8 juillet 2026
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Une équipe du centre de recherche en psychologie de l'Université Brookes d'Oxford (Angleterre) étudie la consommation d'alcool et ses effets délétères chez les vétérinaires (voir LeFil du 20 août 2024). Cette consommation est effectivement plus élevée dans la profession comparativement à la population générale. Et le lien établi entre alcool et affection de la santé mentale (anxiété, dépression, suicide) est particulièrement significatif chez les vétérinaires.
Une nouvelle enquête a été menée pour évaluer l'importance de la dépendance à l'alcool, son association à la santé mentale, ainsi que ses facteurs d'influence. Les résultats sont publiés en libre accès dans VetRecord.
Les chercheurs se sont appuyés sur le modèle comportementale COM-B (Capability, Opportunity and Motivation model of Behaviour), qui conceptualise un comportement selon les capacités de l'individu (physiques et psychologiques), ses opportunité (sociales environnementales) et ses motivations (automatisme ou réflexion), pour construire leur questionnaire d'enquête. Le niveau de consommation des répondants était également évalué, une consommation « à risque » (dépendance) étant identifiée par le test AUDIT-C (Alcohol Use Disorders Identification Test–Consumption).
Le questionnaire, anonyme, était ouvert aux personnels des cliniques vétérinaires : vétérinaires praticiens, infirmiers (nurses) et techniciens de soins, personnel administratif. Les répondants, britanniques, devaient avoir consommé de l'alcool dans les 3 mois précédents
Les 652 répondants étaient des femmes à 88 %. La moyenne d'âge est de 38 ans et l'expérience professionnelle de 17 ans. Ils travaillent en majorité en clinique pour animaux de compagnie. Près des deux-tiers (62 %) sont des vétérinaires et 30 % des nurses.
Ils sont surtout plus de 4 sur 10 (263/652 soit 40,3 %) à présenter des niveaux de consommations correspondant à un risque de dépendance selon le test AUDI-C, indépendamment de leur fonction professionnelle. Une majorité des répondants est à faible risque (388/652 soit 59,5 %), mais un tiers (32,6 %) présente un risque augmenté, 5,2 % sont à haut risque et 2,6 % possiblement dépendants.
Une corrélation est établie entre ce risque et le sexe (les hommes sont plus touchés que les femmes, ce qui était déjà décrit dans la population générale et celle des soignants en médecine humaine), ainsi que l'âge (le risque est augmenté chez les plus âgés). Aucun lien en revanche n'est observé avec les autres paramètres démographiques ou relatifs à l'activité. Les auteurs soulignent ainsi que la problématique de la consommation excessive d'alcool n'est pas réservée aux seuls vétérinaires praticiens mais concernerait l'ensemble de la communauté vétérinaire.
Un autre questionnaire (DMQ-A pour Drinking Motives Questionnaire for adults) a permis d'identifier les motivations poussant à consommer de l'alcool. Et la consommation à risque est significativement associée aux 5 motifs évalués.
Le statut mental des répondants a également été évalué (en croisant plusieurs questionnaires) : niveau de dépression, détresse psychologique, historique de troubles de la santé mentale. Et la consommation à risque est associée à une plus grande détresse psychologique et à un moindre bien-être des individus.
Le lien de cause à effet, en revanche, n'était pas établi. Mais l'application d'un modèle de médiation à ces variables confirme qu'une altération de la santé mentale augmente la recherche de faire face à ses difficultés et à s'enivrer, augmentant le comportement de consommation à risque d'alcool.
Inversement, l'analyse des réponses montre que plusieurs paramètres sont associés à une consommation moins à risque :
Une attitude positive envers la recherche d'aide et l'absence de stigmatisation (par les collègues) d'une consommation excessive d'alcool y sont également associées.
Face à ces constats, les auteurs identifient plusieurs leviers pour prévenir ou réduire les comportements à risque :
L'alcool demeure en effet un sujet tabou au sein de la profession vétérinaire. Et un comportement de consommation excessive est généralement stigmatisé, de la personne elle-même comme de son entourage ou de ses pairs, avec des effets pervers. Ce qui est confirmé ici. Pouvoir discuter sans jugement de ses problématiques de consommation d'alcool et obtenir de l'aide et du soutien de la part de son entourage professionnel aurait un effet vertueux.
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