4 septembre 2026
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La maladie rénale chronique (MRC) est plutôt une maladie du vieil animal. Mais occasionnellement, elle peut survenir précocement, sans cause établie. Car des causes primaires sont connues, dont une malformation du rein, une glomérulonéphropathie héréditaire, une polykystose rénale, une pyélonéphrite, une insuffisance rénale aiguë.
Afin de décrire les caractéristiques cliniques et pronostiques de cette MRC « juvénile » d'origine indéterminée, une équipe japonaise a passé en revue une série de 36 cas, diagnostiqués dans leur établissement (hôpital vétérinaire universitaire de Tokyo) sur une période de 14 ans (nov. 2010-déc. 2024) ; c'est dire si ces affections sont peu courantes.
Les chiens étaient âgés de moins de 3 ans au moment du diagnostic, basé sur une azotémie rénale persistante et/ou des anomalies évocatrices à l'échographie (ce qui était le cas pour tous les chiens dans le groupe étudié, notamment des reins de taille réduite, aux contours irréguliers, un défaut de différenciation entre corticale et médullaire, une dilatation du pelvis rénal).
La MRC était sans cause établie : un historique d'insuffisance rénale aiguë ou la suspicion d'une pyélonéphrite ou d'une glomérulopathie primaire, par exemple, était un critère d'exclusion.
En incluant les croisés (n=3), 19 races étaient représentées, les plus fréquentes étant le labrador (n=5) et le shetland (n=5). Le poids est ainsi très variable (1,6 à 43,8 kg, médiane à 9,4 kg). Les petits chiens (<10 kg) sont majoritaires (n=19) ; 5 dépassaient 25 kg.
Des malformations rénales ont antérieurement été rapportées chez le golden retriever, le shih-tzu, le caniche et le bouvier bernois, des races représentées ici. Selon les auteurs, ces malformations font probablement partie des principales causes de ces cas de MRC juvéniles, qu'il est difficile d'établir sans analyse histologique du rein. Une pyélonéphrite chronique représente également une cause sous-jacente possible.
Le groupe compte le double de femelles (n=24) que de mâles (n=12). L'âge médian est de 0,8 ans au diagnostic (entre 0,3 et 2,5 ans).
Selon la classification IRIS, ces cas étaient répartis comme suit au moment du diagnostic.
En majorité, ces cas étaient ainsi de relativement faible gravité au diagnostic, mais un tiers étaient de stade avancé voire terminal (3 ou 4).
Les principales anomalies cliniques associées sont une hyperphosphatémie (près de 70 % des cas) et, lorsqu'évaluée, une protéinurie (35 %). Les autres complications sont peu importantes : aucun chien ne présentait de signe d'affection des voies urinaires basses, ni d'hypertension artérielle systémique (rapportée pourtant dans d'autres études, sur le boxer en particulier). Toutefois, les cas de protéinurie sévère, souvent associés à une hypertension systémique, avaient été exclus, car leur MRC était probablement secondaire à une glomérulopathie et ne rentraient donc pas dans le champ de l'étude. Cela peut expliquer cette absence de cas d'hypertension.
L'évolution dans le temps était renseignée pour 28 chiens : 5 de stade 1, 13 de stade 2, 8 de stade 3 et 2 de stade 4. Les principales mesures thérapeutiques mises en place étaient la distribution d'un aliment à visée rénale, l'administration d'un chélateur du phosphore, d'un IECA.
La progression de la maladie était définie comme une augmentation de plus de 25 % de la créatininémie. Elle a été observée durant le suivi des trois quarts des cas : 4/5 des stades 1, 7/13 des stades 2, et tous les chiens des stades 3 et 4 (8/8 et 2/2).
Notamment, tous les stades 3 (8/8) ont évolué vers le stade 4, et rapidement : en 192 jours en médiane (6 mois). Lorsqu'observée, l'évolution vers le stade 4 des chiens initialement au stade 1 (1 cas) ou 2 (4 cas) a été relativement rapide aussi : environ 7 ans et 2,8 ans, respectivement. Au global, ces 13 chiens ont atteint le stade 4 dès l'âge de 2 ans en médiane.
Le seul paramètre significativement associé à la progression (dans l'analyse multivariée) est la calcémie totale au diagnostic, laquelle pourrait (mieux que la phosphatémie) refléter les troubles du métabolisme minéral chez ces jeunes chiens, parfois encore en croissance. Ni les autres paramètres biologiques ni les mesures thérapeutiques ne le sont ; le bénéfice de celles dont le but est de réduire la phosphatémie, naturellement élevée chez les chiots, est ainsi à évaluer.
Les auteurs relèvent en particulier que la protéinurie (légère chez ces chiens) n'est pas liée au risque de progression. Son importance clinique et l'intérêt de son traitement restent aussi à évaluer.
Le décès du chien a été rapporté dans 10 cas sur les 28 disposant d'un suivi, d'une insuffisance rénale pour 8 d'entre eux (d'une autre cause pour les 2 derniers).
Le délai de survie médian de ces chiens est ainsi limité : il est de 1461 jours en médiane, soit 4 ans. Il est (logiquement) plus long pour les stades 1 et 2 (2613 jours et 2620 jours, respectivement, soit 7 ans environ) que pour les stades 3 et 4 (427 jours soit à peine plus de 1 an, voir figure en illustration principale).
Les chiens avaient 3,2 ans en médiane au moment de leur mort.
Les deux chiens décédés d'une autre cause que rénale étaient de stade 2 au diagnostic. Ils ont vécu longtemps (7 et 10 ans), sans progression de la MRC dans un cas, ce qui montre que le pronostic peut tout de même êtrefavorable à long terme dans les cas d'atteinte légère (premiers stades).
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