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Proplan

18 septembre 2026

USA : H5N1 en élevages bovins laitiers, le chat est effectivement bien concerné

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Les chats des exploitations laitières infectées par le virus H5N1 sont à risque d'infec tion, mais ceux vivant à proximité ausi, selon une enquête sérologique conduite pendant la phase épizootique de l'infection des bovins aux USA. Cliché : Stavrolo, Wikimedia.
Les chats des exploitations laitières infectées par le virus H5N1 sont à risque d'infec tion, mais ceux vivant à proximité ausi, selon une enquête sérologique conduite pendant la phase épizootique de l'infection des bovins aux USA. Cliché : Stavrolo, Wikimedia.
 

Il n'est évidemment pas la cause de l'épizootie, mais bien le témoin de la présence du virus H5N1 en élevage laitier dans son environnement proche (2 km). Selon une étude californienne récente, le chat est une vraie sentinelle d'épizootie bovine à H5N1, même quand il ne s'agit pas de l'animal de l'exploitation. L'étude a été à dessein conduite en Californie car c'est l'épicentre de l'épizootie de H5N1 chez les vaches laitières aux USA.

Épicentre de l'épizootie bovine

Le dernier cas de H5N1 en élevage bovin laitier en Californie remonte, selon le ministère fédéral de l'Agriculture des USA (USDA) au 25 novembre 2025. Mais cet état recense 773 des 1 088 foyers détectés dans le pays en 2024 et 2025. Ce que les virologistes en charge de l'étude sur les chats appellent « l'épicentre » de la contamination bovine. Plusieurs centaines de ces foyers étaient localisés dans la Central Valley, om interviennent des associations de protection animale auprès des chats errants. Les auteurs expliquent qu'ils n'ont pas eu à capturer les chats « proches des exploitations » pendant la phase épizootique chez les bovins, car l'une de ces associations s'en chargeait déjà et effectuait des prélèvements sanguins pour réaliser des bilans de santé de ces animaux. Ayant aussi une activité de dispensaire, cette association a pu fournir aussi des sérums de chats d'intérieur.

Distance < 10 km d'un élevage

L'association a donc fourni 73 sérums de chats aux chercheurs, en géolocalisant le lieu de vie : en moyenne, ils vivaient à 4,7 km d'au moins une ferme bovine laitière. Ceux vivant le plus loin étaient à 9,7 km d'une exploitation. Le premier chat avait été prélevé le 20 décembre 2024 (la présence du H5N1 dans le cheptel bovin californien avait commencé 4 mois auparavant). Et le dernier le 26 mars 2025 (soit quatre mois après la fin de l'épizootie bovine). Tous les sérums ont été analysés pour la recherche d'anticorps contre le virus H5N1 (clade 2.3.3.4b), avec deux méthodes, dont l'inhibition de l'hémagglutination (méthode de référence).

Mais positifs si < 2 km

Sur les 73 sérums, seuls trois ont été trouvés positifs :

  • Pour un chat errant, capturé et prélevé le 1er février 2025, la positivité était élevée (1 :160).
  • Mais le plus surprenant est que les deux autres positifs correspondent à des chats d'intérieur (aucun accès à l'extérieur). L'un était positif au titre de 1 :160, tandis que l'autre présentait un titre encore plus élevé (1 :640). Ces deux animaux résidaient dans le même comté, dans des habitations différentes.

Lorsqu'ils observent la cartographie, les auteurs notent que, dans ces trois cas, il y avait présence d'une exploitation bovine laitière dans un rayon de moins de 2 km de leur lieu de capture/résidence. Dans un tel rayon, cela correspond à un taux de positivité de 25 %. Lorsqu'ils recherchent les facteurs de risque de séropositivité, les auteurs n'identifient ni le sexe ni l'âge, mais bien la distance d'une exploitation. Plus précisément : « la distance moyenne entre les chats séropositifs et l'exploitation laitière la plus proche était de 1,34 km, contre 4,83 km pour les chats séronégatifs (p = 0,014) ».

Profession du maître…

S'il est tentant de penser que les chats d'intérieur les plus proches des exploitations laitières ont été alimentés avec du lait frais de vaches, ce n'est pas le cas. Les auteurs préviennent que les « chats d'intérieur trouvés séropositifs n'étaient alimentés ni en viande crue, ni en lait ou produits laitiers crus ». Or un cas d'infection de chat au domicile d'un employé d'élevage bovin laitier a déjà été documenté dans un autre état des USA. Les auteurs ont donc validé la profession des maîtres des deux chats d'intérieur : « ils étaient dans les deux cas des employés de l'industrie laitière »… Comme le lait issu de vaches infectées contient une charge virale très élevée, il est possible que des charges non négligeables atteignent les laiteries… Une transmission par défaut d'hygiène du maître entre le lieu de travail et le domicile reste possible dans le cas présent pour expliquer l'origine de la séroconversion des chats. Pour le chat errant, une transmission via un oiseau ou un rongeur est possible, ou directement dans l'exploitation infectée la plus proche de son lieu de capture (800 m).

Enfin, les auteurs préviennent que la séropositivité concerne les animaux ayant survécu à l'infection. Or ce virus a souvent un tropisme nerveux fatal aux chats. Le taux de prévalence obtenu ici « est donc une sous-estimation » de la fréquence de la contamination des chats par le H5N1. Et ces résultats « illustrent les lacunes de surveillance clinique des chats » dans un tel contexte sanitaire.