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Proplan

23 juin 2026

Baisse de l'olfaction chez les chiens âgés : une fatalité que l'entraînement évite

par Pascale Pibot

Temps de lecture  6 min

Le vieillissement altère les performances olfactives des chiens, mais un entraînement régulier peut compenser l'effet de l'âge (cliché Pixabay).
Le vieillissement altère les performances olfactives des chiens, mais un entraînement régulier peut compenser l'effet de l'âge (cliché Pixabay).
 

Un déclin de la fonction olfactive avec l'âge a été observé dans diverses espèces mais peu d'études se sont penchées sur le cas particulier du chien, alors qu'il semble important de connaître la fiabilité des performances des chiens de détection lorsqu'ils vieillissent.

Pour évaluer l'impact de l'âge sur les capacités olfactives des chiens et établir un éventuel lien avec le déclin des fonctions cognitives, des chercheurs de l'Université d'Auburn (Alabama, États-Unis) ont réalisé une étude avec 65 chiens âgés de 5 à 15 ans (âge moyen de 7,78 ans).

Deux types de tests standardisés

La cohorte comprenait 41 femelles et 24 mâles, de race pure ou croisés. Neuf chiens de détection faisaient partie de l'échantillon, les autres étaient des chiens de compagnie.

Un questionnaire a été complété par les propriétaires pour renseigner l'âge, le sexe, la race et le statut sexuel des chiens, ainsi que leur historique en matière de performances cognitives. Des questions visaient aussi à évaluer un éventuel déficit cognitif.

Deux types de tests ont ensuite été utilisés pour évaluer les performances olfactives : le Natural Detection Task (NDT) et le Cylinder Reversal Task (CRT).

Test NDT : l'âge mais aussi d'autres paramètres affectent l'olfaction

Le test NDT consiste à vérifier si un chien est capable de localiser un aliment même dans des conditions pouvant perturber la détection olfactive.

Ici, le stimulus olfactif était une récompense alimentaire (saveur bœuf). Des alternatives ont été utilisées en cas de manque d'appétence ou de restriction alimentaire mais la taille des friandises était toujours la même. Les chercheurs ont également testé la sélectivité des chiens, en ajoutant une odeur de fond à l'odeur cible grâce à la présence de disques de coton imbibés de marc de café.

Les friandises étaient disposées dans des boîtes spécialement conçues pour le test, dont le couvercle permet au chien de renifler le contenu sans contact visuel ni physique avec l'aliment. Deux expérimentateurs ont respectivement analysé les comportements des chiens et chronométré les essais, effectués selon différentes modalités pour faire varier l'intensité olfactive de la friandise. À chaque étape, les chiens devaient effectuer trois essais corrects avant de passer à la suivante. Si, à trois reprises, un chien ne fournissait pas de réponse dans le temps imparti pour l'essai, il était soumis directement au test suivant (CRT).

Sur les 65 chiens de l'étude, 21 n'ont pas terminé le test NDT. Le taux d'achèvement du test était significativement influencé par l'âge et le niveau d'entraînement : les chiens plus âgés étaient moins susceptibles d'achever le test alors que les chiens préalablement entraînés à la détection olfactive étaient plus susceptibles d'aller jusqu'au bout du NDT.

Les conditions de réalisation du test ont permis de mettre en évidence l'impact potentiel d'autres facteurs que la capacité olfactive, tels que la fatigue, la compréhension de la tâche et la motivation du chien. L'impact du niveau d'entraînement suggère que, bien que ce test ait été conçu pour ne pas nécessiter d'entraînement préalable, la motivation et la compréhension de la tâche peuvent quand même être influencées par les expériences antérieures.

Test CRT : pas de lien entre olfaction et déclin cognitif

Le test CRT a ensuite été utilisé pour évaluer le contrôle inhibiteur des chiens et établir un lien éventuel avec le syndrome de dysfonctionnement cognitif canin (SDCC).

Pour sa réalisation, un cylindre en plastique à extrémités ouvertes est fixé horizontalement à une planche de bois et placé à 1 mètre du chien. Pendant la phase d'apprentissage, le cylindre utilisé est opaque, et les chiens apprennent à extraire une friandise placée à l'intérieur. Pendant la phase de test, le cylindre est transparent. Au début de chaque essai, un premier expérimentateur attirait l'attention du chien puis plaçait la friandise à l'intérieur du cylindre. Le chien était alors lâché et disposait de 15 essais pour réussir à obtenir la friandise.

Ce test permet de vérifier si les chiens sont capables d'inhiber leur réponse spontanée (qui consiste à se diriger directement vers la friandise, visible depuis l'extérieur du tube) et de s'orienter vers l'une des ouvertures du cylindre. L'essai est considéré comme réussi si le chien récupère la friandise sans toucher l'extérieur du cylindre, et incorrect s'il touche l'extérieur du cylindre avant de récupérer la friandise.

Aucun effet significatif de l'âge n'a été observé sur les performances au CRT et aucune corrélation directe n'a été établie entre le déclin cognitif et l'olfaction. Selon les auteurs de l'étude, des effets supplémentaires liés à l'âge auraient probablement été observés si un plus grand nombre de chiens âgés et même gériatriques avaient été inclus. En revanche, les réponses au questionnaire ont montré que l'âge du chien était associé à une diminution de l'énergie, de la persévérance, et à une augmentation du score pouvant faire suspecter la présence d'un syndrome de dysfonctionnement cognitif (SDC).

Un effet âge mitigé par l'entraînement

Globalement, les résultats de cette étude confirment que les performances olfactives des chiens déclinent avec l'âge ; toutefois, l'effet négatif de l'âge dépend de leur niveau d'entraînement préalable. Une moins bonne précision de détection olfactive n'est observée que chez les chiens âgés peu ou pas habitués à exécuter ce type d'exercice. L'entraînement influence donc positivement la réussite aux tests de détection olfactive, quel que soit l'âge de l'animal.

Ces résultats sont en accord avec les conclusions d'autres études indiquant que l'expérience agit comme un tampon neuroprotecteur contre le déclin cognitif. Les performances des chiens de travail sont donc probablement peu altérées par le vieillissement. D'autres études seraient néanmoins nécessaires pour savoir si le type d'entraînement influence le niveau de protection contre les effets de l'âge.

De plus, les baisses de performances olfactives liées à l'âge étaient plus visibles lorsque la tâche était plus difficile, notamment lorsque les chiens devaient détecter l'odeur cible en présence d'une odeur parasite. Cette observation indique que le vieillissement pourrait donc particulièrement nuire à la détection olfactive lorsque le chien doit être sélectif et repérer une odeur cible au sein d'un « bruit de fond », ce qui est souvent le cas chez les chiens de détection, qui travaillent généralement dans un environnement olfactif complexe. Ici toutefois, cet effet de brouillage olfactif n'a pas été observé chez les chiens entraînés à la détection.

Des résultats antérieurs indiquaient que de mauvais résultats au test du CRT pouvaient être associés à un déclin cognitif global, mais ces observations n'ont pas été confirmées dans cette étude. La qualité des résultats aux tests NDT et CRT n'était d'ailleurs pas corrélée. Les chiens les plus entraînés présentaient un score plus faible vis-à-vis du SDCC, montrant encore une fois que l'entraînement joue un rôle protecteur contre le déclin lié à l'âge.