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Proplan

14 août 2026

Diabète canin : 13 % des chiens sont euthanasiés à l'annonce du diagnostic

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

Courbe de survie de Kaplan-Meier des 1353 chiens de l'étude à partir de la date du diagnostic de diabète sucré (d'après Roberts et al., JSAP, 2026).
Courbe de survie de Kaplan-Meier des 1353 chiens de l'étude à partir de la date du diagnostic de diabète sucré (d'après Roberts et al., JSAP, 2026).
 

D'anciennes études évaluaient à un tiers environ la proportion de chiens diabétiques euthanasiés à l'annonce du diagnostic de la maladie. L'évolution des moyens thérapeutiques a fait chuter ce taux, descendu à environ 1 cas sur 10 selon des études plus récentes menées aux États-Unis et en Europe. Et une nouvelle étude australienne vient corroborer ce chiffre.

Toutefois, les euthanasies à moyen terme demeurent très fréquentes. Les auteurs de ces travaux se sont attachés à en préciser les motifs.

Le « VetCompass » australien

Cette étude épidémiologique a été menée dans le cadre du programme VetCompass décliné en Australie d'après le modèle britannique. Elle repose ainsi sur l'analyse rétrospective d'une cohorte de chiens diabétiques, à partir des dossiers médicaux transmis par les 172 cliniques généralistes participantes.

Sur une large période (2008-2017), un diagnostic de diabète sucré avait été posé chez 2078 chiens, dont le devenir les mois suivants a été étudié ; un suivi d'au moins 7 jours devait être renseigné (les chiens perdus de vue durant l'intervalle étaient exclus).

Seuls 71 % des chiens ont bénéficié d'une insulinothérapie ; dans 29 % des cas, le diabète n'a pas été spécifiquement traité.

À l'issue de la période d'étude, 23 % des chiens étaient encore en vie (n=472). Les autres avaient été euthanasiés (n=1497 soit 72 %) ou étaient décédés sans assistance (n=109 soit 5 %).

Les cas par euthanasie ont alors été distingués selon qu'ils étaient ou non liés à la maladie. Seuls ceux liés au diabète ont été considérés, soit un groupe de 1353 chiens.

Des euthanasies précoces

Le délai entre le diagnostic de la maladie et l'euthanasie montre que cette décision est le plus souvent précoce (voir figure en illustration principale) :

  • 13 % des chiens diabétiques sont euthanasiés le jour même, suite à l'annonce du diagnostic, sans tentative de traitement ;
  • 28 % de ces chiens sont euthanasiés dans la semaine (7 jours, proportion cumulée) ;
  • 34 % le sont dans le mois ;
  • 41 % dans les 3 mois ;
  • 46 % dans les 6 mois ;
  • 53 % dans les 12 mois.

Ces proportions à 6 et 12 mois sont ainsi très élevées, davantage qu'estimé dans d'autres études. Le protocole suivi ici permet probablement de considérer ces chiffres comme particulièrement robustes.

La qualité de vie du chien, premier motif d'euthanasie

La raison motivant le choix d'euthanasie était précisée pour 826 chiens. Il s'agissait principalement de la crainte d'une mauvaise qualité de vie de l'animal (pour 239/1353 chiens soit 18 %), de l'incapacité ou la réticence du propriétaire à réaliser des injections (17 % des chiens), et du coût de traitement (9 %).

Des motifs plus médicaux, comme une acidocétose diabétique ou une cataracte secondaire au diabète, ou des difficultés à stabiliser la glycémie, sont des motifs moins souvent évoqués.

L'âge mais aussi la race et le sexe influencent le choix

Les auteurs ont aussi recherché les paramètres significativement associés à la décision d'euthanasie.

  • Dans les 12 mois suivant le diagnostic, parmi les paramètres démographiques des chiens, l'âge (≥ 10 ans) est associé à un surrisque important d'euthanasie (risque x2,4), de même que le statut sexuel (chien non stérilisé, risque x1,9), le sexe (femelle, risque x1,1) et la race (prédisposée au diabète sucré, risque x1,2).
  • Pour les euthanasies plus tardives (au-delà de 12 mois), les paramètres significatifs s'inversent, avec le sexe femelle, l'absence de stérilisation et une race à risque identifiés comme protecteurs du risque d'euthanasie, ce qui peut toutefois refléter un biais de survie (le succès de la prise en charge chez ces chiens motivant la poursuite des efforts). L'âge avancé, en revanche, reste un facteur d'augmentation du risque (risque x1,2).

L'âge du chien était déjà identifié comme un facteur de risque d'euthanasie dans le contexte du diabète sucré, probablement en lien avec la plus courte espérance de vie de l'animal, qui peut démotiver le propriétaire à conduire le traitement, mais aussi l'existence de comorbidités et une qualité de vie déjà dégradée. La prédisposition raciale pourrait refléter un défaut d'information du propriétaire sur ce risque. Quant au statut sexuel, outre les plus grandes difficultés à équilibrer le diabète chez un animal non stérilisé (les femelles en particulier), celui-ci peut aussi être globalement moins médicalisé, appartenant à des propriétaires moins enclins à mettre en place des soins médicaux. Et l'effet « protecteur » observé après 12 mois pourrait aussi refléter les effets d'une stérilisation finalement effectuée.

Soutenir les propriétaires les 6 premiers mois

Ainsi, les motifs d'une euthanasie sont liés à l'animal et à son propriétaire. Et même s'il s'agit d'un processus grandement multifactoriel, le vétérinaire peut intervenir dans la décision, grâce à son expertise de la maladie et des moyens thérapeutiques, mais aussi à son accompagnement dans la prise en charge – comme pour nombre de maladies chroniques –, qui inquiète et épuise le propriétaire.

La proportion de chiens euthanasiés monte fortement durant les 6 premiers mois qui suivent le diagnostic. Les efforts pour stabiliser le diabète et le soutien des propriétaires apparaissent donc cruciaux durant cette période.