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Proplan

31 août 2026

Tremblements aigus après une promenade : pas une, mais des neuromycotoxines…

par Vincent Dedet

Temps de lecture  3 min

Les toxines de Penicillium crustosum, champignon d'altération des aliments à forte teneur protéique, peuvent provoquer des intoxications graves chez les chiens… Morphologie des colonies (à gauche) et caractéristiques microscopiques de Penicillium crustosum en culture (à droite) ; la barre d'échelle représente 20 µm. Ondrejková et coll., 2023.
Les toxines de Penicillium crustosum, champignon d'altération des aliments à forte teneur protéique, peuvent provoquer des intoxications graves chez les chiens… Morphologie des colonies (à gauche) et caractéristiques microscopiques de Penicillium crustosum en culture (à droite) ; la barre d'échelle représente 20 µm. Ondrejková et coll., 2023.
 

L'intoxication de chiens par des mycotoxines à effet neurologique, liée à leur attrait pour les déchets moisis/en décomposition, peut se solder par un tableau clinique dominé par les tremblements généralisés, d'apparition brutale. La revue de cinq cas avérés de telles intoxications trémorgènes, pour l'essentiel le penitrem A (PTA), publiée par des cliniciens de la faculté vétérinaire de Giessen (Allemagne) et différents chimistes et biochimistes, confirme que ces cas spectaculaires peuvent être contrôlés par une prise en charge standard. Mais qu'il n'y a pas qu'une mycotoxine en cause.

Apparition rapide des signes neurologiques

Les cinq cas ont été présentés aux urgences petits animaux de la faculté entre octobre 2022 et juin 2023, signe que ce type d'intoxication n'est pas anecdotique. Tous les chiens sont arrivés avec des tremblements, mais un seul des 5 présentait des vomissements (voir le tableau ci-dessous). Tous avaient ingéré des matières organiques, parfois à l'insu du propriétaire (intervention trop tardive) peu avant l'apparition des signes cliniques. Tous ont eu une prise en charge symptomatique :

  • lavage gastrique (un chien) ou induction de vomissements, avec collecte d'une partie du contenu gastrique pour analyses (voir plus loin),
  • administration orale de charbon activé,
  • fluidothérapie.

Ils ont tous été remis en bonne santé à leur maître, entre 1 et 5 jours après leur admission.

Anamnèse et principaux signes cliniques des 5 cas d'intoxication trémorgène décrit dans cette série de cas. D'après Hart et coll., 2026.

 

Plusieurs mycotoxines trémorgènes

Les analyses pour recherche de mycotoxines ont été réalisées sur 1 g de fluide gastrique (contenant de petites particules). Comme ils disposent d'un réseau d'investigateurs en biologie, les auteurs ont utilisé un Elisa-antigène maison au regard du PTA (mycotoxine à effet trémorgène, produite par Penicillium curstosum), de l'acide α-cyclopiazonique (CPA, autre mycotoxine neurotoxique) et des alcaloïdes de l'ergot de seigle. Les prélèvements de tous les chiens étaient positifs, certains très fortement, au PTA et aux alcaloïdes de l'ergot. Certains contenaient aussi de la paxilline (autre mycotoxine à effet trémorgène, produite par P. paxilli).

Deux confirmations pour les penitrems

L'exploration des fluides gastriques en chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem a confirmé que tous les prélèvements contenaient des penitrems « en cocktail » (il y en a 5, nommés de A à E) avec soit dominance du penitrem A (PTA), soit du E. Les alcaloïdes et la paxilline n'ont pas été recherchés par cette méthode. Enfin, ils ont détecté par la même méthode les PTA et PTB dans le sérum de deux des chiens, et le CPA chez un troisième. En parallèle, les auteurs ont prélevé par écouvillon ces mêmes fluides gastriques, pour mise en culture sur milieu pour mycologie (gélose Sabouraud pour 5 jours à 25° C). Penicillium crustosum a été obtenu pour chacun des 5 chiens, seul (2 cas) ou avec un autre champignon du genre Mucor (espèce saprophyte), mais aucun avec P. paxilli. Seules les souches de P. crustosum ont été trouvées productrices de PTA, et elles ne produisaient aucune des autres mycotoxines identifiées dans les fluides gastriques.

Confirmation d'exclusion

Les auteurs rappellent que « la mycotoxine trémorgène la plus puissante et la plus significative sur le plan clinique est le PTA, un indole-diterpène lipophile qui traverse aisément la barrière hémato-encéphalique. [Il] est rapidement absorbé après l'exposition, comme en témoigne l'apparition aiguë de signes cliniques, bien que les données quantitatives sur l'absorption fassent défaut ». En France, une revue des cas identifiés au CAPAE-Ouest entre 2002 et 2017 indique que seuls deux cas sur 76 intoxications trémorgènes ont reçu une confirmation analytique. Dans le cas présent, les auteurs expliquent avoir eu recours à l'analyse de confirmation avant tout pour exclure des intoxications au chloralose ou à la strychnine, auquel cas un dossier judiciaire pourrait être documenté. Toutefois, « les mélanges de mycotoxines neurotoxiques puissantes présent dans les contenus gastriques, tels que trouvés ici, n'avait pas été signalé auparavant ». Ces mélanges « pourraient avoir un effet synergique », délétère pour les chiens.

Quant à l'origine des composés autres que les penitrem dans les fluides gastriques, les auteurs évoquent la possible présence d'une autre espèce de champignon, pas encore identifiée. Il reste que « ce travail présente l'ensemble de données analytiques le plus complet à ce jour sur la mycotoxicose trémorgène ».