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Proplan

12 juin 2026

Décès périanesthésiques : des facteurs de risque mais peu de causes précises

par Agnès Faessel

Temps de lecture  5 min

Le risque de décès des chats anesthésiés est globalement supérieur à celui des chiens en pratique vétérinaire (cliché Annie Corbin).
Le risque de décès des chats anesthésiés est globalement supérieur à celui des chiens en pratique vétérinaire (cliché Annie Corbin).
 

Malgré les grands progrès effectués en anesthésie vétérinaire, le taux de mortalité périanesthésique des chiens et des chats reste supérieur à celui rapporté en médecine humaine (il serait de 10 à 100 fois supérieur). Ces décès sont difficiles à accepter, pour le propriétaire comme pour l'équipe vétérinaire.

Afin d'identifier les animaux à risque élevé, et améliorer ainsi leur surveillance, des chercheurs canadiens ont analysé les connaissances scientifiques actuelles sur le sujet. Cette revue de la littérature (publiée en libre accès) peine néanmoins à préciser l'origine de la mort et donc les profils à risque.

Des données difficilement comparables

Les chercheurs ont identifié 122 publications correspondant à leurs critères de sélection (exclusion faite des études expérimentales par exemple, ou cantonnées à une intervention chirurgicale précise).

Leur analyse s'est heurtée au manque d'harmonie sur la définition d'un décès périanesthésique (la période retenue par exemple) ou sur la procédure anesthésique considérée (anesthésie générale, locale, sédation). Selon une étude du CEPSAF (Confidential Enquiry into Perioperative Small Animal Fatalities), la plupart des décès périanesthésiques surviennent dans les 3 heures suivant la fin de l'anesthésie.

Enfin, les causes des décès considérés peuvent varier, seuls ceux résultant d'un arrêt cardiaque, par exemple, sont retenus dans certaines publications alors que d'autres les considèrent toutes. L'étude du CEPSAF écartait les décès secondaires à une maladie préexistante ou à la procédure chirurgicale (une hémorragie lors de l'exérèse d'une tumeur splénique par exemple).

Les auteurs proposent, à l'avenir, de définir les cas de mortalité préanesthésique comme suit : « décès ou euthanasies survenus dans les 14 jours suivant une anesthésie ou une sédation, pour lesquels l'anesthésie ne peut être exclue comme cause directe ou comme facteur contributif (sur la base des antécédents cliniques et de l'examen post-mortem), après exclusion d'une maladie sous-jacente et/ou de complications chirurgicales comme cause directe du décès ».

Des facteurs liés à l'animal…

  • Les études menées identifient uniformément l'état de santé de l'animal, chien comme chat, comme lié au risque de décès périanesthésique. Ainsi, le stade ASA est positivement corrélé à ce risque. Encore faut-il le déterminer en pratique, avant l'intervention. Les auteurs relèvent que cette classification n'est pas systématiquement utilisée par les vétérinaires.
  • L'âge de l'animal influence également le risque de décès, d'après plusieurs études : les animaux âgés ainsi que les chiots les chatons présentent un risque plus élevé. L'origine est multifactorielle, associant des causes pathophysiologiques (immunité, comorbidités) comme matérielles (inadéquation de l'équipement de la clinique).
  • Enfin, le poids de l'animal intervient, dans les deux sens : les animaux les plus lourds comme les plus légers – et ainsi les chats par comparaison aux chiens – sont plus à risque. Les plus petits le sont potentiellement en lien avec la prédisposition à l'hypothermie et le risque de surdosage des anesthésiques. Le surpoids et l'obésité, de leur côté, augmentent les risques : les doses administrées sont plus élevées et la cage thoracique est davantage comprimée par l'abdomen, favorisant les troubles respiratoires.

… et d'autres à la procédure anesthésique

D'autres facteurs de risque sont associés à l'anesthésie et la chirurgie :

  • Le type et l'urgence de l'intervention (sur un animal malade, en situation de sous-effectif…) ;
  • Le protocole anesthésique (molécules et stade c'est-à-dire prémédication, induction, maintenance ou période post-anesthésique) ;
  • L'équipement de la clinique (monitoring) ;
  • L'expérience des équipes et les pratiques suivies (dédier une personne à la surveillance de l'anesthésie comme en médecine humaine, par exemple, permet de détecter et traiter les anomalies plus rapidement). Une erreur humaine peut être à l'origine du décès de l'animal (suite à un défaut de communication, un mauvais geste…).

Chien versus chat

Quelques spécificités d'espèce sont relevées. La variabilité phénotypique est plus importante chez les chiens, aboutissant à des risques spécifiques selon les races. La brachycéphalie, en particulier, est associée à un surrisque.

Chez les chats, le risque de mortalité périanesthésique est globalement plus élevé que chez les chiens, potentiellement en lien avec leur petite taille et les difficultés de l'intubation endotrachéale. Des études rapportent la fluidothérapie comme associée au risque chez les chats, plus exposés à une surcharge volémique, du fait de leur taille encore et, possiblement, de la prévalence élevée des troubles cardiaques dans cette espèce.

Autopsies : rares et peu conclusives

La cause de la mort, lorsque précisée, se cantonne souvent au système défaillant : cardiovasculaire ou respiratoire en règle générale. Seules 4 études publiées ont porté sur les résultats d'autopsie des animaux décédés en période périanesthésique. Et l'examen échoue souvent à identifier des lésions spécifiques permettant d'établir la cause précise de la mort, ou son mécanisme pathologique.

  • Les principales causes cardiovasculaires rapportées sont l'arrêt cardiaque, le collapsus cardiovasculaire, l'hypovolémie, l'hémorragie.
  • Et les principales causes respiratoires sont le laryngospasme, la pneumonie d'aspiration, l'obstruction des voies aériennes supérieures et la hernie diaphragmatique.
  • Mais d'autres défaillances organiques peuvent être responsables du décès, par exemple une ischémie rénale, une rupture de l'œsophage, des crises convulsives (hypoglycémie)…

Les auteurs appellent alors à réaliser ou faire réaliser plus régulièrement des autopsies, en fournissant un dossier le plus complet possible aux pathologistes, le cas échéant, et en élargissant les examens pratiqués (analyses toxicologiques par exemple, pour identifier un surdosage notamment). Des radiographies du corps avant autopsie peuvent être intéressantes. Car bien que l'examen post-mortem ne permette pas toujours de déterminer avec certitude la cause de la mort, il peut contribuer à confirmer ou infirmer certains processus et se révéler utile pour une meilleure compréhension de la mortalité périanesthésique. Ces investigations sont évidemment coûteuses…

Les auteurs soulignent par ailleurs que si les pratiques d'anesthésie ont grandement progressé au cours de ces dernières décennies, laissant espérer une baisse de la mortalité, les techniques de soins ont évolué aussi, amenant à anesthésier et opérer des animaux à des stades ASA élevés, et à réaliser des interventions particulièrement délicates, à risque plus élevé d'échec et de mortalité