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Proplan

28 juillet 2026

Sondes d'alimentation : recommandations radiographiques pour sécuriser une pose correcte

par Karin De Lange

Temps de lecture  4 min

Vérification radiographique du positionnement d'une sonde alimentaire chez le chien et le chat. Étape 1 : réaliser une radiographie thoracique latérale, de préférence avec inclusion du larynx. Étape 2 : vérifier que la sonde (1) passe dorsalement au larynx (flèche violette) ; (2) ne se superpose pas complètement avec la trachée et (3) passe dorsalement de la carène (flèche blanche). D'après Vila Cabaleiro et coll., 2026.
Vérification radiographique du positionnement d'une sonde alimentaire chez le chien et le chat. Étape 1 : réaliser une radiographie thoracique latérale, de préférence avec inclusion du larynx. Étape 2 : vérifier que la sonde (1) passe dorsalement au larynx (flèche violette) ; (2) ne se superpose pas complètement avec la trachée et (3) passe dorsalement de la carène (flèche blanche). D'après Vila Cabaleiro et coll., 2026.
 

L'alimentation entérale est un élément essentiel de la prise en charge des chiens et des chats hospitalisés souffrant d'anorexie, de maladies sévères ou en convalescence. Les sondes naso-œsophagiennes et nasogastriques permettent de maintenir un apport nutritionnel précoce tout en limitant les complications liées à la dénutrition. Toutefois, leur pose n'est pas dénuée de risques : une sonde introduite accidentellement dans la trachée peut provoquer une pneumonie par aspiration, une hémorragie pulmonaire, un pneumothorax, voire entraîner le décès de l'animal.

Étude multicentrique sur plus de 250 radiographies

Si la radiographie est depuis longtemps utilisée pour vérifier la position de ces sondes, aucun protocole standardisé n'existait jusqu'à présent pour en guider l'interprétation. Une étude multicentrique menée par le Royal Veterinary College (RVC) au Royaume-Uni vient de proposer les premières recommandations radiographiques validées pour confirmer rapidement et avec fiabilité le bon positionnement des sondes chez le chien et le chat.

Sous la direction d'Andrea Vila Cabaleiro, résidente en imagerie diagnostique au RVC, les auteurs ont analysé 256 radiographies latérales cervicales et thoraciques provenant de dix établissements universitaires et privés, dont le Queen Mother Hospital for Animals. L'étude comprenait 186 chiens et 70 chats, avec un nombre quasiment équivalent de sondes d'alimentation correctement positionnées dans l'œsophage (129 cas) et de sondes placées par erreur dans la trachée (127 cas). Deux radiologues diplômés ont confirmé la localisation réelle de chaque sonde, constituant ainsi la référence utilisée pour valider les nouvelles recommandations.

Afin d'évaluer leur intérêt clinique, six observateurs aux profils variés – étudiants vétérinaires, praticien généraliste, internes en imagerie et résidents en médecine d'urgence et soins intensifs – ont interprété les mêmes clichés une première fois sans recommandations, puis une seconde fois après avoir pris connaissance du protocole.

Trois critères simples pour confirmer la bonne position

Les auteurs proposent une approche simple, applicable en pratique quotidienne (voir l'illustration principale). Ils recommandent tout d'abord de réaliser une radiographie latérale englobant le cou et le thorax, idéalement avec visualisation du larynx. La sonde est ensuite évaluée selon trois critères. Elle est correctement placée, si :

1. Elle est visible dorsalement au larynx (en utilisant la lame minéralisée du cartilage cricoïde comme repère lorsqu'elle est visible) ;

2. Elle ne se superpose pas totalement à la lumière de la trachée ;

3. Elle passe dorsalement à la carène, confirmant ainsi son trajet œsophagien.

Ces trois repères anatomiques sont facilement identifiables sur une radiographie latérale standard et ne nécessitent ni matériel supplémentaire, ni technologie spécialisée.

Amélioration significative de la précision diagnostique

Les résultats montrent un bénéfice clinique immédiat. Avant l'utilisation des recommandations, les observateurs identifiaient correctement la position des sondes dans 82,1 % des cas. Après leur introduction, ce chiffre atteignait 95,8 %. En parallèle, les situations où l'interprète déclarait être incertain diminuaient de façon significative, passant de 14,1 % à seulement 2,4 %. L'accord entre les différents observateurs s'améliorait lui aussi de manière remarquable. Le coefficient de concordance (kappa de Fleiss) passait de 0,59 à 0,86, un accord presque parfait.

Des bénéfices pour tous les praticiens

L'un des principaux enseignements de l'étude est que ces recommandations profitent à l'ensemble des cliniciens. Les améliorations observées concernaient aussi bien les étudiants que les praticiens expérimentés, démontrant que l'utilisation d'une méthode structurée réduit les erreurs d'interprétation indépendamment du niveau de formation. Les recommandations se sont également révélées efficaces pour les chiens comme pour les chats, quelle que soit leur taille, et dans différents contextes cliniques, de la médecine générale aux services d'urgence et de soins intensifs. Les auteurs soulignent également l'importance d'inclure le larynx dans le champ radiographique lorsque cela est possible. Avant l'introduction des recommandations, les clichés comportant cette région anatomique étaient déjà plus faciles à interpréter. Après application du protocole, l'exactitude dépassait 96 % lorsque le larynx était visible.

Une mise en œuvre immédiate en pratique clinique

Au-delà des résultats statistiques, l'intérêt majeur de ces recommandations réside dans leur simplicité. Elles ne nécessitent aucune modification des équipements existants et peuvent être immédiatement appliquées dans les cabinets de première intention comme dans les centres de référés. Pour faciliter leur diffusion, le RVC a également élaboré une infographie résumant les trois étapes de contrôle (voir l'illustration principale), destinée à être utilisée directement lors de l'interprétation des radiographies. Cette étude constitue la « première validation scientifique de recommandations radiographiques standardisées » destinées à vérifier le positionnement des sondes naso-œsophagiennes et nasogastriques chez le chien et le chat.