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Proplan

11 mai 2026

Dans l'ouest d'Auvergne-Rhône Alpes, l'encéphalite à tiques 3e cause d'encéphalite infectieuse humaine

par Vincent Dedet

Temps de lecture  3 min

Localisation des cas d'encéphalite à tiques chez les patients présentant des symptômes neurologiques aigus ou subaigus, hospitalisés au CHU de Saint-Étienne entre 2021 et 2023. Mayer et coll., 2026.
Localisation des cas d'encéphalite à tiques chez les patients présentant des symptômes neurologiques aigus ou subaigus, hospitalisés au CHU de Saint-Étienne entre 2021 et 2023. Mayer et coll., 2026.
 

« Dans l'ouest de la région Auvergne-Rhône Alpes [AURA], le dépistage de l'encéphalite à tiques doit être systématique chez les patients présentant des symptômes évocateurs, et la prévention doit être une priorité ». Telle est la conclusion d'une étude rétrospective des cas d'encéphalite identifiés sur trois ans aux CHU de Saint-Étienne, publié début mai.

Étude rétrospective

Il y a un an, Santé Publique France et l'Anses signalaient l'extension de la zone de circulation du virus de l'encéphalite à tiques (TBEV) depuis son berceau “historique” alsacien vers le sud et le centre, en particulier Auvergne-Rhône Alpes. Au point que cette région concentre 42 % des cas détectés en France entre 2021 et 2023. Aussi, les infectiologues du CHU de Saint-Étienne (où le premier cas à TBEV remonte à 2017), avec le centre national de référence sur les arboviroses, ont réalisé une étude rétrospective sur les cas humains d'encéphalite infectieuse survenus dans leur zone. Ils ont « inclus rétrospectivement les patients [du CHU] âgés de plus de deux ans qui présentaient des symptômes neurologiques évoluant pendant une période allant jusqu'à trois mois et dont un échantillon de LCR a été envoyé pour analyse microbiologique, entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre 2023 ».

Sept cas…

Ils ont identifié 532 patients correspondant à ces critères. Les analyses réalisées étaient la recherche d'IgM et IgG anti-TBEV (en Elisa sur liquide céphalorachidien). Pour ces patients, les auteurs ont aussi recherché l'existence de sérum congelé, datant de leur séjour hospitalier, pour éventuelle confirmation de l'infection par sérologie (test par immunochimioluminescence pour détection d'IgM et IgG anti-TBEV et confirmation par séroneutralisation). Ils obtiennent au final 7 cas confirmés d'encéphalite à TBEV (soit 1,3 %) : six patients atteints de méningo-encéphalite et un de méningite. Ainsi, le TBEV figure « parmi les trois causes les plus fréquentes d'encéphalite infectieuse (encéphalite/méningo-encéphalite), avec le virus herpès simplex (7 cas) et le virus varicelle-zona (6 cas) ».

… dont un “nouveau”

Pour les 7 cas (quatre hommes et trois femmes, âgés de 11 à 73 ans), il s'agissait d'infection autochtone. Pour 6 d'entre eux, la suspicion d'infection à TBEV avait été réalisée pendant leur prise en charge, mais le diagnostic n'avait été obtenu avant la décharge de l'hôpital que pour deux d'entre eux. Pour deux autres, ce diagnostic avait été établi dans le mois suivant, et plus de deux mois après pour les deux derniers cas. Pour le 7e cas, le TBEV « n'avait pas été suspecté [pendant l'hospitalisation] et aucun test de laboratoire n'avait été effectué dans le cadre clinique, même si la patiente était immunodéprimée et présentait une maladie biphasique typique et une méningo-encéphalite lymphocytaire ».

La durée médiane du séjour hospitalier était de 11 jours (16 jours au plus) et trois patients ont nécessité des soins intensifs (aucun décès).

Transmission : pas de certitude

Pour un seul des sept patients, le dossier médical comprenait la mention d'une morsure de tique. Pour les autres, « la voie de contamination n'était pas claire », soit liée à une morsure de tique non signalée, soit à la transmission alimentaire (produits au lait cru). Les facteurs de risque habituels ne sont pas détaillés, mais l'un des cas était un adolescent vivant sur une exploitation agricole. Enfin, ces sept patients résidaient dans « deux villages du massif du Pilat, dans la Loire (deux cas signalés dans chaque village, en 2022 et 2023), deux villages de la même zone forestière en Ardèche et un village de Haute-Loire ».

Outre l'appel à la vigilance et à la formation des personnels de santé, les auteurs soulignent que des efforts de communication restent à réaliser auprès du grand public pour la prévention de cette maladie. D'autant qu'un vaccin efficace existe et est disponible. Car, rappellent-ils, « l'OMS recommande la vaccination pour tous les groupes d'âge dans les régions où l'incidence annuelle dépasse cinq cas pour 100 000 habitants ». C'est le cas dans les deux villages pris en compte ici, où le « taux d'incidence [est estimé à] 13 cas pour 100 000 habitants par an ».