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Elanco & Proplan

29 janvier 2026

Douleur de la castration chez le veau : moins bien prise en charge avec la méthode à l'élastique que chirurgicale

par Jeanne Platz

Temps de lecture  4 min

Le nombre de fois qu'un veau reste peu de temps en décubitus sur une journée paraît être un indicateur acceptable du niveau de douleur lié à la castration, selon une étude canadienne récente. Yoo et coll., 2026.
Le nombre de fois qu'un veau reste peu de temps en décubitus sur une journée paraît être un indicateur acceptable du niveau de douleur lié à la castration, selon une étude canadienne récente. Yoo et coll., 2026.
 

Castration chirurgicale ou à l'élastique : y a-t-il une différence algique chez les veaux sur les deux jours qui suivent l'intervention ? Des spécialistes canadiens du bien-être animal (faculté des sciences de la terre et de l'alimentation, Vancouver) ont évalué la douleur provoquée par ces deux modes de castration. Comme indicateurs de douleur persistante, ils ont utilisé la durée des périodes de couchage des veaux, ainsi que les modifications de leur mémoire, mesurées les premières et quatrièmes semaines après castration sur 40 veaux mâles (24 Holstein et 16 croisés Holstein × Angus).

Deux indicateurs de douleur supposés

Les chercheurs ont émis l'hypothèse que, chez les veaux castrés, la pression exercée sur la plaie par le contact avec le sol provoquait une douleur lorsqu'ils s'allongent, les incitant à bouger ou se lever plus rapidement pour la soulager. En suivant ce raisonnement, ils ont prédit que les périodes de décubitus de courte durée ou incomplètes (les veaux tentent de s'allonger mais gardent l'arrière-train relevé, comme une posture de jeu chez les chiens) augmenteraient après la castration. Il est par ailleurs démontré que la douleur a un impact négatif sur la mémoire chez l'humain (probablement parce qu'elle réduit les ressources attentionnelles disponibles pour la mémorisation), ainsi que chez le rat en ce qui concerne la mémoire spatiale. Ils ont donc également étudié la mémoire spatiale des veaux. Ces derniers devaient trouver des biberons remplis de lait dans des emplacements comportant également des biberons vides, avant et après leur castration. Pour effectuer ces mesures, et pour pouvoir comparer les deux méthodes, ils ont sélectionné :

  • la première semaine après castration, considérée comme moins douloureuse avec la méthode de l'élastique,
  • et la quatrième semaine, moins douloureuse avec la méthode chirurgicale selon la littérature scientifique.

Un manque de prise en charge de la douleur lors du 2ème jour “post-op”

Le protocole multimodal de prise en charge de la douleur a été :

  • une sédation à la xylazine à 0,25 mg/kg en injection sous-cutanée dans la nuque, puis attente de 10 minutes ;
  • une anesthésie locale à lidocaïne à 2 % : 1,5 ml dans chaque testicule et 2 ml par voie sous-cutanée à la base du scrotum, puis castration 10 minutes après ;
  • une minute après la castration, 3 mg/kg de kétoprofène injectés par voie sous-cutanée dans le cou.
  • Une partie des veaux ont été traités au méloxicam : 0,5 mg/kg de par voie sous-cutanée au niveau du cou après la castration, puis tous les deux jours pendant les phases de tests de mémoire, afin d'évaluer son effet sur la douleur et l'inflammation.

Les fréquences et durées de couchages des veaux font conclure aux auteurs que ce protocole a permis de prendre en charge la douleur le jour de l'intervention (J0) et le suivant, mais pas à J2. En particulier dans le cas de la castration à l'élastique, où les signes de douleur ont été supérieurs par rapport aux veaux castrés chirurgicalement.

La cicatrisation chirurgicale est plus rapide

Quatre semaines après la castration, 18 des 19 veaux castrés chirurgicalement présentaient une cicatrisation complète, contrairement à ceux castrés par élastiques, dont la majorité présentait encore des tissus scrotaux nécrosés et un exsudat purulent. La crainte que les AINS puissent retarder la cicatrisation en supprimant l'inflammation locale n'apparaît pas fondée : le méloxicam ne semble pas avoir eu d'impact sur la cicatrisation lors de la castration chirurgicale. En revanche, au cours de la quatrième semaine post-castration, les veaux castrés par élastiques ayant reçu l'AINS ont présenté une augmentation des périodes de couchage de courte durée, tandis que les veaux castrés par élastique non traités ont présenté une diminution de ce paramètre. Une explication possible serait que le méloxicam ait retardé la réponse inflammatoire associée à la nécrose tissulaire, repoussant ainsi le pic de douleur à la fin de cette semaine. Les auteurs précisent que le moment d'apparition de la douleur, notamment après une castration par élastique, peut varier considérablement d'un individu à l'autre. Ils conseillent d'évaluer quotidienne les plaies de castration, pour mieux comprendre la relation entre la progression de la cicatrisation et la douleur.

Critères à retenir pour évaluer la douleur

La fréquence des périodes de couchage incomplètes n'a pas permis d'objectiver la douleur, ce critère étant de plus très variable : 11 veaux sur 34 n'ont présenté aucune période de couchage incomplète durant la première semaine suivant la castration. Pareillement, les expériences sur la mémoire spatiale n'ont pas permis de mettre en évidence des différences liées à la douleur, peut-être trop subtiles pour affecter la cognition, ou manquant de sensibilité pour détecter des déficits légers. En revanche, les courtes périodes de décubitus sembleraient constituer un indicateur sensible et pratique pour l'évaluation de la douleur post-castration dans de futures recherches.

À noter que ces résultats confirment ceux obtenus en France, où trois méthodes de castration étaient comparées et pour lesquelles des gradients et des durées de douleur différents ont été observés (voir le tableau ci-dessous).

Comparaison de la douleur et de l'analgésie lors de trois méthodes de castration de veaux, selon le projet français Bicose. Source: Chambres d'Agriculture, 2024.