs. Afin d'évaluer le risque zoonotique associé à l'achat de souris congelées, une équipe américaine a recherché la présence de 6 groupes d'agents pathogènes zoonotiques :

  • Cryptosporidium spp.,
  • le virus Hantaan (responsable de fièvres hémorragiques avec syndrome rénal),
  • Leptospira spp.,
  • le virus de la chorioméningite lymphocytaire,
  • Salmonella spp.,
  • et Streptobacillus moniliformis, (agent de la “rat bite fever”).

Souris congelées de dix fournisseurs

Ces scientifiques ont acheté des souris congelées auprès de dix fournisseurs différents. Ils ont réalisé des écouvillons buccaux et rectaux sur dix souris, ainsi que des prélèvements fécaux sur trois souris, le tout pour chacun des fournisseurs. Les prélèvements de même type et de même provenance ont été regroupés, avant d'être testés en PCR, puis, au besoin, caractérisés par séquençage. De manière encourageante, la majorité des tests effectués étaient négatifs. Le seul groupe d'agents pathogènes mis en évidence était Cryptosporidium spp. En revanche, il a été détecté chez huit des dix fournisseurs. Pour six d'entre eux, l'espèce mise en évidence était Cryptosporidium tyzzeri, une espèce de cryptosporidie adaptée aux rongeurs. Cette cryptosporidie est proche de Cryptosporidium parvum et a été impliquée dans des cryptosporidioses chez des patients humains. Les deux autres espèces de cryptosporidies identifiées étaient mal connues, et leur potentiel zoonotique incertain.

Implications pratiques

Tout d'abord, il est important de noter que le fait de détecter de l'ADN de cryptosporidies dans les déjections de souris congelées ne suffit pas à conclure à un risque zoonotique à les manipuler. En effet, la congélation pourrait inactiver certains parasites. Aucune donnée spécifique concernant C. tyzzeri n'est disponible, mais C. parvum peut survivre à la congélation. Toutefois, un froid suffisamment intense (-18°C) et prolongé (>7 jours) inactive C. parvum. À titre de comparaison, la prévalence individuelle (et non groupée comme décrite ici) de C. tyzzeri au sein de différentes populations de rongeurs sauvages ou captifs est rapportée entre 2,4 % et 9,1 %. Par ailleurs, des cryptosporidies sont à l'origine de maladies incurables et souvent sévères chez des serpents (C. serpentis) et des lézards (C. varanii). Les patients infectés sont souvent débilités et il n'est pas rare de devoir les euthanasier. Comme les cryptosporidies des rongeurs ne sont pas différenciables de celles des reptiles microscopiquement, la coproscopie ne peut constituer à elle seule la base du diagnostic, et il faut recourir à la PCR.

Enfin, si les résultats de la recherche des pathogènes zoonotiques les plus graves se sont avérés négatifs dans l'étude décrite ici, ils ne présagent pas de la situation dans d'autres contextes, ni chez les autres espèces de rongeurs. Il peut donc être pertinent pour les vétérinaires de rappeler aux propriétaires d'animaux consommateurs de rongeurs qu'il est important de bien suivre les principes d'hygiène de base, et qu'ils doivent mentionner leurs contacts avec des rongeurs à leur médecin s'ils tombent eux-mêmes malades.